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Radiothérapie : voici les nouveaux snipers de tumeurs

Le 16 juin dernier, un premier patient bénéficiait d'un traitement sur le nouvel accélérateur LINAC. Toutes les équipes étaient sur le pont. | © DR

Santé

Le service de radiothérapie de l’Institut Bordet compte désormais 5 accélérateurs de particules linéaires dont le Linac 1.5 Tesla. Un accélérateur couplé à un simulateur IRM de haute intensité. Une première en Belgique qui change tout et dont l’acquisition a été rendue possible par l’Association Jules Bordet.

 

Par François Daubresse

Nous retrouvons le Professeur Van Gestel qui partage désormais son temps entre la direction médicale de Bordet et le Service Radiothérapie. Notre première question porte tout naturellement sur cette double casquette.

Paris Match. Alors Professeur, c’est possible d’être au four de la radiothérapie et au moulin de la direction médicale de Bordet ?
Pr Van Gestel. Officiellement, je fais un 50-50… mais pour être honnête, je passe plus de temps en réunion ou au téléphone que derrière les machines. C’est le Pr Philippe Martinive le véritable responsable des lieux à présent. Je ne fais que le seconder. Il est en place depuis quelques semaines maintenant. Il a été formé à l’UCL et travaillait précédemment en radiothérapie et radiobiologie à Liège où nous avons été le chercher.

L’année dernière, vous nous présentiez vos 5 nouveaux accélérateurs linéaires de particules flambant neufs… dont un très particulier !
Oui, le Linac couplé à une IRM 1.5 Tesla. C’est le seul en Belgique et il été financé pour moitié par l’Association Jules Bordet. Cette machine est incroyable et permet des prouesses.

Expliquez-nous un peu.
Pour faire simple, nous nous servons de ces machines pour irradier les tumeurs. Quatre sont équipées de scanners pour cibler les zones à bombarder. La grande différence avec l’IRM-Linac 1.5 Tesla, c’est précisément cette partie imagerie. Le Linac est couplé à une IRM 1.5 Tesla, beaucoup plus précise que le scanner. Il nous permet de récupérer en live des images 3D et donc d’adapter les traitements de manière journalière en fonction notamment de l’évolution de la tumeur ou des mouvements du patient.
Il y a très peu de machines comme celle-là dans le monde. Nous sommes d’ailleurs mandatés par la firme pour en optimaliser l’utilisation.

Vous avez d’autres nouveautés ?
Grâce aux fonds de l’Association, nous avons également pu upgrader notre Mobetron.

Le Mobetron…?
Oui pardon… pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de notre sixième accélérateur linéaire, destiné aux salles d’opération. Il nous permet de profiter d’une chirurgie (retrait d’une tumeur) pour administrer toute sa radiothérapie au malade, ce qui lui évite plusieurs semaines de traitement quotidien. Nous avons, en 10 ans, traité près de 1.500 patientes atteintes d’un cancer du sein. Les résultats sont tellement probants que nous envisageons d’autres utilisations dans le futur. Pour les mélanomes, les sarcomes, les cancers du pancréas ou du rectum par exemple…

Bien et en quoi consiste cet upgrade ?
C’est le système Flash. L’idée est d’envoyer des doses de radiations beaucoup plus fortes sur des endroits encore plus précis et ce en un temps encore plus court! On parle ici de quelques millisecondes. Un traitement avec moins d’effets secondaires et beaucoup moins toxique pour les tissus sains alentour.

Vous utilisez ce système sur tout type de cancer ?
Aujourd’hui, nous lançons ce type de traitement pour le cancer de la peau. . Nous travaillons d’ailleurs conjointement avec le Professeur Bouhris de Lausanne sur ce point. Le père du système flash en personne.

D’autres nouveautés ?
Le développement de tous ces systèmes a eu une influence majeure sur les traitements. Il y a quelques années à peine, les séances de radiothérapie quotidiennes pouvaient durer jusqu’à 7 semaines… aujourd’hui nous pouvons descendre à 5 séances en 1 semaine en tout et pour tout. Du moins pour les cancers de bon pronostic.

Cette nouvelle radiothérapie combinée avec d’autres disciplines peut aussi stopper l’effet boule de neige des métastases. Quand il y a peu de métastases, quelques séances de hautes doses de radiothérapie peuvent stériliser ces lésions à distances et prolonger le taux de survie : c’est ce qu’on appelle la stéréotaxie.

Enfin, nous travaillons également beaucoup à l’humanisation des soins. Musique, luminothérapie, personnel (…) sont là pour rendre ces moments parfois anxiogènes plus agréables.

Tout va pour le mieux si je comprends bien.
Oui et non. Nous devons faire face à un sérieux défi : la pénurie de technologues. Or, sans eux, les machines ne peuvent fonctionner. Nous commençons même à devoir recruter à l’étranger. Ce sont pourtant des métiers très valorisants et importants dans la lutte contre le cancer. C’est la raison pour laquelle nous avons poussé la Haute Ecole Libre Bruxelloise Ilya Prigogine à proposer une formation spécifique. Croisons les doigts.

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