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Coronavirus : Le message d’espoir de Jules Hoffmann, prix Nobel de médecine 2011

Jules Hoffmann coronavirus espoir

Jules Hoffmann en 2011. | © EPA / CNRS / PASCAL DISDIER.

Santé

Paris Match a rencontré le médecin franco-luxembourgeois Jules Hoffmann, prix Nobel de physiologie et de médecine 2011.

D’après un article Paris Match France de Nicolas Delesalle

Paris Match. Depuis le début de cette crise sanitaire, on entend tout et son contraire. « Pas plus grave qu’une grippe », disent les uns. « Une catastrophe », prédisent les autres. Quel est votre point de vue ?
Jules Hoffmann. Il semble dans l’état actuel de notre information que le SARS-CoV-2 est probablement d’une sévérité plus élevée que la grippe (qui tue quand même au-delà de 5 000 personnes par an en France – malgré l’existence d’un vaccin). Le mode de distribution des deux virus (grippe, SARS-CoV-2) est relativement proche et les premiers symptômes sont également proches. Les personnes à risque sont dans les deux cas en première ligne des personnes âgées immunodéprimées ou souffrant de co-morbidités (diabète, problèmes cardiovasculaires ou problèmes respiratoires). À ces aspects strictement médicaux, il faut ajouter les effets pernicieux socio-économiques potentiels découlant des mesures de confinement, qui pourraient affecter nos sociétés de façon dramatique, bien au-delà de ce qui a été observé pour les épidémies de grippe récentes.

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Pardonnez cette irrévérence, mais de part votre âge, vous êtes classé dans les populations dites « à risque ». Avez-vous, vous-même, changé de comportement depuis le début de l’épidémie ?
Vous êtes tout pardonné (mon père me rappelait que « la jeunesse n’est pas un mérite et la vieillesse n’est pas une tare »). Je me tiens aux recommandations officielles – lavage fréquent des mains – et je réduis mes déplacements et notamment j’ai annulé mes projets d’assister à plusieurs colloques à l’étranger et à des dîners lorsque l’assistance excède dix personnes  En accord avec mes amis chinois, nous avons repoussé ma prochaine visite à Canton à fin mai. Il n’y a plus eu de nouveaux cas dans la province de Canton (100 millions d’habitants) depuis quinze jours.

L’hôpital public français miné par des années de sous-investissements est-il prêt à encaisser un choc pareil ?
Les services qui souffrent le plus aujourd’hui sont les services de maladies infectieuses et les réanimations. Plus généralement, il faut être conscient que les métiers d’assistance/infirmiers dans les hôpitaux sont sous-payés dans notre pays, et on me dit que de nombreux postes ne trouvent pas de candidats en raison de la faible attractivité de ces métiers. Un problème sur lequel il faudra bien que notre société se penche enfin.

Le plus gros danger se trouve au plan socio-économique

Quel est le plus gros risque ? Comment y remédier ?
Mon sentiment est que le risque purement sanitaire sera résolu dans un avenir assez proche au plan mondial (de l’ordre d’un an probablement) – c’est en tout cas ce que l’évolution du SARS-CoV-2 en Chine permet d’espérer. Mais il n’est pas certain que les mesures draconiennes prises par le gouvernement chinois soient transposables telles quelles à toutes les sociétés. Le plus grand danger si l’épidémie n’est pas confinée et dure longtemps (au-delà d’un an) se trouve au plan socio-économique, avec arrêt des écoles, ralentissement des commerces, exportations, importations, chutes des bourses, ralentissement économique important, augmentation du chômage…

Cette crise est l’occasion de rappeler aux pouvoirs publics combien la médecine et la recherche sont des piliers fondamentaux de notre société.
Évidemment ! Ceci étant, la crise est désormais internationale, et tous les gouvernements sont amenés à développer des recherches pour arriver à confiner le coronavirus, de même que tous les grands groupes pharmaceutiques. Il faudra profiter de la situation actuelle pour pousser vers la production de vaccins non seulement contre le coronavirus mais également contre les nombreux trous dans notre armamentarium anti-infectieux (absence de vaccins contre la plupart des streptocoques, des staphylocoques, le virus d’Epstein-Bar, la plupart des maladies parasitaires etc). C’est sans doute au niveau européen que la France pourrait jouer un rôle moteur décisif.

L’apparition régulière de nouveaux virus est-elle naturelle ou bien liée au mode de vie d’êtres humains de plus en plus nombreux ?
La transmission des agents infectieux est évidemment liée à la mobilité spectaculairement accrue des humains et, à un degré moindre (exception faite pour les oiseaux) des animaux vecteurs. L’évolution de la mobilité des hommes a été en effet phénoménale au cours du dernier siècle : alors qu’il y a quatre ou cinq générations, peu de personnes ne sortaient de leur village, une ou deux générations plus tard, peu de personnes dépassaient la ville la plus proche de leur village et désormais des millions des personnes peuvent se rendre dans tous les coins de la planète – et avec elles les pathogènes qu’elles hébergent malheureusement, et souvent sans le savoir.

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Quel message voudriez-vous transmettre aux Français inquiets aujourd’hui ?
Mon message le plus pressant est le suivant : faisons-nous vacciner désormais TOUS pour nous protéger nous-mêmes, nos proches et nos concitoyens. Certes, le vaccin contre le coronavirus ne sera pas disponible avant quelques mois au moins, mais dès qu’il le sera il faudra également s’en servir.

Un deuxième message est celui d’un espoir : cette agression du coronavirus en ce moment constitue certes un problème majeur pour nos sociétés. Mais grâce aux progrès foudroyants des méthodes d’investigation biomédicales survenues ces 20 dernières années, cette épidémie va nous permettre en tant que communauté scientifique biomédicale mondiale de connaître de nombreux paramètres inconnus à cette date sur l’origine de ce virus, son évolution et  notamment ses mutations, son déclenchement de nos mécanismes de défense, la durée de la protection induite et ses failles éventuelles, les possibilités de réinfection….et ainsi de nous préparer mieux et plus rationnellement pour d’autres agressions  par d’autres agents infectieux qui ne manqueront pas d’apparaître un jour prochain.

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