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Après les Rohingyas, la Birmanie s’attaque aux journalistes

L'étau se resserre au pays d'Aung San Suu Kyi | © Belga / Gilles Aygalenq / Le Pictorium / MAXXP

Société

La pression internationale sur la Birmanie a augmenté après l’arrestation de deux journalistes et leur détention au secret depuis une semaine, qui posent des questions sur le respect de la liberté de la presse dans le pays.

« Nous attendons des autorités birmanes qu’elles garantissent la pleine protection de leurs droits et qu’elles libèrent les journalistes le plus rapidement possible », a déclaré un porte-parole de l’Union européenne dans un communiqué. « Nous appelons à leur libération immédiate », a renchéri la porte-parole du département d’Etat américain Heather Nauert devant la presse à Washington. « Nous sommes très inquiets au sujet de leur arrestation », « nous ne savons pas où ils sont, c’est un autre sujet d’inquiétude », a-t-elle ajouté.

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« J’espère que le gouvernement birman nous dira, ainsi qu’à leurs familles, comment ils vont ». Les deux Birmans qui travaillent pour l’agence Reuters ont été inculpés en vertu d’une loi datant de l’époque coloniale pour détention de documents relatifs aux forces de sécurité en Etat Rakhine, où l’armée est accusée d' »épuration ethnique » contre les musulmans rohingyas. Personne n’a revu Wa Lone, 31 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans, depuis leur arrestation dans la capitale économique Rangoun, le 12 décembre alors que l’ONU a, comme les Etats-Unis et l’UE, demandé leur libération. Les faits pour lesquels ils sont poursuivis sont passibles de près de 14 ans de prison. Les journalistes ont été arrêtés après avoir accepté une invitation à dîner de policiers, qui revenaient du nord de l’Etat Rakhine, et ont également été arrêtés.

L’autocensure devient la norme

« Nous n’avons pas pu les rencontrer, et leurs familles non plus, et nous n’avons reçu aucune information concernant leur localisation ou leur condition », a déclaré mardi le rédacteur en chef de Reuters, Stephen J. Adler. Pour Sean Bain, un conseiller juridique de la Commission internationale des juristes (CIJ), leur situation « semble constituer une détention arbitraire ». Depuis l’arrivée au pouvoir en 2016 d’Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto le premier gouvernement civil depuis des décennies, les défenseurs de la liberté de la presse pointent le peu de progrès réalisés dans ce domaine voire les reculs. « Les récentes arrestations ont accentué la peur de beaucoup de journalistes dans le pays, pour lesquels l’autocensure devient la norme, notamment quand il s’agit de parler des forces de sécurité », a déclaré Swe Win, un journaliste birman lui-même arrêté cette année. Au moins onze journalistes ont été interpellés en 2017. Début novembre, deux journalistes –une Malaisienne et un Singapourien– travaillant pour une télévision turque avaient été condamnés à deux mois de prison ferme pour avoir fait voler un drone au dessus du Parlement, en attendant d’autres inculpations. Plusieurs régions du pays sont inaccessibles aux journalistes, y compris la majeure partie de l’Etat Rakhine, où l’armée a lancé une opération militaire poussant à l’exode plus de 650.000 musulmans rohingyas.

– Avec Belga

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