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Parole d’expert: « Il faut dénoncer les fausses idées sur le Covid et le variant Omicron »

Quels sont actuellement les défis et les inquiétudes des médecins ? | © Photo by Mylene Deroche/ABACAPRESS.COM

Santé

Après deux ans de pandémie et un nouveau variant qui remet en question bien des certitudes, la confiance s’effrite et certains patients se sentent abandonnés par les médecins qui, eux-mêmes, ne savent plus où donner de la tête. Le Dr Guy Delrée fait le point, sans langue de bois.

Paris Match. Le variant Omicron, devenu omniprésent, s’impose en Belgique. Quels sont actuellement les défis et les inquiétudes des médecins ?

Guy Delrée. Notre principal défi est de passer d’une phase de crise, durant laquelle il faut faire des choix dans l’urgence, à une phase où l’on doit intégrer la maladie dans la pratique de tous les jours et être capable de soigner toutes les pathologies en même temps. Mon inquiétude est multiple. Je pense d’abord à tous les patients «traditionnels» qu’on n’a pas pu soigner, qu’ils soient exposés au cancer, aux maladies cardiovasculaires ou au diabète. Ma seconde inquiétude concerne la désinformation. Aujourd’hui, tout le monde a un avis sur tout et les informations qui circulent tous azimuts sont souvent erronées, incontrôlées ou dénuées de sens. Or, les premières victimes de cette désinformation sont les non-vaccinés. En résumé, nous devons réussir à vivre avec le Covid en l’apprivoisant et, surtout, en le comprenant.

Que faut-il comprendre exactement ?

Que nous devons adapter notre comportement et en connaître la raison. Cela concerne aussi bien la maladie en elle-même que les moyens de lutte contre celle-ci. La population doit donc comprendre le sens de ce qui lui est demandé pour y adhérer. Par exemple, beaucoup de gens ont du mal à intégrer qu’on puisse être vacciné et contracter malgré tout le virus. Preuve, selon eux, que le vaccin serait inefficace. Or, ce n’est pas parce qu’on est vacciné qu’on ne peut pas être porteur et développer une forme mineure de la maladie. Par contre, on est protégé contre les formes graves.

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Dans cette crise dont on ne voit pas la fin, beaucoup de patients disent se sentir seuls face à leurs symptômes et livrés à eux-mêmes durant leur quarantaine parce que leur généraliste est débordé. -Comment mieux les aider, mieux les conseiller ?

Je peux comprendre que certains se soient sentis abandonnés quand on a mis en place les consultations téléphoniques. Beaucoup de patients n’étaient pas habitués à ce mode de fonctionnement, mais il était indispensable à un moment où les médecins ne disposaient d’aucun équipement de protection. Depuis, ces dispositions ne se justifient plus que pour les patients asymptomatiques ou avec des symptômes légers. Si leur cas s’aggrave, il est certain que leur médecin les recevra dans son cabinet. Le problème survient si tout le monde tombe malade en même temps, ce qui entraîne une surcharge de travail. Certains confrères travaillent près de douze heures par jour. À moyen terme, ce n’est pas tenable. Quand une personne souffre d’une angine, on la soigne pour son angine. Quand elle a le Covid, vous devez soigner la personne, mais aussi remplir les prescriptions et les papiers pour les tests de toute la famille, expliquer combien de temps durera la quarantaine, et cela différemment en fonction de l’âge et du statut vaccinal de chacun. En fait, vous perdez plus de temps à prendre des dispositions pour l’entourage que pour la personne infectée.

Qu’en est-il des symptômes ? Doit-on, dans un premier temps, se persuader que les maux de tête et les courbatures vont passer ?

Tout dépend si l’on est vacciné ou non. On peut présenter des symptômes grippaux, des maux de tête, de la toux et des courbatures. Pour les gens vaccinés, les symptômes sont légers et ne durent que 24 heures ou quelques jours tout au plus. Ils se limitent souvent à un gros coup de fatigue. On préconise la prise de paracétamol ou de sirop contre la toux et on conseille de bouger et de bien s’hydrater. En revanche, ceux qui ne sont pas vaccinés s’exposent à des risques accrus. Le pic survient au bout de six ou sept jours, mais la dégradation de l’état de santé peut être très soudaine, avec des problèmes respiratoires survenant parfois en quelques heures. Il est alors urgent de consulter son médecin ou de se rendre directement aux urgences.

Certaines personnes feraient jusqu’à 41°C de fièvre. C’est le pire auquel elles doivent s’attendre ?

Ni moi ni ma femme n’avons été confrontés à de tels cas, par ailleurs peu probables. Par contre, comme je vous l’ai dit, les problèmes respiratoires graves peuvent survenir très rapidement. Si cela arrive, iI n’y a pas de temps à perdre. Ces situations ne concernent heureusement que 5 % des non-vaccinés, et les vaccinés sont encore beaucoup moins exposés. Mais comme ils sont plus nombreux, on rencontre évidemment plus de cas chez eux.

© Riccardo Fabi/NurPhoto/Shutterstock

Les contaminations se multiplient avec Omicron et les généralistes sont encore davantage mis sous pression. Quelles solutions préconisez-vous pour alléger les charges administratives de plus en plus lourdes qui leur sont imposées ?

Plusieurs solutions ont été mises en place et d’autres sont en train d’être implantées. Les outils d’autoévaluation destinés à des gens souffrant de symptômes légers en sont une. Ils ne contactent leur généraliste que s’ils sont positifs, ce qui permet déjà de procéder à un premier tri. La déclaration de contacts à haut risque en est une autre : les cas positifs reçoivent via SMS un lien qui permet de passer l’étape du call center. Si celui-ci est débordé, tout ce travail retombe sur le dos des généralistes, avec la prescription de codes PCR pour les contacts à risque. Cette tâche ne doit pas nous incomber, a fortiori au plus fort des vagues. Heureusement, ces dispositions qui améliorent considérablement le tracing fonctionnent efficacement, et ce depuis la fin du mois de novembre. Un troisième outil va arriver : il s’appliquera aux contacts à haut risque, qui pourront se déclarer sur la plate-forme masanté.belgique.be

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Y a-t-il une autre disposition que vous voudriez voir rapidement adoptée ?

Oui, elle concerne les certificats médicaux, qui doivent être manuscrits et varient selon les métiers. Par exemple, pour la police, il s’agit de deux feuilles A4, et pour les enseignants, d’une feuille en trois parties. Or, nous disposons tous de logiciels agréés capables de produire des certificats avec toutes les données nécessaires, qui devraient être acceptés par toutes les administrations. Je remarque que, d’une manière générale, les employeurs dans le privé sont plus souples à cet égard. Mais il faut être de bon compte : la surcharge administrative est un mal du siècle, et cela ne date pas du Covid.

La liste de médicaments susceptibles d’enrayer la maladie s’allonge. Que prendre si l’on est positif ? Quelles sont les prescriptions -possibles et les nouvelles molécules mises sur le marché ? -Pouvez-vous aider les citoyens à y voir clair ? Faut-il prendre des corticoïdes, des antibiotiques ou autre chose pour combattre le virus tout en restant chez soi ?

Les antibiotiques ne soignent pas le Covid. Il faut prendre du paracétamol même si, dans de rares cas, les anticorps monoclonaux se sont avérés efficaces pour des patients présélectionnés (non immunisés, d’un certain âge, présentant des comorbidités et se trouvant à un stade précis de la maladie). Mais vous pouvez oublier tout cela avec Omicron : les médicaments qui étaient efficaces avec le variant Delta ne fonctionnent plus. Il en va de même pour les antiviraux : on sait déjà que certains fonctionnent mal ou sont inefficaces contre Omicron. Quant aux corticoïdes, ils ne peuvent être administrés qu’à un certain stade de la maladie. Si on les prend tout de suite, ils peuvent faire plus de mal que de bien. D’une manière générale, il faut tordre le cou à toutes ces molécules soi-disant efficaces. Beaucoup de gens pensent que la chloroquine, l’ivermectine, l’azithromycine et autres sont des alternatives valables. C’est faux !

© Graham Hughes/CP/ABACAPRESS.COM

Même si la meilleure parade contre le Covid reste la vaccination, comment les citoyens peuvent-ils booster leurs défenses immunitaires ? Que penser des compléments vitaminés, de la vitamine C, des oméga-3, des produits naturels à base de plantes ?

L’argument qui consiste à dire qu’avoir une vie saine et prendre des vitamines suffirait à se prémunir du Covid et permettrait de ne pas se faire vacciner est assez paradoxal, car le lobby pharmaceutique est un grand pourvoyeur de complexes vitaminés dont notre corps n’a pas besoin. Je rappelle qu’en 2020, l’épidémie a tué des gens en pleine forme et même des sportifs de haut niveau. Il faut ouvrir les yeux et cesser d’opposer traitements et vaccins. Penser qu’un éventuel traitement dispense de se faire vacciner est une grave erreur. Le problème, c’est que les gens s’érigent en experts dès qu’ils ont glané quelques informations disparates et souvent sujettes à caution sur les réseaux sociaux. Ils croient avoir les bonnes infos en main, mais ils se trompent ! Aujourd’hui, ces gens sont soit désinformés et donc victimes, soit de mauvaise foi. Cela dit, ils peuvent se gaver de vitamines, c’est sans danger, mais sans effet contre le virus. Ces compléments sont inutiles si l’on mange sainement et qu’on a une activité physique régulière. La seule vitamine qui nous manque, c’est la vitamine D, pour les os notamment. Mais revenons à l’essentiel en ce début d’année 2022 avec Omicron : le plus important est de recevoir rapidement sa dose booster et de respecter les mesures barrières en vigueur. Avec le testing-tracing, ce sont les trois meilleures armes, complémentaires, contre la pandémie.

Que penser de ces médecins généralistes et -spécialistes qui ont créé un collectif pour proposer une alternative thérapeutique ? Ou qui -déconseillent même la vaccination au profit de -traitements parallèles ?

Il faut laisser les experts faire leur travail et éviter de vouloir mettre sur pied des systèmes parallèles pour court-circuiter le système officiel. Cela trahit des intentions inquiétantes et, pour tout dire, cette initiative me semble suspecte. Quant aux médecins généralistes dont vous rapportez le comportement, je dis que ces gens enfreignent gravement les règles de base de notre métier, dont le devoir est de soigner les patients «conformément à l’état actuel des connaissances scientifiques». Le Conseil de l’Ordre des médecins a donné son avis sur les vaccins contre le Covid en affirmant que ceux-ci étaient suffisamment validés. Nous avons donc le devoir déontologique de le conseiller, et ces collègues violent leur serment. Ils sont dangereux et devraient s’exposer à des condamnations. Dans tous les métiers, il existe des brebis galeuses. Il n’y a pas de raison pour que la médecine fasse exception. Je pense qu’ils sont moins d’un pour cent, mais cela suffit, hélas, pour semer le doute.   

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