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Tunisie : Amnesty international dénonce les méthodes brutales liées à l’état d’urgence

L'état d'urgence a à nouveau été prolongé d'un mois ce 17 janvier 2017. | © ©Aude Osnowycz/Wostok Press/Maxppp

Société

Dans un rapport accablant comprenant de nombreux témoignages, Amnesty alerte les dirigeants et l’opinion quant à une recrudescence de « méthodes brutales du passé » en Tunisie. Celles-ci ont lieu dans le cadre de la lutte anti-terroriste, alors que le pays est plongé dans un état d’urgence sans fin.

La Tunisie a longtemps désignée comme l’unique pays rescapé du Printemps arabe, après le renversement de l’ex-président Zine el Abidine Ben Ali en 2011. « Le pays semblait sur la bonne voie avec une transition réussie vers l’état de droit après le soulèvement, les autorités ayant ratifié des traités internationaux importants et pris des initiatives positives en vue de rompre avec les atteintes aux droits humains commises par le passé« , soutient Amnesty international, avant d’affirmer qu’aujourd’hui, le pays effectue un retour en arrière.

©BELGA – Commémoration du cinquième anniversaire du Printemps arabe en janvier 2016, dans les rues de Tunis.

Un état d’urgence sans fin

Depuis mars 2015, le pays a connu une série d’attaques djihadistes sanglantes qui ont fait plusieurs dizaines de morts. En réaction, les autorités ont pris un ensemble de mesures sécuritaires radicales, dont l’état d’urgence, en vigueur depuis l’attentat contre un bus de la garde présidentielle en novembre 2015 à Tunis. Ce n’est pas la première fois que la Tunisie est mise sous état d’urgence : au cours des six dernières années, celui-ci n’a été levé que durant un an et demi et a été prolongé de nombreuses fois, comme ce 17 janvier dernier.

L’état d’urgence octroie notamment des pouvoirs exceptionnels aux forces de l’ordre, donnant « toute latitude aux organes chargés de la sécurité pour se comporter comme s’ils étaient au-dessus des lois« , s’est exprimée Heba Morayef, directrice des recherches pour l’Afrique du Nord à Amnesty International. En « recourant de plus en plus aux lois d’exception » et aux « méthodes brutales du passé« , la Tunisie met « en péril les avancées obtenues » depuis la révolution de 2011, prévient l’ONG dans un rapport sur les violations des droits humains sous l’état d’urgence.

Un rappel du régime de Ben Ali

« Torture », « arrestations arbitraires », « perquisitions » parfois menées en pleine nuit et « sans mandat », « restriction des déplacements des suspects », « harcèlement de proches » : Amnesty fait état de « récits glaçants » qui, selon elle, marquent une « hausse inquiétante du recours à des méthodes répressives contre les suspects dans les affaires de terrorisme« . Comme le témoignage de ce Tunisien, arrêté en mars 2016 à Ben Guerdane et dont la femme enceinte a été frappée au cours d’une intervention musclée au domicile familial. « Interpellé cinq jours plus tard, Ahmed [nom d’emprunt] a affirmé avoir été torturé et violé avec un bâton au poste de police« , relate l’ONG.

©AFP PHOTO / FETHI BELAID

Ces témoignages constituent un « sinistre rappel du régime » de Zine el Abidine Ben Ali, poursuit Amnesty. Elle précise avoir étudié « 23 cas de torture et mauvais traitements depuis janvier 2015« , par des membres de la police, de la Garde nationale et des brigades antiterroristes. Elle relève aussi que « des milliers de personnes ont été arrêtées » tandis qu’ »au moins 5.000 » autres « se sont vues interdire de voyager » depuis que l’état d’urgence a été réinstauré.

Si le but officiel de ces mesures est d’empêcher les Tunisiens de rejoindre les groupes armés actifs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord – ils seraient 3 000 à 6 000 à l’avoir déjà fait, selon les sources – le rapporteur de l’ONU sur les droits de l’Homme et la lutte antiterroriste, Ben Emmerson, s’est dit « préoccupé » par les conditions de détention. Il a également indiqué avoir recommandé une plus grande « vigilance » vis-à-vis de possibles cas « de torture », et ce malgré l’adoption en 2014 d’une nouvelle constitution qui garantit les droits fondamentaux des Tunisiens.

Avec Belga

 

 

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