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Marius Gilbert : Tirer les leçons de la crise

Depuis un an, il occupe le poste de vice-recteur de recherches FNRS. | © DR

Santé

Figure emblématique des plateaux de télévision et particulièrement apprécié pour sa communication franche et directe, Marius Gilbert a consacré son expérience dans un livre récemment paru aux éditions Luc Pire.

Philippe Fiévet

Paris Match : Quel bilan dressez-vous de cette pandémie que nous espérons enfin derrière nous et dans quel état d’esprit vous sentez-vous aujourd’hui ?
Marius Gilbert : Un bilan assez positif malgré tout car, au plus fort de la crise, la société s’est mobilisée pour protéger les personnes les plus vulnérables, en particulier celles de plus de soixante-cinq ans, inactives socialement. On a donc assisté à un élan de solidarité intergénérationnel, et c’est important de le souligner. Il faut aussi rappeler que nous étions dépourvus d’outils thérapeutiques et préventifs comme les vaccins ; tout a donc reposé sur les comportements et c’est toute l’importance de notre capacité de mobilisation qui était en jeu. Le problème a été le fait que la crise a tiré en longueur, mais aussi que les autorités ont éprouvé des difficultés réelles dans leur communication. Des collègues ont été pris à parti, certains étant même qualifiés de « marchands de la peur » alors qu’ils ne faisaient que rappeler les risques avérés. Ma deuxième réflexion concerne les moyens de susciter l’engagement de la population en l’associant à certaines prises de décision, ce qui aurait été avisé dès le moment où la crise s’installait dans la durée.

Un vœu pieux ?
Non, je pense qu’on pourrait l’envisager à l’avenir comme un outil de gestion et d’anticipation de crises. Un rapport de l’OCDE plaide d’ailleurs en ce sens à propos de la démarche participative et l’Union européenne vient elle-même de lancer un grand projet consultatif sur le futur de l’Europe. Ce type d’initiative est amené à se multiplier et devrait permettre de réduire le fossé qui ne cesse de se creuser entre le pouvoir politique et les citoyens.

Votre livre Juste un passage au JT tout récemment paru a soulevé de nombreux commentaires. Qu’aimeriez-vous que le lecteur retienne de cette lecture ?
Ma première intention était d’ordre didactique : expliquer ce qui restera un événement majeur de notre histoire, simplifier sans être simpliste. C’est aussi une vision personnelle de mon parcours, celle d’un acteur qui a vécu cette crise de l’intérieur et a été associé à des décisions pas toujours bien comprises. Or mon souhait, c’est justement que l’on comprenne mieux ce qui s’est passé : nous n’avions pas le choix, ni en ce qui concerne le confinement, ni en ce qui concerne les mesures fortes qui ont été décidées, il faut s’en souvenir, dans le sauve qui peut général. Les pays qui s’en sont les mieux sortis sont ceux qui ont fait des choix analogies aux nôtres. Globalement, nous avions peu de latitudes. Il s’agit d’un message important à faire comprendre : ce qui a été fait l’a été pour de bonnes raisons !

Avant d’être nommé vice-recteur de recherches FNRS, vous dirigiez depuis 2016 le laboratoire d’épidémiologie spatiale de l’ULB que vous avez fondé. De quoi s’agit-il ?
Par spatial, il faut comprendre le mot dans l’acceptation géographique du terme ; il s’agit d’étudier la manière dont les maladies se distribuent géographiquement, ce qui influence les régions à risques et la propagation de ces maladies dans les différentes régions du monde. En acceptant ce poste de vice-recteur, j’ai dû mettre mes activités académiques en suspens, mais je me réjouis de les reprendre.

 

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