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Combien de temps le Coronavirus va-t-il encore impacter nos vies ?

«À ce stade de notre (mé)connaissance, il serait bien imprudent de considérer Omicron comme le gentil virus qu’on peut laisser circuler sans risque » prévient Marius Gilbert. | © AP Photo/Eugene Hoshiko & Isopix

Santé

Comme le détaille Marius Gilbert, la réponse n’est pas aisée. Nombre d’incertitudes demeurent. Avec circonspection, l’épidémiologiste évoque aussi le grand débat qui occupera les politiques dans les semaines à venir, celui de la vaccination obligatoire.

 

Un entretien avec Michel Bouffioux

Paris Match. Nous sommes actuellement en pleine vague Omicron. Va-t-on aller jusqu’à Omega ? La crise sanitaire qui se prolonge va-t-elle épuiser toutes les lettres de l’alphabet grec ?
Marius Gilbert. La question de la durée probable de la pandémie, c’est vraiment le Graal des épidémiologistes ! Tout dépendra de l’efficacité dans le temps de la protection immunitaire que nous offriront à la fois les vaccins et les infections successives dans la population. On peut cependant oser cette note positive : en termes immunitaires, la population vivant aujourd’hui en Belgique n’a plus rien à voir avec celle du début de l’épidémie. Elle est désormais majoritairement vaccinée et, pour une part significative, a connu au moins un épisode de contamination par le SARS-CoV-2. Dans le prolongement de ce constat, on peut envisager que la vague Omicron renforcera encore la réponse immunitaire collective car, dans les semaines à venir, il n’y aura vraiment plus grand-monde qui n’aura pas été vacciné, ou infecté, ou les deux. Cela va provoquer un accroissement des anticorps neutralisants, qui sont une protection de première ligne contre les infections. Mais cela devrait aussi renforcer la protection de deuxième ligne par les lymphocytes B et les lymphocytes T, qui jouent un rôle important dans la prévention des formes sévères de la maladie après une contamination. Ainsi pourrait se développer un « socle de protection » collectif qui permettrait de limiter l’impact du coronavirus pour les infectés de demain, quels que soient les variants.

Ce qui fait dire à certains qu’Omicron nous dirige vers la porte de sortie de la crise sanitaire ?
C’est une possibilité mais ce « socle de protection » pourrait aussi faiblir avec le temps, et on ne peut exclure que de nouveaux variants plus virulents puissent encore nous surprendre. Il faut se souvenir de ce qu’on a vécu avec le variant Delta qui, au fil du temps, a pu franchir la barrière immunitaire des vaccinés, avec des conséquences en termes d’hospitalisation pour les personnes à risque.

Mais si on parvenait à conserver ce « socle de protection »…
Alors, on pourrait envisager de vivre avec le SARS-CoV-2 comme avec le virus de la grippe, c’est-à-dire avec des rappels de vaccination pour les personnes à risque. Dans cette hypothèse, l’épidémie se sera transformée en endémie : le virus sera toujours là et contaminera toujours un certain nombre de personnes chaque année, mais sans que cela ait un impact catastrophique en termes de mortalité et de surcharge hospitalière. Cependant, il ne faut pas encore crier victoire, car nous sommes devant une équation à plusieurs inconnues. Outre les questions quant à la durée de l’immunité et aux nouveaux variants, il y a aussi cette évidence : notre connaissance d’Omicron, le variant qui domine actuellement, est encore floue.

Le précédent de l’Afrique du Sud, où l’explosion des cas Omicron n’a pas été suivie par une augmentation proportionnelle des hospitalisations, n’est-il pas encourageant ?
Sans doute, mais on constate actuellement une augmentation du nombre de décès dans ce pays. En réalité, des informations divergentes nous proviennent de différentes régions du monde. Dans certaines villes d’Amérique du Nord, les hospitalisations et la mortalité redécollent avec la vague Omicron. Des pays comme le Danemark et l’Angleterre en souffrent aussi, avec des décès en augmentation. En Belgique, les personnes de plus de 65 ans et les personnes immunodéprimées semblent bénéficier d’une meilleure résistance aux formes sévères, sans doute grâce au boost procuré par la troisième dose de vaccin. Pour autant, cela ne doit pas nous faire baisser la garde. À ce stade de notre (mé)connaissance, il serait bien imprudent de considérer Omicron comme le gentil virus qu’on peut laisser circuler sans risque. S’il est vrai que les symptômes d’une primo-infection par Omicron peuvent paraître assez faibles, surtout quand on dispose d’une bonne protection immunitaire, nous n’avons pas encore une vue complète des dégâts qu’il peut provoquer dans le corps humain. À cet égard, on se souviendra que les variants précédents touchaient de très nombreux organes, ceux dans lesquels il y a des récepteurs ACE2. À vrai dire, il reste bien des inconnues sur les effets à long terme des infections par le SARS-CoV-2, et a fortiori par Omicron.

Va-t-on finir par éradiquer ce virus ?
Ce virus est entré dans la communauté humaine et il y a peu de chance qu’il disparaisse. Pour cela, il faudrait un niveau de coordination internationale majeur, avec un vaccin qui permettrait d’empêcher l’infection et la transmission de manière plus durable. On se dirige plus vraisemblablement vers un temps où nous vivrons avec lui sans qu’il nous préoccupe particulièrement.

La vie « normale », sans distanciation sociale, sans masque, c’est pour quand ?
Tout dépendra de la durée de la protection immunitaire et de l’apparition possible de nouveaux variants. Ces deux ou trois prochaines années, nous allons probablement être amenés à utiliser le masque à certains moments clés, en particulier pendant la période hivernale, qui est plus propice à la transmission. Pour nous donner le plus de chance de préserver notre qualité de vie collective, il est essentiel d’enfin envisager une stratégie à long terme qui nous permettra de mieux cohabiter avec le virus. À l’avenir, il ne s’agira pas que de faire des campagnes de vaccination successives…

(…) La suite de ce grand entretien, où Marius Gilbert évoque notamment le débat de l’obligation vaccinale, dans votre Paris Match Belgique !

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