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Radiothérapie : Le grand bond en avant

La Reine Mathilde a tenu à féliciter personnellement les autorités de l’Institut Bordet à l’occasion de la millième patiente ayant bénéficié de la technique innovante de radiothérapie peropératoire par Mobétron. | © DR

Santé

Le Service de Radiothérapie sera l’un des grands bénéficiaires du New Bordet qui n’accueillera pas moins de huit machines dont un accélérateur linéaire avec IRM intégrée. Un signal fort pour les patients, mais aussi une avancée significative dans la collaboration croissante entre médecine nucléaire, radiothérapie et radiologie qui devrait permettre à l’Institut de s’imposer comme centre de radiothérapie de référence au niveau européen. Rencontre avec son Chef de Service, le Pr Dirk Van Gestel.

 

Cet article est issu du supplément de Paris Match du 24 septembre consacré au Amis de l’Insitut Bordet  asbl et aux 101 tables pour la vie.

Paris Match : On parle beaucoup actuellement de la stéréotaxie en radiothérapie, capable notamment de traiter plus efficacement les petites tumeurs mais aussi les métastases. De quoi s’agit-il ?
Dirk Van Gestel: La stéréotaxie consiste à administrer des doses très importantes de radiothérapie de manière extrêmement ciblée et sur une courte période là où, d’ordinaire, on doit se contenter de cibler les zones à traiter de manière plus large au cours de plusieurs semaines avec d’éventuelles atteintes des tissus sains. Cette technique constitue désormais un traitement de choix des oligométastases par exemple. Une étude de phase 2 récente a démontré que la stéréotaxie rajoutée au traitement systémique classique présentait pour le patient un bénéfice en survie à cinq ans de 24%, soit plus que le double des résultats obtenus jusqu’à présent.

Dans ce contexte, le fait de pouvoir disposer d’un accélérateur linéaire avec IRM intégrée s’avère déterminant.
En effet, l’IRM permet d’effectuer un meilleur ciblage qu’avec le scanner utilisé jusqu’à présent en radiothérapie. Elle nous permet par exemple de débusquer des lésions cachées dans le pancréas ou le foie. De plus, l’IRM fournit une information biologique quant à l’activité de la tumeur et permet d’adapter le traitement pendant chaque séance. Si on se rend compte que la tumeur ne réagit pas, on peut se monter plus agressifs.

L’objectif est de réduire au maximum les toxicités tout en optimalisant les doses administrées ?
Effectivement, car rappelons-le, la plus grande toxicité, c’est la récidive. C’est vrai que tout est une question de balance des risques mais il faut bien se dire que le vrai danger, c’est un traitement qui serait approximatif ou non abouti et permettrait au cancer de gagner du terrain.

Ce nouveau bijou de technologie, d’un cout de 12 millions d’euros, dont une partie sera financée grâce à un soutien des « Amis », fera son entrée dans le New Bordet. Il fait d’ores et déjà l’objet de nombreuses études visant à en optimaliser l’utilisation ?
Effectivement, nous serons théoriquement les premiers à en être équipés en Belgique. Il a été certifié en Europe comme aux Etats-Unis il y a un an à peine. Et nous rejoignons, ce faisant, un consortium de recherche international regroupant plusieurs grandes universités qui travaillent à le rendre le plus performant possible pour les malades.

Cela fait des années que « Les Amis » soutiennent votre service de manière décisive. Il n’y a pas si longtemps, vous nous parliez de la millième patiente à avoir bénéficié d’une radiothérapie peropératoire…
L’on ne compte plus les projets de recherche qu’ils soutiennent chaque année. Ce sont effectivement eux qui, dès 2009, nous ont permis de mettre au point, avec le Mobetron, la radiothérapie peropératoire par laquelle on administre à certaines patientes atteintes d’un cancer du sein la radiothérapie en une fois durant l’intervention chirurgicale. Plus de 1.000 patientes ont à ce jour bénéficier de cette technique innovante à l’Institut. Il s’agit de la cohorte de patientes traitées la plus importante au monde !

Toujours sous l’œil bienveillant des ‘Amis’, votre service de radiothérapie lance chaque année un nombre impressionnant de projets de recherche dont pas moins de 9 actuellement font l’objet d’une thèse. Pouvez-vous nous en toucher un mot ?
Oui, ce nombre important de thèses en cours traduit bien le dynamisme du Service en matière de recherche ainsi que notre volonté d’attirer de jeunes talents. L’un des derniers projets financés par ‘Les Amis’ vise ainsi à standardiser l’irradiation des cancers du poumon dans notre pays. Il a été initié par le Collège Belge de Radiothérapie avec Bordet à la manœuvre. Nous en sommes très fiers dans la mesure où il s’agit d’une reconnaissance de notre expertise en la matière.

 

Pr Dirk Van Gestel. ©DR

Le New Bordet dans un an sera pour vous le début d’une nouvelle aventure.
D.V.G. : En effet, nous disposerons alors de pas moins de six bunkers côté à côte et de quatre accélérateurs jumelés offrant les mêmes caractéristiques pour le service et le confort du patient. En clair, notre capacité augmentera de 50%. Nous rejoindrons ainsi le top 3 des plus importants centres de radiothérapie en Belgique.

Le déménagement sera aussi l’occasion d’encore accélérer les projets de recherche…
Tout à fait. Nous travaillons d’ores et déjà à la mise sur pied d’un laboratoire pré-clinique d’imagerie et de radiothérapie équipé de micro-IRM, -SPECT, -PET et – irradiateur. Nous organisons également, sous la houlette de Nick Reynaert, un laboratoire de physique médicale réunissant les radio-physiciens de radiothérapie, de médecine nucléaire et d’imagerie de l’ensemble du nouveau site hospitalier. Notre objectif, avec cet élan inimaginable il y a quelques années, est de hisser l’Institut Bordet au rang de centre de radiothérapie de référence au niveau européen. Nous avons d’ailleurs dans ce cadre engagé comme consultant le Professeur Philippe Lambin, une sommité mondiale en radiothérapie, qui va nous épauler pour cibler au mieux nos recherches.

Un dernier mot au sujet de la pandémie qui a mis les nerfs de tout le monde à rude épreuve

Malgré le Covid-19, nous avons traité davantage plus de patients que l’an dernier à la même époque. Nous avons donc continué à travailler à 100% de nos capacités, sans baisser les bras. Le cancer fera toujours bien plus de victimes que le Covid, et il y a urgence ! Bien sûr, toutes les mesures de sécurité ont été prises, la meilleure preuve en est que nous n’avons eu à déplorer aucune contamination au sein du service. Par contre, nous voyons plus de tumeurs avancées. Il est important que les patients comprennent qu’ils ne doivent pas reporter leur prise en charge ! On ne le répétera jamais assez : il ne faut pas hésiter à venir consulter !

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