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Contre l'antisémitisme, une sénatrice allemande veut obliger les migrants à visiter les camps nazis

Pour la sénatrice Sawsan Chebli, le devoir de mémoire de l'Holocauste devrait être imposé à tous et notamment aux nouveaux migrants. | © Flickr : Digital StillCamera

Société

Pour lutter contre "la montée de l'antisémitisme", la sénatrice de l'État de Berlin suggère de rendre obligatoires les visites des camps de concentration aux migrants présents sur le territoire.

 

Dans le cadre de "cours d'intégration", les migrants d'Allemagne pourraient bientôt être soumis à une visite obligatoire des camps de concentration. L'idée fait en tous cas l'objet d'une proposition de loi, soumise par Sawsan Chebli, sénatrice de l'État de Berlin d'origine palestinienne. L'objectif, organiser des visites des mémoriaux sur les sites nazis pour les migrants dans le but de "lutter contre la montée de l'antisémitisme".

Le devoir de la mémoire

Sujet sensible en Allemagne faisant partie intégrante de l'enseignement secondaire, le devoir de ne pas oublier les leçons de l'histoire devrait donc être imposé à tous et notamment aux nouveaux migrants, estime la sénatrice dont la proposition a été soutenue par le Conseil central des Juifs d'Allemagne ainsi que le Congrès juif mondial. "Il est logique que tous les habitants de ce pays soient obligés de visiter au moins une fois dans leur vie le site commémoratif d'un camp de concentration", a-t-elle déclaré dans le journal Bild am Sonntag.

Tous ceux qui veulent vivre en permanence en Allemagne doivent s'identifier à son histoire.

Un avis approuvé par Josef Schuster, chef du Conseil central des Juifs, qui suite aux soulèvements déclenchés par la décision de Donald Trump de faire de Jérusalem la capitale d'Israël, estime que "les personnes qui ont fui vers nous et qui ont dû s'échapper ou être expulsées, peuvent développer de l'empathie dans de tels monuments", a-t-il expliqué à la radio Deutschlandfunk ce mercredi. Selon lui, "tous ceux qui veulent vivre en permanence en Allemagne doivent s'identifier à son histoire".

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Même son de cloche du côté du Congrès juif mondial, qui représente les communautés juives d'une centaine de pays : "Cette proposition est une méthode encourageante et efficace pour éduquer les gens de tous les milieux sur la tentative nazie d'éliminer toute la population juive d'Europe et les dangers qu'une telle haine peut engendrer", a déclaré Ronald S. Lauder, le président de l'organisation. "L'Allemagne (...) a clairement fait savoir aux plus hauts niveaux du gouvernement que la mémoire de l'Holocauste ne devait jamais être oubliée ou diminuée", a-t-il ajouté.

Une exposition photographique des victimes du camp d'Auschwitz, le 26 novembre 2014. © Photo : IMAGO

Éducation ou obligation ?

Mais l'idée ne semble pas faire l'unanimité. Car comme le rapporte The Independent, certains spécialistes de l'histoire allemande voient dans ce projet une réponse simpliste à un problème plus compliqué. "Vous n'empêchez pas quelqu'un d'être raciste ou xénophobe en l'emmenant dans un camp de concentration", a déclaré Sabine von Mering, directrice du Centre d'études allemandes et européennes de l'Université Brandeis au Massachusetts. "Je ne pense pas que le fait d'en faire une obligation puisse résoudre ce problème de façon magique. Cela demande beaucoup plus d'attention et d'éducation". Par ailleurs, selon une porte-parole du ministère fédéral des Migrations et des Réfugiés en Allemagne, les migrants sont d'ores et déjà sensibilisés sur le nazisme et l'Holocauste lors des cours qui leur sont offerts.

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En deux ans, l'Allemagne a accueilli en son sol plus d'un million de migrants, fuyant la guerre en Afrique et au Moyen-Orient. Rendre les visites des camps obligatoires pour les réfugiés refléterait alors l'inquiétude du pays quant à sa capacité à gérer l'accueil des migrants, parmi lesquels pourrait se faufiler une certaine haine antisémite. D'après les chiffres du ministère allemand de l'Intérieur, les actes antisémites ont en effet augmenté de 4% en un an dans le pays. La majorité étant l’oeuvre des mouvements d’extrême droite et de groupuscules néonazis.

 

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