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Racistes, sexuelles, violentes ou politiques… Les comptines pour enfants ne sont pas toujours ce que l’on croit

Less comptines cachent parfois des doubles sens (plus ou moins savoureux) qui échappent totalement aux enfants. | © Pexels

Société

En France, une comptine consacrée à « Chang le petit Chinois » est jugée raciste et fait polémique. Retour sur ces chansons pour bambins moins innocentes qu’elles en ont l’air.

 « Chang est assis, il mange du riz, ses yeux sont petits, riquiquis ». Telle est la rengaine d’une comptine distribuée dans une maternelle d’Aubervilliers, en France. Baptisée « Chang le petit Chinois », la ritournelle a scandalisé certains parents, la qualifiant de stigmatisante. Accumulant les clichés et les stéréotypes, elle ferait la promotion du racisme dit « ordinaire » : les petites discriminations insidieuses du quotidien.

« Des parents asiatiques horrifiés »

La polémique a enflé sur Facebook où, alertée pour un parent d’élève, l’association des Chinois résidents en France s’est exprimée. « Des parents asiatiques horrifiés à la vue de la chanson qu’on enseigne dans la classe de leur en enfant en maternelle. N’hésitez pas à pointer les clichés et stigmatisations racistes et faire comprendre gentiment en quoi c’est déplacé », a écrit Sacha Lin-Jung, son président. Le ministère de l’Éducation nationale devrait être saisi.

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La comptine, une tradition et des double sens

« Une poésie enfantine simple et rythmée ». Telle est la définition basique de la comptine que nous donne le Larousse. Un genre vieux comme le monde qui met en scène des personnages (Frère Jacques, l’ami Pierrot…) et stimule l’imaginaire des plus petits. Entêtante (jusqu’à l’overdose), elle se transmet de génération en génération. Sans trop se poser des questions. Oui, mais voilà : les comptines cachent parfois des doubles sens (plus ou moins savoureux) qui échappent totalement aux enfants. Tantôt en flirtant avec le racisme ordinaire comme nous l’avons vu, tantôt sexuelles ou teintées de ferveur politique, elles ne sont en réalité pas si sages.

« Au clair de la lune » ou l’amour débridé

L’ami Pierrot, ce coquin. Lorsque « l’aimable Lubin » vient frapper à sa porte pour lui demander sa plume, Pierrot lui conseille d’aller faire un tour chez la voisine. Il précise, on s’en souvient en tant que gamin, qu’on « bat le briquet » dans sa cuisine. « Battre le briquet » ? Il s’agit en réalité d’une vieille expression issue du siècle des Lumières qui veut dire « faire l’amour ». On voyant les choses comme ça, la « lune » prend également un sens différent…

« Il court, il court le furet » ou le rabatteur religieux

Si vous l’avez déjà chantée à toute vitesse, peut-être avez-vous déjà percé le mystère de cette comptine par hasard. Et si, en plus, on vous disait que cette comptine était dédiée à un curé chargé de fournir le régent Philippe d’Orléans en maîtresses. Toujours pas ? Le titre de la chanson cache en fait une contrepèterie qui donne : « Il fourre, il fourre, le curé ». Le fameux curé Dubois aurait eu pour petite habitude d’ « essayer » lui-même les prétendantes.

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« Jean Petit » ou la justice au Moyen-Âge

« Jean Petit qui danse, de son doigt il danse ». Puis ce sont sa main, son bras, sa jambe et son pied qui battent le rythme. Heureux de danser Jean Petit ? Loin de là. L’homme subit la justice en vigueur en Moyen-Âge : il se fait torturer en place publique. L’histoire nous dit qu’il s’agirait d’un chef de file de la révolte des croquants – un soulèvement contre la fiscalité – qui a eu lieu au XVIIe siècle. Il fut roué de coups à la vue de tous après sa capture par les troupes royales.

« À la claire fontaine » ou l’hymne politique

D’abord une complainte galante, la chanson a pris de l’épaisseur en traversant les frontières. « La chanson aurait été composée en France au début du XVIIe siècle, et elle aurait traversé l’Atlantique avec (Samuel de) Champlain (le grand navigateur, ndlr), puis avec les soldats du Marquis de Montcalm. C’est au Canada qu’elle aurait ensuite connu son heure de gloire : chanson de marche des soldats français, elle a été adoptée par les patriotes en lutte contre les Anglais, lors de la grande révolte de 1837 », détaille ce blog. Politique, la comptine est même devenue un « hymne national populaire ».

À ceux qui prennent la plume pour écrire ces poèmes aujourd’hui de ne pas oublier qu’ils sortiront de la bouche d’enfants.

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