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Alimentation au quotidien : nos conseils cruciaux pour devenir acteur de sa santé

"L’alimentation fait partie des facteurs modifiables que l’on peut contrôler comme l’exposition solaire, le tabagisme, l’alcool ou encore l’activité physique." | © DR

Santé

Les trois messages à retenir : manger mieux, garder une activité physique et un contrôle de son poids.


A chaque repas, la recherche de l’équilibre du plaisir et d’une alimentation saine est un défi ! Le Pr André Van Gossum, gastroentérologue et responsable de la nutrition médicale à l’Institut Bordet et Noémie Leroo, diététicienne, nous dévoilent des pistes concrètes en matière de prévention du cancer. Au quotidien, leurs conseils de soutien nutritionnel s’accomplissent en trois parties : la prévention, les recommandations en cours de traitement et les conseils post-cancer.

Pouvons-nous, avec notre alimentation, réduire le risque de cancer ?
L’alimentation fait partie des facteurs modifiables que l’on peut contrôler comme l’exposition solaire, le tabagisme, l’alcool ou encore l’activité physique. A ce niveau, le patient, peut être acteur de sa santé. Les trois messages importants sont les suivants : manger mieux, garder une activité physique et un contrôle de son poids, autrement dit « Eat and Move » ! Il ne faut évidemment pas occulter le fait que nous vivons aussi avec des facteurs non modifiables (facteurs génétiques) et d’autres facteurs difficiles à modifier individuellement : la pollution, les pesticides dans l’alimentation…

Comment composer au mieux son assiette chaque jour ?
La consommation de fibres alimentaires dans les céréales complètes, les fruits et les légumes renforcent notre santé par leur action sur la flore intestinale (microbiome). Les produits laitiers (calcium et protéines) ont également un impact positif s’ils ne sont pas consommés en excès. On recommande de consommer entre une et trois portions de produits laitiers par jour. Une portion représente un verre de lait ou un yogourt ou une tranche de fromage. Pas plus de trois verres de lait par jour par exemple. Pourquoi ? En excès, de produits laitiers pourrait être un facteur de risque pour le cancer de la prostate. Enfin, l’allaitement maternel est un facteur protecteur contre le cancer du sein.

Quels sont les aliments que nous devons consommer avec modération ?
La priorité est de réduire la consommation d’alcool : pas plus de 10 unités par semaine dont deux jours d’abstinence. Évidemment, l’idéal est de ne pas en consommer du tout ou alors très peu…La viande rouge, en ce compris le veau et l’agneau (maximum 500gr par semaine) et surtout les viandes transformées (maximum 50 gr par jour) sont moins bonnes pour la santé car on y retrouve plus de nitrites, de sels et d’acides gras saturés. Pour les enfants, on conseille, en termes de portion, de ne pas dépasser la taille de la paume de sa main. Par ailleurs, les plats préparés sont souvent trop salés. Ils dépendent aussi fortement de la qualité des aliments utilisés. Le sel en excès a un impact sur le cancer de l’estomac et surtout pour l’hypertension artérielle. »

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Pr André Van Gossum et Noémie Leroo. ©DR

L’impact de l’obésité sur le cancer est souvent sous-estimée par le grand public ?
La prévention de l’obésité doit commencer dès l’enfance. Chez les jeunes obèses, les cancers du colon sont en progression. Pour rappel, l’obésité est déclarée quand l’indice de masse corporel (IMC) se trouve au-dessus de 30. Elle augmente aussi le risque pour les cancers du sein et du foie (via la NASH-inflammation au sein d’un foie gras). Même après le traitement d’un cancer du sein pour la femme, la reprise de poids est un facteur de risque surtout pour les personnes qui étaient déjà en surpoids avant le traitement. Dans les 20 ou 30 ans, le cancer du foie sera l’un de plus fréquents aux Etats-Unis. Pour la NASH (stéatohépatique non-alcoolique), le sucre compte aussi parmi les mauvais aliments car le fructose est transformé en graisse au niveau du foie. Les soft drinks avec du fructose sont donc à éviter. On recommande aussi d’éviter de consommer des jus de fruits en excès car ils contiennent autant de sucre que les sodas. »

Très à la mode, les régimes végétariens, végétaliens, végans protègent-ils mieux des cancers ?
Ils n’agissent que dans la mesure où ils excluent la viande rouge. Les autres risques quant à eux demeurent. Les personnes adeptes de ces régimes peuvent très bien être en surcharge pondérale ou boire de l’alcool ou fumer. »

Avez-vous des conseils simples et efficaces à donner ?
Avant tout, quand c’est possible, apprécier le temps de manger en famille et prendre conscience de ce que l’on mange. De nombreuses données scientifiques sont positives à l’égard du régime méditerranéen qui repose sur une alimentation variée. Le style de vie joue lui aussi un rôle important : pas de tabac, pas ou peu d’alcool, contrôle du poids avec un IMC entre 20 et 27,5 et surtout activité physique. L’activité physique (75 minutes par semaine d’activité intense et cardio ou 150 minutes d’activité modérée comme de la marche rapide sans être essoufflé par exemple) est essentielle. Faire son ménage et son jardin ne suffit pas. N’hésitez pas à vous faire conseiller. A l’Institut Bordet, des programmes d’accompagnement de grande qualité existent. Il convient aussi d’éviter le stress et d’avoir une bonne qualité de sommeil. Enfin, le café aurait plutôt un effet positif comme l’huile d’olive…mais cela s’intègre dans une alimentation générale saine.

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Vous attirez aussi l’attention sur la dénutrition, une problématique méconnue ?
Au moment du diagnostic de cancer, 30% des patients arrivent avec des signes de dénutrition : perte de poids de 5%, diminution de la prise alimentaire sans qu’ils ne s’en rendent compte… Cette perte de poids, mais surtout la perte de masse musculaire sont souvent sous-estimées par les patients. Un état de dénutrition va avoir un impact sur la tolérance et la réponse aux traitements, ainsi que sur la qualiét de vie et la survie. Malheureusement, à ce jour, les consultations diététiques ambulatoires pour les patients dénutris ne sont pas remboursées. Là aussi, cela amène des inégalités sociales. Une véritable question de choix de société.

PENDANT LE TRAITEMENT

A l’Institut Bordet, chaque patient bénéficie d’une prise en charge personnalisée en fonction de ses traitements. Nous sommes très attentifs à décourgaer le jeûne et les régimes cétogènes pendant les traitements. Ces régimes pour but d’affamer la cellule cancéreuse. Des études sur les animaux laissent sous-entendre que cela pourrait fonctionner. Toutefois, aucune société scientifique ne recommande ce type de régime car ils risquent d’aggraver la dénutrition du patient. Mais nous restons attentifs à ces études notamment pour les traitements des glioblastomes cérébraux…donc en fonction du type de cancer et du type de traitement, une réflexion peut être menée. A noter que l’alimentation peut influencer aussi le microbiome qui justement, peut jouer un rôle dans la réussite des nouveaux traitements comme dans celui de l’immunothérapie. Chez certains patients, nous avons recours à l’assistance nutritionnelle afin de couvrir les besoins nutritionnels lorsque les apports sont insuffisants. Dans un premier temps, nous recommandons les compléments nutritionnels oraux de type « drink ou crème ». Dans certains cas, les patients bénéficient d’une nutrition entérale (par sonde) ou parentérale.

ET APRES LE TRAITEMENT ?

Les recommandations pour les patients post-cancer sont les mêmes que celles pour la prévention avec une attention particulière à la prise de poids. L’environnement socio-familial est important pour la qualité de vie et les rémissions… La participation à un programme de coaching est un atout supplémentaire y compris pour les patients souffrant de difficultés socio-économiques.

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