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Kilos émotionnels : « Trop de régimes se basent une prétendue faiblesse psychologique »

Avec l'été, l'idée de soigner son corps et ses kilos en trop revient en force. Voici un livre qui ne joue pas la carte de la restriction mais de la compréhension des mécanismes alimentaires. | © ©PHOTOPQR/L'ALSACE/Jean Francois Frey

Santé

Echanges avec Cathy Assenheim, auteure de Ma tête à faim, pour en finir avec les régimes culpabilisants et restrictifs. Non, votre prise de poids ne vient pas forcément de ce que vous mangez. Mais de quand vous répondez au mécanisme de faim…

 

Entretien par Laurent Depré

 « Rien n’y fait pour certains patients que je reçois en consulation… Ils s’alimentent correctement, plus ou moins sainement et sans excès particulier, font du sport. Parfois même ils grossissent… C’est typiquement les cas où les personnes mangent bien mais pas au moment où ils en ont besoin. Ils souffrent aussi souvent de soucis physiologiques de fond qui impactent leur métabolisme. »  

Cathy Assenheim est psychologue clinicienne, spécialisée en neuropsychologie. Elle s’est fortement intéressée au fil des années à la compréhension de l’anxiété, des troubles du sommeil, des kilos émotionnels et du burnout. Après deux ouvrages consacrés au cerveau et au processus du burnout et de l’épuisement, elle s’attaque dans Ma tête a faim aux mécanismes qui mènent au stockage de masses graisseuses mais en sortant de la culpabilisation habituelle des ouvrages pour maigrir. Fini la restriction et les commandements externes !

Ce livre ne propose donc pas un régime diététique de plus car le problème ne vient peut-être pas de ce que vous mangez. L’auteure nous invite à mieux connaître notre fonctionnement alimentaire et agir plus efficacement pour reprendre le contrôle des compulsions sucrées notamment.

Parismatch.be. L’alerte que vous sonnez avec votre nouveau livre Ma tête à faim est la suivante : « attention, votre surpoids ne vient peut-être pas que de ce que vous mangez »… Dressant ce constat, que faire ?
Cathy Assenheim. « Je voulais surtout envoyer un message pour qu’on arrête les propos culpabilisants du style ‘moins manger est juste une question de volonté’… Ce qui renverrait à une prétendue faiblesse pyschologique. L’autre idée reçue est que le surpoids serait surtout dû à la malnutrition. Ce n’est pas aussi carré. Manger est un processus complexe qui mêle le cerveau et le physiologique. Baser les régimes uniquement sur ce que l’on mange est un leurre. Les librairies débordent de livres à succès sur ce qu’il faut manger pour maigrir. Si c’était l’unique porte d’entrée, cela ferait longtemps que l’on aurait trouvé ‘Le’ régime miracle. Mon objectif est de proposer une approche globale en partant du précepte que manger apporte du carburant au corps: manger quand on en manque et stopper lorsqu’on a fait le plein. Les signaux naturels neurophysiologiques peuvent être perturbés par des émotions, du stress, un déséquilibre hormonal global… Dans les régimes ‘classiques’, on imposera des règles strictes plutôt externes qui vont remplacer ces signaux internes et faire plus de mal au final. « 

Dans le livre vous expliquez que « lorsque nous mangeons sans faim, la conséquence est un dérèglement de l’organisme qui va entraîner des pulsions sucrées et plus globalement un excès de stockage abdominal ». Pouvez-vous l’expliquer concrètement ?
« Votre question rejoint le second aspect du processus alimentaire : que va-t-on faire de ce que l’on vient d’ingérer ? C’est tout le métabolisme. On peut immédiatement brûler les calories que l’on vient d’absorber pour nous donner du carburant. On peut aussi stocker ces graisses pour les urgences à venir comme le stress, l’effort physique… Lorsque vous mangez sans faim, le cerveau est en fait très satisfait de pouvoir exacerber ce processus de stockage. C’est un mécanisme préhistorique qui nous vient de période plus ou moins longue de famine. Il n’y a plus de famine mais le mécanisme est resté en place et se suractive quand on ne mange pas quand on en a besoin. Et ces ‘graisses tampons’ seront alors situées au niveau de l’abdomen et des cuisses. Ce mécanisme de stockage se dérègle aussi lorsqu’on ne mange pas assez. Le cerveau va l’interpréter comme une « famine » et stocker en conséquence… »

Comment reconnaitre justement une compulsion sucrée ? Comment se concrétise-t-elle ?
« Lorsque le métabolisme, ce que l’on fait des aliments donc, est déréglé cela peut toucher la glycémie qui conduit alors vers des compulsions sucrées. Le stress sur la durée ou l’épuisement qui en découle amènent un dérèglement hormonal qui perturbe cette glycémie. Il y a alors des appels de nourritures caloriques pour un apport d’urgence de carburants rapides. Si le stress perdurent, les mécanismes de réserve ne suffisent plus et le corps va alors faire des appels sucrés. Une seconde hormone, la sérotonine celle du bien-être, intervient aussi dans la glycémie. Sa diminution, sous l’action du stress, va entraîner de l’agacement ou de l’irritabilité et mener à des compulsions sucrées…  « 

Au travers des pages, vous enseignez également des notions importantes pour essayer de parvenir à distinguer pulsion et réelle compulsion de faim.
« La pulsion est un problème de signal de faim irrésistible qui est tronqué en réalité. C’est ce que j’apelle la faim émotionelle. Les émotions, de type fatigue ou solitude par exemple, prennent la place des signaux naturels de faim. C’est la nourriture « doudou », l’association automatique ‘je me sens mal donc je mange pour me sentir mieux’. Ce qui traduit une compulsion, au sens plus pathologique du terme, c’est lorsque deux fois par semaine ou plus on a cette envie irrépréssible de nourritures avec un gros souci de satiété. On est sur une perte de contrôle totale des signaux naturels de satiété… Il n’y a pas d’aliments fétiches, les personnes videront absolument tout ce qui est à portée de main ».

Parlez-nous de votre méthode que vous nommez, de façon un peu provocatrice, ‘anti-régime’.
« J’entends surtout m’éloigner d’une approche qui se limite à des restrictions de comportements alimentaires. On vous explique qu’il faut manger autant de calories, tels aliments et pas d’autres… Cest ce que je nomme la faim intellectuelle. Ma méthode afin de pouvoir perdre du poids ou de savoir gérer les compulsions sur le long terme, c’est de travailler sur l’ensemble. En reprogrammant d’abord les signaux de faim et de satiété réels en quatre semaines avec des outils concrets. Le second volet de la méthode vise à travailler sur le métabolisme alimentaire. Avant de perdre du poids, il faut s’assurer qu’on ne souffre pas de dérèglement physiologique de fond tel que le surmenage ou l’épuisement qui rendrait caduque tout travail sur la prise de poids. Enfin, n’y a-t-il de freins biologiques à la perte de poids au niveau hormonal ? Mon approche vise à travailler tant sur la tête que sur le corps. « 

En cette période post-covid, avec sa kyrielle de détresses psychiques, de burnout, de dépressions… Constatez-vous une augmentation de ces surpoids de stress depuis quelques temps ?
« Je constate effectivement une augmentation du nombre de consultations avec des prises de poids entre 10 et 15 kilos. La Covid a demandé beaucoup d’efforts d’adaptation à la population avec son lot de stress. Les gens en paient les conséquences à présent. Le mécanisme alimentaire a été touché, le stockage des graisses déséquilibré… Autre effet pervers du confinement, les gens se sont recentrés sur le manger et même le bien-manger en choisissant des aliments de qualité, en cuisinant pour leur famille. Mais privilégier des aliments sains ne veut pas dire qu’on les mange quand on a vraiment besoin de manger. Donc on a mangé mieux, c’est vrai, mais trop par rapport à nos besoins réels ou pas au bon moment. Aujourd’hui, il y a donc tout un travail de régulation des comportements alimentaires après cette période de pandémie mondiale. »

Cathy Assenheim
Ma tête a faim
(Ed. De Boeck Supérieur 2021) 


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