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Le port généralisé du masque change tout

Port du masque généralisé

La démonstration est plus qu’édifiante. | © Bruno Fahy.

Santé

Porter un masque est de très loin la plus importante de toutes les mesures. Démonstration chiffrée à partir d’une analyse du professeur Patrick Berche.

 

D’après un article Paris Match France du Dr Philippe Gorny

Patrick Berche, professeur émérite en microbiologie à l’université Paris-Descartes et ancien directeur de l’Institut Pasteur à Lille, a actualisé, en date du 3 mai 2020, à partir du site Eficiens, le nombre de décès dus au Covid-19 par million d’habitants dans divers pays, ce qui lui a permis de comparer ceux dont la stratégie repose sur le port généralisé du masque à ceux dont ce n’est pas le cas.

La démonstration est plus qu’édifiante. Pays où le port est généralisé : Taïwan (10,7 décès par million), Corée du Sud (4,94), Japon (2,51), Singapour (3,21). Pays où ce n’est pas le cas : Espagne (689), Belgique (688), Italie (481), Royaume-Uni (431), France (371), États-Unis (203), Allemagne (80). « La seule donnée réellement fiable pour suivre la pandémie, commente Patrick Berche, est le nombre de décès déclarés par les États, à condition qu’ils soient démocratiques. Beaucoup de pays minimisent leurs chiffres, pour des raisons politiques (Brésil ou Chine…). Ils évitent ainsi de mettre en évidence les insuffisances de leur système de santé ».

Des États déclarent les décès en Ehpad, d’autres non

Comment croire que 4 643 Chinois sont décédés dans un pays de 1,4 milliard d’individus ? Parmi les États démocratiques, certains ne comptent que les décès à l’hôpital vérifiés par PCR (détection du virus). Des États déclarent les décès en Ehpad, d’autres non. La Belgique, qui inclut en temps réel les décès au domicile « suspects » (à l’appui de signes cliniques ou radiologiques mais sans PCR), en Ehpad et à l’hôpital, se voit injustement pénalisée d’une incidence plus forte que les autres pays européens qui n’incluent que les cas confirmés par PCR et ne tiennent pas compte, pour l’instant, des décès chez soi. Ainsi va la France, qui devra ajouter aux chiffres actuels un minimum de 9 000 décès suspects au domicile !

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Il est remarquable de noter que les pays du Sud-Est asiatique, très proches du foyer originel, ayant de fortes connexions avec la Chine mais qui cultivent, dès le début d’une épidémie, l’utilisation généralisée des masques grand public, ont une incidence de décès extrêmement faible. Celle de la France est 147 fois plus élevée que celle du Japon et 75 fois plus élevée que celle de la Corée du Sud . « Voilà concrètement ce qu’il en coûte en vies à notre pays pour ne pas avoir été prêt, pour avoir trop tardé à fournir des masques à la population, aux soignants, et pour n’avoir pas compris l’importance de généraliser leur port dès le début de l’épidémie ainsi qu’en période de confinement. Referons-nous les mêmes erreurs ? Cela serait impardonnable ! »

L’effet protecteur de la nicotine à l’étude

Divers pays ont observé que, parmi les patients contaminés par le Covid-19, il y avait peu de fumeurs. Ils sont cinq fois moins nombreux en Chine que les non-fumeurs et dix fois moins nombreux aux États-Unis. En France, trois fois moins si on se fie aux statistiques de l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) qui, sur 11 000 sujets infectés, a recensé 8,5% de fumeurs, contre 25,4% dans la population générale. Une récente étude conduite à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, vient de confirmer cette tendance chez 484 patients infectés. D’où la question : comment le tabac peut-il être protecteur ? Parmi les 4 000 substances chimiques qui le composent, seule la nicotine serait, pour les chercheurs, susceptible de jouer ce rôle. Le professeur Jean-Pierre Changeux, neurobiologiste, le professeur Zahir Amoura, chef du service de médecine interne de la Pitié-Salpêtrière, et son élève, le docteur Makoto Miyara, auteurs de l’étude parisienne, évoquent une hypothèse : 1. Il est maintenant établi qu’en plus de pénétrer dans les cellules des poumons, des vaisseaux et d’autres organes (rein, cœur…), le virus peut aussi infecter le système nerveux central à partir du nez, via les nerfs olfactifs qui sont directement connectés au cerveau. D’où les symptômes assez fréquents que sont la perte de l’odorat, les maux de tête par vagues, les nausées, les vomissements dans les semaines à venir, et ceux, plus rares, d’AVC ou de pertes de conscience. 2. Les neurones ont des récepteurs qui sont communs à la nicotine et à l’acétylcholine, un neurotransmetteur dont le rôle est essentiel pour le fonctionnement de la mémoire, l’apprentissage et le circuit de la récompense (procurant le plaisir de fumer et son addiction). 3. Or ces récepteurs interagissent avec le récepteur ACE2, principale voie d’entrée du Covid-19 dans les cellules : plus ils sont occupés par la nicotine, moins l’ACE2 est exprimé, rendant le virus moins infectant et les symptômes plus légers.

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Il est clair que cette hypothèse ne doit pas être un encouragement à fumer : par ses goudrons carcinogènes, son monoxyde d’azote qui déplace l’oxygène des globules rouges et ses irritants, le tabac – responsable de 78 000 décès par an en France – ne peut pas être un recours. Les patchs à la nicotine, sous contrôle médical dans un temps limité pour éviter le risque de dépendance, pourraient, eux, le devenir. Leur efficacité doit être prochainement testée dans une étude à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

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