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#MonPostPartum : Ce qu’elles auraient voulu savoir avant d’accoucher

une maman et son bébé en plein post partum

Mal averties, les jeunes mères se sentent souvent désemparées après leur accouchement. | © Unsplash/vince fleming

Santé

La parole se libère enfin autour du post-partum. Sur les réseaux sociaux, des mères racontent leur expérience bouleversante à la suite de leur accouchement. Vers la fin d’un autre tabou sur la maternité ?

Loin de l’injonction culpabilisante à être une mère parfaite et de la glorification de la maternité, de nombreuses femmes ont décidé de mettre en lumière une période difficile, douloureuse, bouleversante, à savoir le post-partum, également appelé l’après-accouchement ou le quatrième trimestre de la grossesse. Beaucoup d’appelations pour une réalité encore tabou. À travers leurs témoignages, rassemblés sous le hashtag #MonPostPartum, ces jeunes mères racontent ce qu’elles auraient aimé savoir avant de donner la vie.

« Les douleurs, les pleurs, le sang, les pleurs, les douleurs, partout, tout le temps. On ne nous parle pas assez des souffrances post-partum, on ne nous prépare pas. C’est le pire moment de ma maternité », confie V. sur Twitter. « Durant toute la grossesse, on a des cours sur la poussée lors de l’accouchement, les soins de bébé, l’allaitement… mais bon sang, j’aurais aimé être préparée à ces 2 mois de solitude, de détresse et chute hormonale qui dévaste un corps et un esprit », regrette Laurène. Comme elles, de nombreuses femmes ignorent qu’elles vont saigner pendant de nombreux jours, qu’elles vont devoir porter des couches, que leur ventre va rester gonflé ou encore qu’elles vont avoir des contractions après l’accouchement à cause de leur utérus reprenant sa taille initiale.

Ces mères ont toutes répondu à l’appel lancé par quatre militantes féministes, Illana Weizman, Morgane Koresh, Masha Sacré et Ayla Linares, en réaction à une publicité rejetée par ABCNews et l’Académie des Oscars qui dépeint honnêtement l’épisode douloureux du post-partum. Elles ne veulent plus se taire, à l’heure où la douleur des femmes est largement négligée, sous-estimée voire ignorée.

Suivant l’exemple d’Ashley Graham sur Instagram, Illana Weizman a publié sur son compte une photo d’elle « portant une couche pour adulte, épongeant le sang qui coule pendant des jours et des semaines, le ventre encore gonflé, l’utérus encore étendu, les contractions qui le remettent doucement en place, les jambes bleuies, les points qui tirent, l’impossibilité de s’asseoir sans douleurs, l’urine qui brûle, l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur ». 

 

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En réaction à une publicité rejetée par @abcnews et l’Académie des Oscars qui dépeint honnêtement l’épisode douloureux du post-partum ainsi que la publication d’@ashleygraham qui pointe du doigt le silence autour de cette convalescence, me voici, portant une couche pour adulte, épongeant le sang qui coule pendant des jours et des semaines, le ventre encore gonflé, l’utérus encore étendu, les contractions qui le remettent doucement en place, les jambes bleuies, les points qui tirent, l’impossibilité de s’asseoir sans douleurs, l’urine qui brûle, l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur. Si on parlait davantage de ces sujets, si on ne les invisibilisait pas de façon systématique, les mères se sentiraient moins isolées, moins démunies. Préoccupez-vous des mères. Mettez en lumière leur vécu.

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« Je ne voulais voir personne. J’ai laissé de nombreux amis et amies sans réponse pendant des mois. Je voulais juste me terrer dans un lieu où personne ne me trouverait, sans enfant pour malmener mes seins, sans corps pour me rappeler la souffrance, sans mémoire qui me répète mon histoire », confie quant à elle la blogueuse sexo Masha sexplique. « Nos expériences ne doivent pas être invisibilisees. Elles sont uniques. Importantes. Nécessaires. Nous avons un devoir de transmission. La maternité est une belle expérience mais elle peut être aussi cruelle en laissant des marques indélébiles. » 

Lire aussi > Baby blues : L’importance de soutenir les jeunes mamans après l’accouchement

 

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Je n’ai pas de photo de ma période post partum la tête en vrac avec ma couche pour éponger tout ce sang qui coule, comme si mon corps ne s’était pas assez répandu, comme si je n’avais pas assez donné. Mais j’ai cette photo. Sans tête. Très ronde. Le sein tiré. Je la trouve organique. À cette période là, j’étais enceinte de 8 mois et je me sentais envahie. Cet être en moi avait suffisamment grandi et je n’avais qu’une envie physique irrépressible : celle de le faire sortir pour enfin retrouver mon corps. . J’étais loin d’imaginer qu’après mon accouchement, j’allais devoir éponger mon sang, ne pas pouvoir m’asseoir sans pleurer et essuyer au moins 5 lymphangites dues à de mauvaises informations sur l’allaitement. Pour moi, ça a été une expérience terriblement douloureuse. Je ne voulais voir personne. J’ai laissé de nombreux amis et amies sans réponse pendant des mois. Je voulais juste me terrer dans un lieu où personne ne me trouverait, sans enfant pour malmener mes seins, sans corps pour me rappeler la souffrance, sans mémoire qui me répète mon histoire. . Nos expériences ne doivent pas être invisibilisees. Elles sont uniques. Importantes. Nécessaires. Nous avons un devoir de transmission. La maternité est une belle expérience mais elle peut être aussi cruelle en laissant des marques indélébiles. Crédit photo : @llunicole . #feminist #feminism #pregnancy #chargementale #mumlife #lavraievie

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« L’invisibilisation a assez duré »

Inspirée par ces deux témoignages, Ayla Linares, libraire féministe à Rennes témoigne également avec force sa douloureuse expérience. « On ne le dit pas assez et malgré toutes mes lectures sur le sujet je n’étais pas prête à souffrir autant. J’ai souffert durant ma grossesse, d’être dépossédé de mon corps, de le sentir diminué, j’avais mal partout. J’ai souffert durant l’accouchement. J’ai souffert après. J’ai eu l’impression que ça ne s’arrêterai jamais. Trois mois plus tard, je n’ai plus mal, mais mon corps est toujours un étranger qui n’est plus vraiment mien », confie-t-elle, suivie par l’illustratrice Morgane Koresh : « Passé le choc initial d’un corps douloureux et qu’on ne reconnaît pas, on dit bonjour à un manque de sommeil qu’on ne pensait pas possible, au baby blues et aux larmes, à la solitude, au doute, à la culpabilité aussi », écrit la maman de deux petits garçons sur Instagram.

« Parce que l’invisibilisation a assez duré, dire nos expériences c’est reprendre le pouvoir, c’est libérateur et que ça aide toutes nos sœurs ! » ont écrit les quatre femmes en lançant leur mouvement #MonPostPartum sur les réseaux sociaux.

 

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C’est la dernière photo de moi enceinte. Enceinte jusqu’au yeux puisque 6h plus tard je ressentirais les premières contractions qui feront naître ma fille. Je n’ai pas de photos de post-partum… j’étais au bout de ma vie. Je regrettais d’avoir fait un enfant. Je ne pouvais pas marcher, ni m’assoir, le vagin recousu après 2 semaines de « faux » travail, 12h de travail, 2h de poussée intenses et la ventouse. Le tout, sans péridurale. Le traumatisme aura duré 2 mois. 2 mois ou j’en voulais à ma fille de m’avoir fait tant souffrir. Et comme si l’accouchement ne se suffisait pas à lui même la mise en place de l’allaitement aura été aussi très douloureuse. On ne le dit pas assez et malgré toutes mes lectures sur le sujet je n’étais pas prête à souffrir autant. J’ai souffert durant ma grossesse, d’être dépossédé de mon corps, de le sentir diminué, j’avais mal partout. J’ai souffert durant l’accouchement. J’ai souffert après. J’ai eu l’impression que ça ne s’arrêterai jamais. 3 mois plus tard je n’ai plus mal, mais mon corps est toujours un étranger qui n’est plus vraiment mien. Je hurle en lisant l’article de @neon_mag qui insinue qu’il faudrait reprendre le plus vite possible une sexualité pour ne pas perdre son couple, parce que franchement, après avoir sorti un rôti de plus de 3kg de sa chatte il faudrait se forcer ? J’ai eu des points de sutur à l’entrée du vagin pendant 1 semaine. J’ai saigné non stop pendant 1 mois et demi. Mon ventre est aussi mou que de la pâte à brioche, je ne dors pas, mes seins passent continuellement du mode gant de toilettes à obus et inversement toute la journée. Je sors à peine la tête de l’eau alors merci mais non merci pour l’instant. Le post-partum c’est souvent moche et douloureux et il est temps de le dire. Merci @mashasexplique et @illanaweizman qui m’ont donné envie de m’exprimer sur le sujet. #postpartum #maternité #la vraievie

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🇫🇷 Premier mois postpartum:  saluez la « zombie mom »! . (🇬🇧 English in comment) . . Passé le choc initial d’un corps douloureux et qu’on ne reconnaît pas, on dit bonjour à un manque de sommeil qu’on ne pensait pas possible, au baby blues et aux larmes, à la solitude, au doute, à la culpabilité aussi. Parce qu’il y a de grandes chances que les choses soient beaucoup plus difficiles qu’on ne l’imaginait, parce que l’instinct maternel n’est pas toujours un instinct justement, mais plutôt quelque chose de transmis et que cette transmission ne se fait souvent pas. Le patriarcat nous a coupé de la sororité qui fait notre force, on pense être les seules à ne pas savoir, on se sent perdue et on doit tout apprendre et vite, à un moment si vulnérable, où on tente tant bien que mal de se remettre de l’accouchement. Tout ça souvent sans aide ou alors trop peu et pour un temps bien trop court. On tait nos expériences parce qu’on a presque honte de ne pas avoir su « d’instinct ». Alors qu’on a presque toutes une expérience similaire et le savoir nous ferait tellement de bien.  L’invisibilisation est si internalisée qu’on y participe toutes. Alors dire, montrer, partager, c’est reprendre le pouvoir. C’est guérir  et c’est aider toutes nos sœurs ❤️ . . (merci à @illanaweizman et à son article dans @cheekmagazine, et à mes échanges avec @liseusedebonnaventure , pour avoir inspiré ce texte et ce dessin) . . . . . #postpartum #jeunemaman #teampostpartum #breastfeeding #normalizebreastfeeding #monpostpartum #goddess #womanempowerement #BodyPositive #feministart #artefeminista #feministillustration #feminism #feminisme #feministe #womenwithpencils #venus #feministartist #feministartists #soeurs #sororité #sorority @postpartum_tamere @betterpostpartum

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Depuis, les témoignages affluent sur les réseaux sociaux. Au-delà des douleurs et bouleversements physiques, de nombreuses femmes auraient aimé être averties des aspects psychologiques. « Que l’attachement n’est pas automatique, et que même si on n’est pas submergée par cette vague d’amour absolu envers son bébé, on n’est pas une mauvaise mère. Que ce sentiment viendra plus tard et qu’on n’est pas seule à ressentir ça et à s’en sentir coupable », rassure Françoise. D’autres dénoncent les « injonctions contradictoires reçues à longueur de journée par les proches et professionnels sur la gestion du bébé » ou encore la pression sociale d’être une mère parfaite et une bonne épouse. « SMS de ma mère à mon mari : ‘Il faut qu’elle sorte, qu’elle bouge pour se remettre plus vite’. C’est comme ça qu’à J+7 après une césarienne, je me suis retrouvée à me promener en ville, à pousser une poussette beaucoup trop lourde pour montrer aux gens que j’allais bien alors que je voulais juste mourir au fond de mon lit, avec mon bébé dans les bras », confie une internaute sous le pseudonyme Mother&Coffee. D’autres femmes encore rappellent les propos humiliants tenus par le corps médical, les violences obstétricales, et leurs sequelles.

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Bouffée de sororité

Chaque femme vit différemment sa grossesse, son accouchement et les mois qui suivent. Mais le secret bien gardé autour du post-partum emprisonne les jeunes mères dans la solitude et la culpabilité, persuadées d’être anormales. « Le flou orchestré autour du post-partum, l’effacement volontaire des représentations culturelles de cette période de vie charnière pour les femmes participe à la détérioration de la santé mentale de celles-ci. Une société qui invisibilise un vécu féminin déterminant, un vécu qui doit être montré, raconté, exposé, pour réparer les mères et pour préparer celles qui le seront dans le futur est une société misogyne et irresponsable », dénonce Illana Weizman dans son article sur Cheekmagazine.

Le mouvement #MonPostPartum ne sert pas à créer une vague de panique ou à faire « un concours de qui a le plus souffert », comme Masha sexplique a pu lire. Ce hashtag sert à libérer la parole, à ôter cette honte d’être différente des autres mères qui semblent tout gérer, à provoquer une bouffée de sororité, à sensibiliser les femmes, mais aussi les hommes. D’où la nécessité d’un congé de paternité obligatoire et de même durée que le congé maternité, afin d’éviter l’isolement des mères et de permettre aux pères de s’impliquer directement dans cette nouvelle réalité provoquée par l’arrivée d’un bébé.

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