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Baromètre confiance et bien-être : « Le moral des femmes est au plus bas »

« À la question de savoir si les gens ont l’impression d’avoir du temps pour eux, 53 % des hommes répondent par l’affirmative, contre seulement 30 % des femmes. Il n’est pas étonnant qu’elles soient plus nombreuses à évoquer une situation de stress ou de burn-out » | © PHOTOPQR/L'ALSACE/Vanessa MEYER ;

Santé

Si l’indice moyen de bien-être est en baisse constante en Belgique francophone, certains profils, comme les femmes, sont particulièrement touchés. C’est l’un des enseignements majeurs du baromètre confiance et bien-être de Solidaris.

 

Paris Match. Chaque année, la mutualité Solidaris prend le pouls de la société en Belgique francophone comme en France. Quelle est la démarche ?
Delphine Ancel (*). Depuis 2015, Solidaris établit son baromètre dans la population belge d’expression française, lequel a été élargi à la France dès l’année suivante, en partenariat avec la Mutualité générale de l’Enseignement national (MGEN). Il s’agit d’enquêtes de perceptions : on mesure la subjectivité et le ressenti de la population sur un échantillon d’un millier de personnes, selon une méthode de quotas croisés pour garantir une bonne représentativité. Sur cette base, nous avons créé une échelle de bien-être de 0 à 100 en interrogeant les personnes sondées sur tous les plans du bien-être et de la confiance, à savoir les conditions objectives de vie, la qualité du relationnel, le rapport à la société, l’image de soi et la santé physique et mentale.

La comparaison entre la Belgique et la France est-elle pertinente ? Lequel de ces deux pays présente les indices les plus favorables ?
Il s’agit de deux populations différentes en termes démographiques. Néanmoins, on constate que les résultats sont toujours systématiquement meilleurs en France, avec un indice de bien-être globalement plus élevé. Ainsi, en 2021, celui-ci était de 56,9 dans l’Hexagone contre 51,3 en Belgique. Par ailleurs, en Belgique, force est de constater que la baisse est constante depuis le début de nos mesures, en particulier entre 2020 et 2021, avec une diminution de 4,5 % en un an. C’est une variation significative, qui va bien au-delà des marges d’erreur. En France, pour la même année, on a une augmentation de 2,5 %.

Alors que 19,9 % de la population de l’Hexagone peut être classée en « dépression modérée à sévère » et que près d’un Français sur cinq se dit anxieux, votre baromètre concernant la population belge francophone indique une plus grande détresse encore sur le plan mental, surtout chez les femmes.
Oui, les chiffres concernant la santé mentale en Belgique sont pires qu’en France. Pour la dépression, 29,5 % de la population est classée en risque modéré à sévère ; quant au sentiment d’anxi-été, il est de l’ordre de 32,2 %, tous genres confondus. Pour les femmes, l’anxiété est de 38,8 %, contre 25,2 % chez les hommes. Cette différence entre les sexes n’est pas nouvelle, nous la mesurons année après année. Elle est sans aucun doute liée à la place de la femme dans la société et à la question de la charge mentale, bien connue au sein des familles. On le voit clairement à travers notre enquête. Par exemple, à la question de savoir si les gens ont l’impression d’avoir du temps pour eux en dehors de leur travail, 53 % des hommes répondent par l’affirmative, contre seulement 30 % des femmes. Il en est de même pour les soins, qu’elles reportent davantage. Il n’est donc pas étonnant qu’elles soient plus nombreuses à évoquer une situation de stress ou de burn-out au travail. À cela s’ajoutent les problèmes de violence auxquels les femmes sont confrontées : 44 % en sont victimes, contre 30 % chez les hommes. Et d’une façon générale, les femmes se montrent plus inquiètes que les hommes au sujet de leur famille, de leurs enfants et de l’avenir de ceux-ci.

Stress, anxiété, idées suicidaires… Les femmes paieraient-elles un plus lourd tribut à la crise sanitaire que nous traversons ?
La dégradation est vraiment sensible chez les deux sexes, mais le niveau de santé mentale des femmes reste bien plus bas même si, malheureusement, les hommes les rattrapent. En réalité, tous les profils sont en souffrance dans cette crise. L’indice moyen de bien-être et confiance pour les hommes est actuellement de 54,4, soit une diminution de 5,2 % en un an, alors qu’il est de 48,6 pour les femmes, un recul de 3,2 % sur le même délai.

Image de soi, conditions objectives de vie et santé physique semblent aussi en perte de vitesse au sein du public féminin, alors que trois femmes sur dix déclarent se sentir fort seules.
L’image de soi est effectivement en recul de manière sensible pour les femmes. Ainsi, leur niveau d’estime de soi est à 41,6, contre 47,7 pour les hommes. Et cette différence se marque également au niveau de la santé physique (50,6 contre 57,2), avec une baisse de 22,4 % par rapport à 2015 pour les femmes et de 9,9 % pour les hommes. Notre enquête a mis également en exergue la fragilité de la « génération sandwich », celle qui s’occupe parfois en même temps de ses enfants et de ses parents, c’est-à-dire les 40-59 ans. C’est aussi le cas des familles monoparentales, pour lesquelles l’indice de bien-être est seulement de 44,2 alors qu’il est de 51,3 en moyenne pour la population belge francophone. En une seule année, la baisse a été de 11,4 % et depuis 2015, de 20,4 % pour ce type de familles. C’est abyssal ! Et cela montre à quel point leur situation s’est détériorée ces dernières années.

Notre observatrice : Delphine Ancel. ©DR

Votre baromètre démontre aussi que la confiance dans les institutions est extrêmement faible et que la famille reste, envers et contre tout, une valeur refuge.
La sphère de proximité est celle qui remporte en effet le plus haut degré de confiance, que ce soit le médecin généraliste (80,6 %), la famille (77,7 %), le conjoint (73,1 %) ou les amis (72,6 %). Les institutions, par contre, souffrent d’un déficit de confiance important. Les politiques et les partis ferment la marche avec, respectivement, 13,7 % et 10,2 %. Plus préoccupant encore, seulement 27,8 % de la population estime que la démocratie fonctionne bien en Belgique. En France, on est à 30,9 %.

Quelles conclusions pouvez-vous tirer de cette étude ?
Sans surprise, le niveau de bien-être a été affecté par la crise, même s’il était en baisse depuis des années. Cet été, la Belgique a aussi été très marquée par les inondations, ce qui peut expliquer en partie la différence avec la France. Nous avons également été impressionnés par le fait que tous les profils étaient en baisse, quel que soit l’âge ou la classe sociale car, fait remarquable, même les catégories plus aisées sont touchées, ce qui n’était pas le cas auparavant. Évidemment, c’est le public le plus fragilisé qui affiche les indices les plus bas : 43,6 pour les chômeurs (baisse de 12,3 % en un an) et 32,1 pour les personnes en incapacité de travail (baisse de 6,4 %, toujours en une seule année). Cette catégorie se sent encore plus exclue de la société qu’auparavant. Mais la baisse de niveau est générale. Enfin, bien qu’on assiste à un nivellement par le bas à court terme, les inégalités perdurent et se creusent, inexorablement.

(*) Diplômée d’un master 2 en marketing stratégique à l’Université de Bordeaux et riche de huit années d’expérience dans les études et sondages, Delphine Ancel est responsable des études à la mutualité Solidaris.

 

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