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Pourquoi la Belgique devrait s’inspirer de Taïwan pour contrer la propagation du coronavirus

Taiwan coronavirus

Des enfants portant un masque facial quittent leur école primaire à la fin de la journée dans le district de Xindian, à New Taipei City, le 3 mars 2020. | © Sam Yeh / AFP.

Santé

Est-ce que Taïwan serait notre exemple à suivre en ce qui concerne l’épidémie 

 

Situé à seulement 140 kilomètres des côtes chinoises, on pourrait s’attendre à ce que Taïwan soit violemment touché par le coronavirus. Les deux pays échangent des centaines de milliers de travailleurs et il s’organise entre les deux pays de nombreux vols quotidiens. Cerise sur le gâteau, l’épidémie de coronavirus s’est déclenchée pile au moment du Nouvel An lunaire, période à laquelle des millions de Chinois se rendent à Taïwan et inversément. Comment expliquer dès lors que Taïwan soit resté aussi protégé du coronavirus ? 

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En effet, le pays ne fait face qu’à 42 contaminations et un décès, pour une population de 23 millions d’habitants. En comparaison, la Chine compte actuellement plus de 85 000 cas de contamination et 3 000 décès, la Corée du Sud en compte quant à elle respectivement plus de 5 700 et 33 décès. C’est également moins que le bilan annoncé aujourd’hui en Belgique, passé à 109 cas de contamination. 

Quelle est la stratégie employée par Taïwan pour atteindre de tels résultats ? Et, surtout, est-ce que ces mesures de protection pourraient être mises en place chez nous ?

Une gestion exemplaire

Deux raisons principales expliquent l’efficacité du pays à protéger sa population de l’épidémie : l’utilisation des nouvelles technologies et un solide plan de prévention des pandémies mis en place lors de l’épidémie de SRAS en 2002-2003.

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« Le gouvernement taïwanais a créé le Centre national de commandement de la santé (NHCC) après l’épidémie de SRAS et il fait désormais partie d’un centre de gestion des catastrophes qui se concentre sur les réponses aux grandes épidémies et agit comme point de commandement opérationnel pour les communications directes », a déclaré Jason Wang, pédiatre et directeur du Centre pour la politique, les résultats et la prévention à Stanford. Le NHCC a également créé le Centre de commandement central des épidémies, qui a été activé début janvier.

Comme le rapporte Le Monde, à l’époque du SRAS, en 2003, le confinement de malades et de soignants dans un hôpital de Taipei devenu un « cluster » (foyer) avait provoqué un psychodrame national. D’où la création de ces centres pour une gestion plus efficace mais plus de tranparance. Des mesures trop drastiques pourraient devenir contre-productives en entraînant la peur et la méfiance des citoyens.

« Étant donné la propagation continue de COVID-19 dans le monde, comprendre les mesures qui ont été mises en œuvre rapidement à Taïwan et l’efficacité de ces mesures pour prévenir une épidémie à grande échelle peut être instructif pour d’autres pays »

C’est ce qu’a déclaré le professeur Wang dans un article publié mardi dans le Journal of the American Medical Association. Ainsi, au cours des cinq dernières semaines, Taïwan a mis en place plus de 124 mesures.

Le rôle des nouvelles technologies

Taïwan a réuni la base de données de son assurance maladie nationale avec la base de données des douanes et de l’immigration afin de créer une géante base de données exhaustive. Une alerte était générée en temps réel pendant une visite clinique, sur base des antécédents de voyage et des symptômes.

Taïwan coronavirus
Cette photo prise le 13 janvier 2020 montre le personnel du Center for Disease Control (CDC) de Taiwan utilisant des scanners thermiques pour contrôler les passagers arrivant sur un vol en provenance de la province chinoise de Wuhan, à l’aéroport international de Taoyuan. © Chen Chi-chuan / AFP.

Taipei a également utilisé un QR code permettant de vérifier les antécédents de voyage et les symptômes de santé pour classer les risques infectieux des voyageurs en fonction de l’origine de leur vol et des antécédents de voyage au cours des 14 derniers jours. Les personnes qui n’avaient pas voyagé dans des zones à haut risque ont reçu par SMS un laissez-passer de déclaration de santé à la frontière pour accélérer les formalités d’immigration ; celles qui avaient voyagé dans des zones à haut risque ont été mises en quarantaine à leur domicile et suivies grâce à leur téléphone portable pour s’assurer qu’elles restaient chez elles pendant la période d’incubation.

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Une ligne téléphonique gratuite a également été mise au point pour permettre aux citoyens de signaler des symptômes suspects chez eux ou chez d’autres personnes.

Une réaction extrêmement rapide

Le 31 décembre 2019, alors que l’OMS venait d’être informée d’une pneumonie de cause inconnue en Chine, Taïwan a fait subir au sein de tous les vols directs en provenance de Wuhan des contrôles sur les passagers afin de déceler des symptômes de la fièvre ou de la pneumonie avant même que les passagers ne puissent débarquer. Ce contrôle a ensuite été élargie à tous les passagers ayant voyagé à Wuhan au cours des 14 derniers jours. Les passagers présentant des symptômes ont été mis en quarantaine à leur domicile.

Les exemples que devrait suivre la Belgique

Le professeur Wang a identifié les points importants qui ont permis la contenue du virus à une quarantaine de contaminations seulement. Premièrement, les partis politiques étaient prêts à travailler ensemble « pour produire des réponses immédiates au danger ». Deuxième point important, la transparance et une communication fréquente au public afin de réduire la panic. En troisième lieu, si Taïwan a pu prendre de l’avance sur l’épidémie c’est en raison de son centre de commandement physique préalablement mis en place, ce qui facilitait non seulement les communications mais aussi la prise de mesures telles que la fabrique de masques en quantité suffisante (grâce aux fonds gouvernementaux et du personnel militaire).

Taïwan coronavirus
Cette illustration photographique prise le 14 février 2020 montre un homme affichant un smartphone avec l’image d’un dessin animé du Premier ministre taïwanais Su Tseng-chang promouvant la prévention du coronavirus mortel COVID-19, à Taipei. Alors que la Chine déploie des slogans communistes sévères dans sa lutte contre un nouveau coronavirus mortel, le Taiwan démocratique a adopté des mascottes câlines et de l’humour pour apaiser l’anxiété du public et l’informer sur les meilleures pratiques. © Amber Wang.

 

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