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Produits bidons vendus en Belgique : comment ne pas être trompé ?

« Nous avons récemment pointé 66 compléments alimentaires bidon dont l’effet est totalement nul », explique Jean-Philippe Ducart. « Il faut savoir que sur ce nombre, seulement cinq avaient été soumis à un contrôle de la part des autorités belges ! » Ci-dessous (à gauche), le fac-similé de l’enquête de Test Achats. | © DR

Santé

Nouvelle affaire dénoncée par l’association de consommateurs Test Achats : le consommateur belge est sans cesse exposé à des mensonges, voire des dangers.

 

Porte-parole et responsable de la communication externe chez Test Achats, Jean-Philippe Ducart est le visage de la défense des consommateurs en Belgique. L’association compte quelque 310 000 membres sur le territoire national.

Paris Match. Vos dernières analyses ne manquent pas d’interpeller : parmi seize produits solaires testés, trois n’offrent pas la protection escomptée contre les UVA, les UVB ou les deux, alors que – plus grave encore – l’un d’entre eux est spécifiquement déstiné aux nourrissons et aux jeunes enfants. Aviez-vous déjà obtenu des résultats aussi consternants ?
Jean-Philippe Ducart. Hélas, oui. C’est une situation qui perdure et demande des remises à jour constantes, avec de nouvelles marques ou de nouveaux produits. Il y a trois ans, nous avions suscité la polémique à propos d’un produit d’origine espagnole commercialisé dans toute l’Europe, de la marque Isdin. Nous avions pointé du doigt le même problème, à savoir un indice de protection peu fiable. Ce produit a été retiré du marché au terme de longues discussions avec le SPF Santé (le service public fédéral belge chargé des matières de santé, de sécurité alimentaire et d’environnement).

De longues discussions, dites-vous. Est-ce à dire que le SPF Santé a tendance à traîner des pieds ou est de mauvaise composition ?
En tout cas, le processus est lent. Ces gens-là affichent une extrême prudence avant de se prononcer, sans doute par peur d’un éventuel retour de flamme de la part du fabricant qui pourrait estimer que la décision administrative de retrait ne serait pas fondée, auquel cas celle-ci pourrait donner lieu à une procédure judiciaire.

En tout état de cause, ici encore, vous avez informé le SPF Santé que ces crèmes solaires ne tenaient pas leurs promesses, alors que les dermatologues ne cessent de nous alerter sur la nécessité de se protéger de manière efficace contre les UV responsables du cancer de la peau, 46 000 nouveaux cas étant détectés chaque année en Belgique. Quelle a été sa réaction ? Les laboratoires incriminés ont-ils pris position, contesté les résultats ou fait amende honorable ?
Nous avons transmis le dossier à l’administration ainsi qu’aux fabricants concernés. Nous n’avons pas encore eu de feedback pour le moment, mais cela peut venir. Officiellement, notre rôle s’arrête là. Nous suivrons ce dossier attentivement pour voir si le produit a été retiré ou si la formule a été changée dans le respect des règles en la matière. Et, bien sûr, nous continuons d’ores et déjà à tester de nouvelles crèmes solaires. Nous sommes d’autant plus vigilants quand cela concerne une population vulnérable comme les enfants de moins de 3 ans.

La loi est censée protéger le consommateur. Comment est-il possible de retrouver sur le marché des produits aussi nocifs ? Est-ce de la négligence, de l’incompétence ou une attitude délibérée visant le profit ?
Je pense malheureusement que notre niveau d’exigence en Belgique n’est pas suffisant. Il y a de réelles lacunes et approximations dans notre législation et un manque de contrôle patent au niveau des normes. Les fabricants procèdent à leurs propres tests, mais sans transparence aucune. De plus, je ne suis pas certain que les administrations soient suffisamment équipées pour effectuer des contrôles pertinents en fonction de la réglementation en cours. Les tests coûtent chers. Ceux auxquels Test Achats a procédé pour les crèmes solaires reviennent à 30 000 euros pour une dizaine de produits. Notre dernière volée de tests en concernait seize. Faites le compte !

 

Test Achats a récemment analysé seize protections solaires. Trois ne respectent pas la protection promise. Parmi ceux-ci, un produit spécifiquement destiné aux bébés et jeunes enfants ! DR

Comment les financez-vous ?
Ces investissements font partie de nos obligations. Cela n’empêche pas que nous avons des comptes en équilibre. Grâce à nos cotisations et aux abonnements de nos quatre revues, nous disposons d’une surface financière suffisante pour les organiser.

Les problèmes ne cessent de s’accumuler avec les produits de grande consommation. Comment est-il possible que vous arriviez à des conclusions qui contredisent à ce point les propres analyses des marques présentes sur le marché ? Les industriels ne seraient-ils pas de bonne foi ?
Il peut y avoir des divergences d’interprétation. Mais on sait que, dans une certaine logique de marketing, ils tentent aujourd’hui de faire le plus avec le moins possible. Ne nous voilons pas la face : il y a un calcul de rentabilité, quitte à jouer parfois avec le feu.
Qu’encourt judiciairement une entreprise fautive ? Les condamnations sont-elles sévères ou faut-il modifier la législation ?
La première sanction, à la fois commerciale et financière, c’est le retrait du marché. S’il y a fraude ou intention volontaire de tromperie, le fabricant s’expose à une condamnation pénale. Je n’ai pas de montant en tête, mais les risques sont loin d’être négligeables.

Test Achats a dénoncé ces dernières années plusieurs scandales dans des secteurs divers. Quel est celui qui, aujourd’hui encore, suscite le plus votre indignation ?
Sans hésiter, je pense aux compléments alimentaires pour des cures d’amaigrissement. C’est un scandale qui se répète aujourd’hui encore. Ce genre de produit miracle est de plus en plus répandu. On les croise à tout bout de chemin, sur internet, sur Instagram, sur tous les réseaux sociaux imaginables, avec l’appui d’influenceurs et d’influenceuses. Or il y a un gros problème de composition de certains de ces produits, et l’effet allégué n’est jamais au rendez-vous. Nous avons récemment dénoncé cette situation en pointant 66 compléments alimentaires bidon dont l’effet est totalement nul. Il faut savoir que sur ce nombre, seulement cinq avaient été soumis à un contrôle de la part des autorités belges.

Quand vous tombez sur un problème de sécurité ou de santé publique, disposez-vous d’une ligne spéciale avec les autorités, une sorte de téléphone rouge ?
Non, mais nous sommes en contact avec ces deux instances privilégiées que sont l’AFSCA et l’AFMPS, l’Agence fédérale des médicaments et produits de santé. Nous sommes en relation avec des personnes ressources, mais nous alertons aussi directement le ministre en charge du problème.

Il réagit vite ?
Cela dépend. Le cabinet dit souvent qu’il « examine ». Donc, je dirais qu’ils réagissent moyennement.

Comme beaucoup de nos concitoyens, avez-vous vous aussi l’impression que le consommateur apparaît souvent comme le dindon de la farce ?
Il est tellement confronté à des offres et des sollicitations qu’il y a de quoi perdre le nord. Mais il doit se dire une chose : ce qu’il ingurgite n’est jamais anodin et, à ce niveau-là au moins, il doit redoubler de vigilance. Les produits transformés sont de plus en plus complexes et notre rôle est précisément de les démystifier. Un exemple précis : sur notre site, nous avons répertorié ce que nous appelons les « produits Pinocchio », avec toutes les allégations mensongères qui s’y rapportent pour berner le consommateur. C’est un outil à mettre entre toutes les mains.

(…) La suite de ce long entretien dans votre Paris Match Belgique

 

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