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Patrice Goldberg (Matière grise) : « La pandémie démontre combien l’humanité a besoin de scientifiques »

Transmission... Patrice Goldberg en pays de connaissance au Museum des Sciences Naturelles. | © Ronald Dersin

Sciences & Espace

Questionner le monde permet de mieux le comprendre et l’aimer. Et nombre de chercheurs, médecins et autres « savants » n’hésitent pas à donner de leur temps pour nous l’expliquer. L’émission Matière Grise, dont le succès ne se dément pas, les célèbre via la remise des Trophées de Vulgarisation Scientifique.

 

Patrice Goldberg est mû par une passion : donner à la science la visibilité qu’elle mérite, en la rendant accessible et surtout fascinante. De quoi susciter des vocations ! Une science omniprésente depuis un an et demi dans l’esprit de chacun. Certains chercheurs et spécialistes nous sont devenus familiers. Mais il y en a aussi bien d’autres, moins connus du grand public, excellant en biologie, en astrophysique, etc. Leur reconnaissance s’avère essentielle.

Paris Match. Votre mission de vulgarisation scientifique est-elle plus importante que jamais ?
Patrice Goldberg. En effet, cette terrible pandémie nous demande de nous réinventer et elle démontre combien l’humanité a besoin de scientifiques, de médecins et de chercheurs. Et parmi ces scientifiques, il faut des personnalités qui acceptent de transmettre aussi bien leurs connaissances que des explications fiables et compréhensibles par le plus grand nombre. C’est d’autant plus important qu’il y a une demande accrue de la population et que beaucoup de fake news circulent. Cet événement des Trophées de Vulgarisation Scientifique se pose donc en formidable symbole de renaissance mais aussi de remerciement à l’égard de ceux qui n’ont pas hésité à donner de leur temps, non seulement pour leur travail mais également comme vecteurs d’informations en direction du citoyen.

Matière Grise a un double objectif : informer et divertir, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux. Comment proposer un contenu compétitif ?
La RTBF est, depuis quelques temps déjà, un média global à 360°. Ce qui signifie qu’avec mon équipe, nous fabriquons toute une série de contenus différents : pour la TV, la radio, en numérique pour Auvio, le site de l’émission, les réseaux sociaux, Youtube… Une présence multi plateformes très exigeante mais nécessaire afin d’informer au mieux tous les publics et que nous réalisons grâce justement à la précieuse contribution des scientifiques qui acceptent de nous accompagner. J’ai souhaité que cette soirée des Trophées mette en lumière leur implication. En récompensant ces chercheurs et médecins en tant que « coups de cœurs », nous espérons qu’ils pourront servir de modèles pour d’autres membres de la communauté scientifique.

L’événement peut être vu comme un instantané de notre société, avec des personnes auxquelles le public s’est attaché comme Emmanuel André, Yves Coppieters, Marius Gilbert, Leïla Belkhir, Charlotte Martin. Mais d’autres domaines que l’infectiologie sont aussi représentés.
Tout à fait, il n’est pas question de cataloguer ces Trophées comme un événement strictement Covid. Prenez par exemple Michael Gillon, lauréat du Prix Francqui en 2021, notre Nobel belge des sciences, qui a découvert une série d’exoplanètes dont certaines pourraient abriter la vie. Il ne se contente pas de faire des découvertes phénoménales reconnue mondialement, il nous a aidés, à Matière Grise, à réaliser des films passionnants, notamment sur le nouveau télescope spatial hyper performant James Webb, qui est appelé à remplacer le célèbre Hubble. Partager son savoir avec autant de générosité mérite d’être souligné.

 

©Ronald Dersin

La science garde-t-elle sa part de mystère, de rêve et de fascination ?
Oui, heureusement. Vous savez la raison qui me fait me lever chaque matin avec envie c’est de savoir que nos contenus éveillent des vocations. Des jeunes les regardent et ça les incite à s’intéresser davantage aux domaines scientifiques. Ils orientent leur carrière dans ce sens et finissent dès lors par travailler à faire progresser les connaissances et le futur de la population. Une jeune diplômée en pharmacie, spectatrice de l’émission depuis son adolescence, a d’ailleurs remis un Trophée au cours de cette soirée. Je tenais à mettre en avant cette génération prometteuse. Nombre de jeunes chercheurs m’ont dit l’importance de Matière Grise dans leur envie de découverte et dans leur orientation. Savoir qu’ils améliorent l’existence des gens, voire sauvent des vies, et que nous avons contribué à leur choix, c’est vraiment ce qui donne tout son sens à mon engagement.

« Pourquoi ? » est-il le mot-clé de votre émission ?
La curiosité est le principe-même de toute démarche scientifique que, nous humains, avons naturellement. Tous les enfants posent des questions. Pourquoi ci ? Pourquoi ça ? Cette démarche scientifique est inscrite dans notre ADN : comprendre, savoir. Il se fait que cette curiosité a tendance, chez certains, à se déliter à l’adolescence, pour de multiples raisons. Mais beaucoup d’autres la conservent, continuent à s’interroger, certains vont vers des carrières scientifiques ou, comme moi et mon équipe, ont à cœur de favoriser la diffusion de ces connaissances. En fait je me pose toujours des questions, comme quand j’étais enfant. Qui n’avance pas recule. Si nous arrêtons de questionner le monde qui nous entoure, il stagnera. Par bonheur notre philosophie est largement partagée, d’une part au sein de la RTBF qui nous soutient et d’autre part par nos partenaires historiques que sont la Région Wallonne, la Région Bruxelloise et le FNRS. Ensemble nous en sommes persuadés, la curiosité nous fait avancer !

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