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La « manorexie » : quand l’anorexie s’abat aussi sur les hommes [VIDÉO]

Franek

Franek n’a pas eu de grosses répercussions sur ses organes vitaux comme peut l’engendrer l’anorexie mais il a tout de même perdu ses cheveux,Un témoignage bouleversant ! | © D.R.

Santé

François alias Franek a 30 ans. Depuis l’âge de 20 ans, l’anorexie mentale fait partie de sa vie. Si ce trouble alimentaire touche majoritairement les femmes, les formes masculines sont bien réelles.

 

En 2017, selon « Our World in Data » plus de 4 millions d’hommes dans le monde étaient touchés par l’anorexie, contre 11 millions de femmes. Si ces chiffres restent complexes à mesurer, on estime qu’en Belgique à cette même période, 23% des personnes concernées par l’anorexie étaient des hommes. Aujourd’hui, au travers de l’histoire de Franek, on vous raconte comment un homme vit une « maladie de femme »…

Ce type de trouble du comportement alimentaire survient majoritairement entre l’âge de 14 et 17 ans. À l’âge de la puberté et de l’adolescence où on passe par de grandes étapes, où l’on se pose de grandes questions et où on se remet également en question. Notre corps évolue, on le découvre et on s’y identifie. Pour Franek, c’est le moment où un traumatisme refait surface. Un traumatisme qui lui fera détester son corps et qui changera à tout jamais son état de santé. À 20 ans il sombre dans l’anorexie mentale.

Hospitalisation indispensable

Il fallait éviter que son corps ne s’affaiblisse davantage. Franek n’a pas eu de grosses répercussions sur ses organes vitaux comme peut l’engendrer l’anorexie mais il a tout de même perdu ses cheveux, vu ses dents s’écailler et souffert de problèmes aux reins. Deux tiers des malades s’en sortent et 5% en décèdent. L’anorexie est d’ailleurs la maladie psychologique qui a le plus haut taux de mortalité notamment de par les suicides. « La clinique m’a sauvé » explique Franek « j’ai pu vivre et ne pas sombrer encore plus. Cependant je pense que cela ne m’a pas guéri ni appris à me réalimenter normalement. »Pour certains, tout commence par une volonté de maigrir pour d’autres c’est dû à un traumatisme. Et pour Franek, le viol qu’il a subi à ses 17 ans a tout fait basculer. Quelques années plus tard, le traumatisme resurgit et Franek commence à détester son corps.

L’engrenage alarmant

La prise de conscience n’est pas directe. Il commence par des régimes très restrictifs où il supprime les féculents de son alimentation. La perte de poids est très rapide. Ensuite son corps s’adapte mais l’obsession grandit. Sur des sites « pro-ana » ou pro-anorexie, il découvre la purge et jongle avec des crises de boulimie. Il ne mange plus ou se fait vomir, ne sort plus par peur d’être confronté à la nourriture et s’isole.Il arrête de travailler, retourne chez ses parents et l’inquiétude s’installe. Franek souffre de dépression et de dysmorphophobie, un trouble obsessionnel qui pousse à l’exagération un défaut de son corps, qui peut même être imaginaire et tombe dans la dépression. À ce moment-là, le jeune homme pèse 55 kg, mesure 1 m 93 et se fait hospitaliser.Il existe différentes formes de trouble du comportement alimentaire. La plus connue est l’anorexie purgative : on mange le moins possible et quand on mange plus, on se fait vomir. Il existe aussi la boulimie. Contrairement à ce que les gens pensent, tous les boulimiques ne se font pas vomir. Ce trouble alimentaire correspond surtout à de grandes pulsions alimentaires. Finalement l’anorexie restrictive désigne un trouble où le malade a le contrôle sur tout ce qu’il mange et essaye de manger le moins possible.

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Dans le centre ils étaient 50 : 49 femmes et …Franek 

« Ce n’est pas une science exacte mais on m’a donné certaines raisons pour lesquelles les femmes sont plus sujettes à l’anorexie » explique Franek.

Avant tout, il existe des facteurs biologiques qui contribuent à la chronicisation de l’anorexie. Ensuite des raisons familiales apparaissent également. Pour notre interlocuteur et de ce qu’il a vu autour de lui, les malades de trouble alimentaire vivent beaucoup de problèmes avec leurs familles. Finalement, il cite le plus gros des soucis selon lui : la société. Le modèle de la femme montré dans le milieu de la mode, dans les films ou encore dans les publicités pousse les jeunes filles à s’identifier à une certaine maigreur. Au contraire, les critères de beauté des hommes sont différents et l’image transmise de l’homme est opposée aux critères féminins.

« Les hommes ont besoin de contrôler leur vie, de faire un régime ou de gagner de la masse musculaire sans prendre de gras. On peut vite perdre les pédales en essayant de trop contrôler son alimentation, de se priver, de se restreindre et la chute est très rapide ».

Dans le centre, la prise en charge consiste tout d’abord à couper le patient du monde et fonctionne ensuite par un système de récompenses. Chaque récompense offre un privilège supplémentaire : se promener dans le jardin, voir ses parents, participer à des activités ou appeler un proche. « J’ai passé des semaines et des semaines sans nouvelles de mes proches » raconte Franek qui ne parvenait pas à prendre du poids.

Selon lui, cette approche n’est pas efficace. Pour un anorexique qui ne mange plus, il est difficilement surmontable, du jour au lendemain, de manger autant que ce qu’on lui donnait au centre : quatre tartines le matin, une collation en matinée et le midi, le diner et une barre protéinée avant d’aller se coucher. Franek explique en outre que les repas se faisaient avec le groupe entier. Pour quelqu’un qui n’avait plus vu personne depuis des mois et qui n’avait plus vécu cette ambiance sociale, c’était très compliqué d’affronter ce moment.

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Franek soulève aussi le fait qu’on englobe trop souvent tous les types d’anorexie dans l’anorexie mentale et que le traitement n’est pas adapté. D’après lui, chaque malade a des symptômes, des pathologies et des raisons bien différentes d’affronter cette situation.

« J’ai de la chance moi. J’ai toujours adoré d’être entouré de femmes mais c’était aussi assez compliqué. Pour plupart des filles qui étaient là-bas, elles y étaient pour une raison bien précise, une raison liée à la société. Elles voulaient être minces. Mais moi c’était une raison différente. Pourtant on suivait le même traitement. » Même s’il n’a pas personnellement été touché ou atteint par le fait d’être le seul homme, Franek dit s’être senti exclu par exemple durant les pesées ou les activités avec les médecins qui parlaient uniquement de l’anorexie féminine.

Après un an d’hospitalisation dans des centres et des hôpitaux psychiatriques, Franek tente alors de retrouver un équilibre, de se réalimenter convenablement. Mais les années qui ont suivi étaient très douloureuses pour lui et pour son entourage.

« Pendant les deux années qui ont suivi l’hospitalisation je prenais du poids et j’en perdais. Je n’arrivais pas à trouver un équilibre. Je sentais aussi que je n’étais pas compris, que ma famille n’en pouvait plus. J’étais tout le temps chez moi, je ne travaillais pas, il était impossible pour moi de trouver un job et de faire quelque chose de ma vie, de bouger. J’étais tout le temps hyper faible et je sentais que j’étais un boulet pour ma famille et pour la société. C’était difficile car je n’arrivais pas à trouver un but dans ma vie. » Aujourd’hui, il est bloggeur et scénariste culinaire. Grâce à son compte Instagram, il a appris à se soigner, à s’alimenter et a pris conscience des produits qui lui faisaient du bien. Néanmoins, d’après lui, cette maladie lui collera à vie.

 

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« La manorexie est rarement abordée parce que les femmes sont majoritairement touchées mais c’est dommage car il faudrait mettre en garde les hommes contre cette maladie. »

Une conclusion en forme d’avertissement….

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