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« L’immunité du troupeau » : quelle est cette stratégie critiquée par les épidémiologistes pour endiguer une pandémie

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Des touristes assistent à une relève de la garde devant le palais de Buckingham à Londres, le 15 mars 2020. | © Tolga Akmen / AFP.

Santé

Voici ce que signifie concrètement cette stratégie controversée adoptée par le Royaume-Uni. 

 

L’immunité du troupeau (« herd immunity » en anglais) est aussi surnommée immunité de groupe ou immunité collective. Cette stratégie repose sur l’idée qu’il est possible d’enrayer la propagation d’une maladie infectieuse au sein d’une population, grâce à l’immunisation d’un certain pourcentage de ses membres.

Cette politique de relatif laisser-faire a été adoptée dans un premier temps par le Royaume-Uni. À l’opposé, la Belgique, la France, l’Italie, l’Espagne ou encore la Chine ont préféré opter pour des mesures radicales de confinement. Outre-Manche, Patrick Vallance (conseiller scientifique du gouvernement) et ses équipes pensaient que cette stratégie pourrait permettre d’alléger la pression sur les services de santé et d’éviter un pic trop rapide de contamination. À la place, ils tablaient sur l’espoir que la population puisse développer une immunité au virus s’il se répand lentement.

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Ce principe repose sur la théorie selon laquelle être exposé à un virus fait progresser l’immunité dans l’espèce humaine. Ainsi, dans une population, lorsqu’un certain nombre d’individus développent des anticorps vis-à-vis d’un virus, ce dernier n’a plus assez de place pour se développer. Il n’y a plus suffisamment d’individus susceptibles de nourrir le virus. En gros, lorsqu’un certain pourcentage de la population a déjà rencontré l’agent patogène, il ne peut plus passer d’un individu à l’autre. Donc, il disparaît. 

Cette stratégie peut être comparée au principe des vaccinations. Ainsi, un vaccin protège non seulement à l’échelle individuelle, mais il permet aussi de contribuer à la protection d’autres personnes. En effet, une personne vaccinée n’est plus susceptible de transmettre l’infection à ses proches, et elle agit « vis-à-vis du reste de la population, comme une barrière contre l’agent pathogène en interrompant la chaîne de transmission », peut-on lire dans un dossier pédagogique de Santé publique France, nous relate Le Monde.

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La question est de savoir si cette stratégie peut être appliquée au coronavirus, pour lequel il n’existe encore aucun vaccin et auquel l’ensemble de la population est sensible. Selon le Royaume-Uni, elle semblait possible, estimant que si 60 % de la population était infectée, cela permettrait d’éviter un second pic épidémique en 2021. Cette politique a cependant été largement critiquée, même par le Britannique Roy Anderson – un des grands spécialistes de l’immunité de groupe qui a théorisé cette notion – qui préconise plutôt des mesures de distanciation sociale, et d’isolement des malades dans le contexte actuel.

Après des prévisions alarmantes des scientifiques, le Royaume-Uni a finalement décidé d’abandonner cette stratégie. Le Premier ministre Boris Johnson a demandé lundi soir à la population d’éviter tout contact et tout déplacement « non essentiel ». Mardi matin, le Royaume-Uni a déconseillé à ses ressortissants tout voyage à l’étranger « non essentiel », dans un premier temps pour 30 jours. Des mesures cependant beaucoup moins radicales que chez nous.

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