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La schizophrénie : « Ce n’est pas la fin des projets de vie ni des espoirs »

Personne qui kiffe sa non vie à travers la fenêtre

La schizophrénie concerne 1% de la population mondiale | © Unsplash - Sasha Freemind

Santé

Ce 26 mars marque le dernier jour de la semaine de la schizophrénie. Encore trop méconnue et souvent en proie aux idées reçues, cette maladie chronique concerne toutefois plus de 100 000 personnes en Belgique. Mais cette stigmatisation entraine des retards de diagnostic. Rencontre avec Sophie Tambour, psychologue en région liégeoise.

Par Audrey Forman

 

La schizophrénie est une maladie chronique appartenant à la famille des psychoses qui touche 1% de la population mondiale. Affectant le cerveau, elle engendre le plus souvent une perte de contact avec la réalité et provoque des manifestations qualifiées d’étrange : hallucinations, idées délirantes, comportements désorganisés, mais aussi des symptômes dits « négatifs » tels que le repli sur soi, le manque de motivation ou encore la difficulté à communiquer. De par ces symptômes complexes et le manque de connaissance sur la maladie, les personnes schizophrènes, souvent associées à des êtres dangereux et imprévisibles, souffrent également des préjugés et du rejet social qui en découle. Cette réalité constitue un obstacle majeur au mécanisme de prise en charge et par conséquent au bon rétablissement des patients.

Sophie Tambour est psychologue et travaille pour l’Intercommunale de soins spécialisés de Liège, dans le service Ecotone, un programme de prise en charge des personnes qui présentent un premier état de décompensation psychotique. Elle a accepté de nous en dire plus sur cette maladie qu’elle côtoie chaque jour, afin de déconstruire ces idées reçues.

Un diagnostic complexe

Les premiers signes de psychose se manifestent généralement entre 15 et 25 ans, dans la période charnière entre l’adolescence et l’âge adulte. Mais il faut toutefois bien distinguer les signes psychotiques de la schizophrénie. « La schizophrénie ne concerne qu’une partie des jeunes qui présentent à l’origine un épisode psychotique » explique Sophie Tambour. Un épisode psychotique peut donc ne se présenter qu’une fois au cours d’une vie, sans pour autant être précurseur d’une pathologie.

Selon la psychologue, un épisode de crise psychotique se manifeste par des symptômes de l’ordre de la déconnexion, comme des idées délirantes non fondées sur du concret. Pour être reconnu comme personne schizophrène, il faut être sujet à des crises psychotiques multiples sur une période déterminée, et présenter une mauvaise récupération entre ces crises.

Il est très complexe de prévenir l’arrivée d’une première crise. « C’est toute la difficulté de la chose, car les premiers signes, on ne peut les identifier qu’à posteriori ». Le décrochage scolaire, la consommation de drogues, la méfiance ou un changement d’attitude plus global sont des comportements précurseurs d’un premier épisode psychotique. Mais tous ces éléments se confondent facilement avec d’autres maladies, ou sont simplement assimilés à la crise d’adolescence. « La question est donc de savoir si on intervient quand on identifie quelque chose, car il y a toujours le risque que ce soit un faux positif. On va peut-être dire à un gamin en décrochage qu’il est en train de basculer vers la psychose alors que c’est faux » ajoute la psychologue.

Faire prendre conscience

Durant les crises, les personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas conscientes de la maladie. « Ça fait partie de leur réel, et c’est ça qui est difficile à comprendre pour les personnes extérieures ». La difficulté est donc d’accompagner ces personnes à se reconnecter, à revenir à la réalité partagée, sans pour autant les brusquer ou les amener à se sentir incomprises. « L’une des choses que l’on travaille en premier, c’est la conscience de ce qu’il se passe. Entre les épisodes psychotiques, il faut informer la personne sur sa maladie afin de pouvoir anticiper les crises au mieux ».

Une bonne orientation, le début de la solution

Aujourd’hui, les détresses psychiques restent mal comprises. Prendre la décision de consulter un spécialiste est une démarche qui n’est pas simple pour les jeunes qui sont souvent envahis par un sentiment de honte. « Les études et notre réalité de terrain montrent que les personnes mettent généralement des mois voire des années avant de consulter un spécialiste. On dit que la durée de non-traitement peut aller jusqu’à deux ans ». Tout le défi réside donc dans le fait de raccourcir cette période afin que les jeunes consultent au plus vite. Car une prise en charge rapide améliore le pronostic de rétablissement. « On conseille d’aller consulter dès que l’adolescent présente un changement de comportement ou un isolement, car c’est de toute façon signe d’une détresse, que ça vire ou non vers un épisode psychotique »

Les a priori sur la maladie constituent également un frein à la consultation. « L’amalgame selon lequel les personnes schizophrènes sont dangereuses stigmatise la maladie et est totalement faux ». En réalité, les personnes atteintes de schizophrénie sont plus généralement victimes qu’auteures de violence. « Ces préjugés engendrent le fait que les personnes concernées vont elles-mêmes adopter ces croyances ».

Sophie Tambour tient toutefois à envoyer un message positif. « La psychose et la schizophrénie, ce n’est pas la fin des projets de vie ni des espoirs. C’est quelque chose qui, pris en charge, permet d’avoir une qualité de vie tout à fait satisfaisante ». Selon la psychologue, beaucoup de personnes parviennent aujourd’hui à mener une vie parfaitement épanouie grâce aux soins et au soutien de l’entourage. Il faut donc insister sur la nécessité de consulter rapidement. « On a une politique en santé mentale avec une multiplication importante d’outils à disposition. Beaucoup de choses peuvent se faire sans pour autant passer par la case hôpital », conclut-elle.

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