Paris Match Belgique

Paule Thirion, 75 ans : « Je n’ai que de l’admiration pour ces infirmières et ces médecins auxquels je dois la vie » 

Médecins et infirmiers

La patiente guérie du coronavirus n'a que de la reconnaissance pour le personnel hospitalier. | © Belga

Santé

Paule Thirion habite Chimay. Fringante septuagénaire (75 ans), elle est maman de deux enfants et grand-mère de trois petis-enfants. Veuve de longue date, elle cultive une vraie passion pour les voyages. Cela lui vient de sa première vie de conseillère artistique pour des films documentaires. Une vie suivie d’une autre, dans laquelle sa famille et ensuite un commerce, ont pris toute la place. Mais depuis un certain nombre d’années, la Chimacienne a renoué avec son goût de l’ailleurs. « Quand je vois une valise, je ne me sens plus », confie-t-elle d’une voix soudain moins lasse. C’est justement à l’occasion d’un récent séjour en Espagne qu’elle a contracté le coronavirus.

Rapatriée en Belgique, elle s’est retrouvée très atteinte dans le service covid du Centre de santé des Fagnes (CSF) à Chimay où elle a été prise en charge. Elle est persuadée de devoir la vie à l’équipe de médecins et d’infirmières dont elle admire le dévouement malgré les conditions de travail infernales qui sont les leurs. Paule Thirion fait partie de ces seniors qui guérissent de la maladie qui les frappe particulièrement. Témoignage.

Lire aussi > Pourquoi certains jeunes meurent-ils du coronavirus ?

Pouvez-vous dire dans quelles circonstances vous avez été infectée par le virus ?
Je me trouvais en Espagne, à Benidorm, en compagnie d’une amie. Je m’y rends en moyenne trois fois par an hors saison. J’y étais du 28 février au 16 mars, date de mon retour. Le jour de mon départ, cela faisait déjà quelques jours que nous étions confinés à l’hôtel, avec pour seules sorties autorisées l’aller-retour au supermarché ou à la pharmacie. Le 16, on a donc été informés que l’hôtel fermait. Nous avons bouclé nos bagages et nous sommes partis pour l’aéroport d’Alicante. C’est là que j’ai commencé à me sentir mal. Je me revois assise sur ma valise, dans le hall des départs, toute patraque. Une fois rentrée en Belgique, je me sentais hyper fatiguée, mais j’ai d’abord mis ça sur le compte du voyage de retour assez chahuté.

Votre état s’est-il dégradé rapidement ensuite ?
Oui. Je suis encore restée un jour et demi chez moi avant d’appeler ma fille un matin, vers 6 heures, lui disant que j’étais au plus mal. J’avais des douleurs d’estomac abominables et j’étais véritablement épuisée. J’ai alors été admise le 18 mars au Centre de Santé des Fagnes, ici à Chimay. Durant ma première semaine d’hospitalisation, on m’a diagnostiqué une pneumonie consécutive à l’infection au coronavirus. Je toussais non stop, nuit et jour, c’était affreux, je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi. Heureusement, mon taux de saturation en oxygène est toujours demeuré bon, de sorte que je n’ai pas dû recevoir d’assistance respiratoire. Cependant, je continuais à souffrir beaucoup de l’estomac et j’avais des douleurs un peu partout.

À ce moment, pensiez-vous ne pas parvenir à vous en remettre ?
Plus d’une fois durant cette semaine, lorsque je voyais le jour décliner, je pensais sincèrement ne pas revoir la lumière le lendemain. Puis mon état s’est amélioré peu à peu.

Je les vois encore dans leur combinaison, toujours souriants derrière leurs lunettes et leur masque, sans pourtant jamais s’arrêter.

Et vous êtes là. Guérie. À quoi ou à qui le devez-vous ?
Comme me l’a dit un médecin, ma bonne constitution y est sans doute un peu pour quelque chose, mais j’ai surtout eu deux grandes chances, voyez-vous. La première, c’est d’avoir pu être rapatriée, sans cela je serais morte en Espagne. La seconde, c’est d’avoir été soignée de façon admirable par les équipes du CSF. Je n’ai que de la gratitude et de l’admiration pour ces infirmières et ces médecins (Elle pleure). Je les vois encore dans leur combinaison, toujours souriants derrière leurs lunettes et leur masque, sans pourtant jamais s’arrêter. Toutes les quatre heures, nuit et jour, ils étaient à mon chevet pour prendre mes paramètres, me donner mes médicaments, me réconforter. Je leur dois la vie assurément et je leur en serai éternellement reconnaissante. J’étais tellement mal, c’est eux qui m’ont sauvée.

On vous sent très touchée par le dévouement des soignants…
Il y a de quoi vous savez. Je les plains sincèrement. Leurs conditions de travail sont très pénibles et ils prennent de gros risques. Je les voyais faire des journées de douze heures sans pratiquement pouvoir souffler. Certaines infirmières étaient épuisées, leurs lunettes recouvertes de buée tellement elles transpiraient sous les protections. J’ignore si elles et les médecins vont pouvoir tenir encore longtemps à ce rythme. Certains sont d’ailleurs tombés malades durant mon séjour, infectés par le virus.

Vous avez quitté l’hôpital le 2 avril. Comment vous sentez-vous aujourd’hui et dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je suis heureuse d’avoir retrouvé mon chez moi. Je me repose compte tenu de mon état de fatigue qui devrait se prolonger encore un mois d’après les médecins. Je m’estime chanceuse par rapport à tant d’autres personnes de mon âge qui perdent la vie. Si je me rétablis parfaitement bien, je compte profiter plus encore de mes futurs voyages. J’avais en projet cette année une semaine à Venise, une autre en Suède, une troisième à Saumur et, enfin, un séjour à Cracovie où je me suis déjà rendue une douzaine de fois tant cette ville est splendide. Mais bon, ce sera sans doute pour l’année prochaine. Je vous l’ai dit : une valise et je ne me sens plus !

CIM Internet