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« Mois sans » : les défis de 2018 qui poussent à se dépasser

Image d'illustration | © Flickr

Société

Plutôt que des résolutions, en 2018 on opte pour les défis « sans » qui remettent les compteurs à zéro et permettent de prendre de bonnes habitudes, durablement.

12 janvier. Un vendredi, qui plus est. Soit pile la date où, l’esprit noyé sous cette interminable queue d’e-mails et la main dans un paquet de biscuits, les fameuses « bonnes résolutions » ont pris le large, aussi loin qu’Acapulco où se prélasse notre double parfait. En attendant, nous voilà coincé devant cet ordinateur, le doigt sur l’écran de ce smartphone, avec un échec précoce pour entamer 2018 : les efforts annuels n’auront pas duré longtemps – forcément.

À moins qu’on ait anticipé. Après 25, 30, 40 années à entamer chaque 1er janvier un pied sur la commode, le visage au vent en décretant « Trois séances de piscine par semaine, minimum », on commence à s’en douter : on ne tiendra pas. En 2007 déjà, une étude de l’Université de Bristol relayée par France Inter révélait que 88% des promesses de début d’année sont vouées à l’échec. Alors, pour 2018, on a opté pour une autre stratégie : une bonne résolution par mois, porté par une motivation nationale, voire internationale, puisqu’il parait qu’on tient mieux ses engagements un à la fois.

Tournée minérale, le catalyseur

2017 avait déjà montré la voie en instaurant, en Belgique ou ailleurs, des « mois sans ». Le but ? Créer une nouvelle routine, destinée à prendre de bonnes habitudes durablement, tout en ne se mettant pas la pression du « toute une vie ». On essaie, on ressent et on adapte. En février, la fièvre « tournée minérale » s’était emparée de la Belgique : plus de 120 000 personnes s’étaient engagées sur le site de l’initiative promue par la Fondation contre le cancer. « Les raisons de leur participation sont multiples : veiller à une meilleure santé, relever un défi personnel, soutenir la recherche contre le cancer… », détaille le bilan de l’année précédente. Si cette année on ne frôle pour l’instant que les 45 000 participants officiellement inscrits, l’idée fait son chemin.

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Dans la foulée de la réussite de cette campagne à l’engagement qui avait dépassé toutes les espérances, et après qu’il soit devenu une habitude en Flandre, le mois dans viande a commencé : ou plutôt, 40 jours sans côtelettes, chiffonnades et saucissons – un drôle de nombre qui n’avait pas manqué d’étonner les laïcs. Selon le site Jours Sans Viande, cet engagement pour un végétarisme temporaire a permis en 2017 d’économiser autant d’eau que dans plus de sept millions de bains et autant en kilomètres en voiture pour le gaz à effet de serre. 114 000 participants s’y étaient mis à l’échelle nationale.

©Flickr/Richard P J Lambert

Sans se fixer une date précise au calendrier, nombreux sont ceux qui se lancent le défi récemment de passer un mois sans sucres ajoutés. Ainsi, fin 2017, le journaliste du New York Times David Leonhardt a passé une trentaine de jours en se référant au programme Whole 30, qui favorise les sucres naturels et supprime entièrement les sucres raffinés et ajoutés de l’alimentation. David Leonhardt a pris sa décision, notamment, en se basant sur ces chiffres : notre corps a besoin de 25 grammes de sucre par jour. À 50, il sature. Et une bouteille de Coca-Cola de 50cl. en contient… 52. Un défi compliqué, mais aux effets durables, puisque le journaliste assure qu’il ressent toujours les bienfaits de ce « régime », qui lui a permis de changer ses habitudes alimentaires pour adopter un comportement plus sain.

Puis, il y avait eu l’été, ses glaces décadentes, mais si satisfaisantes, ses après-midi ensoleillées à côté du barbecue, ses bières en terrasse et ses cigarettes tardives en soirée ou en refaisant le monde.. Le tabac, justement, on avait tenté de s’en passer en novembre, pour un mois dédié. Tous ensemble, on était plus forts contre la clope. Mais pouvait-on vraiment se séparer à jamais de cette vieille copine en un mois ? Pourquoi 30 jours ? « Parce qu’au‑delà les symptômes de sevrage s’estompent et les chances de réussite augmentent significativement (elles sont multipliées par 5) », assure le site de la campagne française « Moi(s) sans tabac ».

Janvier sans râler

Après les fêtes de fin d’année, nous voilà de retour à la case départ, avec un nouveau challenge : 30 jours sans bougonner, bouder, se plaindre ; un mois sans râler ! Programmé le 15 janvier, à l’occasion du « blue monday » – le jour le plus déprimant de l’année selon une étude du psychologue Cliff Arnall -, le défi flamand encourage à se débarasser de sa mentalité négative pour découvrir s’il existe bien des liens étroits entre une attitude positive et une bonne santé.

À l’aube d’une nouvelle année, plutôt que de s’imposer des « bonnes résolutions », et si on se lançait plutôt des défis ? À condition, bien évidemment, d’y trouver plaisir et satisfaction : selon la théorie de l’auto-détermination, c’est bel et bien la meilleure façon de tenir ses engagements. Alors on ne se flagelle pas si on saute un ou deux mois d’efforts pour profiter des joies de nos petits vices coupables.

©Flickr/James Box

Le calendrier des défis

Janvier – du 15 au 14 février : Mois sans râler

Penser « positif » durant 30 jours, c’est le challenge lancé par la campagne flamande « 30 dagen zonder klagen », qui tient un site et une page Facebook dédiés.

Février : Tournée minérale

La tournée minérale remet le couvert et le verre d’eau à l’honneur en février 2018. Comme l’année dernière, il est possible de s’inscrire officiellement au défi et éventuellement de donner ou inciter votre entourage à vous soutenir en faveur de la Fondation contre le cancer.

Mars : Mois sans viande

Si la campagne « 40 jours sans viande » ne reviendra pas médiatiquement en 2018 – les instigateurs estiment « avoir atteint leur but l’an dernier », selon la RTBF -, rien n’empêche de conscientiser sa consommation de viande en s’en privant durant le mois de mars. Le résultat, d’après l’équipe de parismatch.be qui s’est lancé le défi par le passé : on réinvente ses menus tout en réapprenant le vrai goût des légumes et en économisant quelques euros. Attention cependant à mener une alimentation équilibrée, sous peine de ressentir durement la fatigue de ce dernier mois d’hiver.

Avril : Mois sans emballage

On ne le dira jamais assez : les emballages, en plastique notamment, sont responsables de nombre de fléaux qui entrainent le réchauffement climatique. Si s’en séparer au quotidien demande quelques ajustements, ils permettent de se rendre compte de la quantité d’emballages inutiles qui jalonnent nos achats. Emporter ses tupperwares chez le boucher, opter pour les courses « en vrac », mélanger son propre produit de lessive : les astuces pulullent sur les sites et les hashtags « zero waste », tandis que des magasins comme Stock à Bruxelles peuvent être de bon conseil.

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Mai : Mois sans « non »

Accompagner son collègue à ce nouveau cours de yoga ? La flemme. Passer à cette fête anniversaire où on ne connait que peu de monde ? Pas d’humeur. Aller voir le film de ce réalisateur auquel on ne connait rien ? Bof. Partir à l’improviste dans cette petite ville belge ? Plus tard. Et si on adoptait le motto des « yes men » et qu’on disait « oui » à tout, pour une fois, durant un mois ? Pas question de devenir des « beni-oui-oui » pour autant : quand c’est non, c’est vraiment non. Mais accepter une proposition tentante, mais déstabilisante, peut être la porte d’entrée vers de nouvelles passions, amitiés et découvertes.

Juin : Mois sans écran

Quand ce n’est pas le smartphone greffé, c’est l’ordinateur du bureau, la télévision à la maison ou la tablette dans les transports. Surconnectés, on en oublie de regarder autour de soi et de savourer tous les petits instants qui font qu’on aime notre ville et parfois, les autres. S’il est compliqué pour certains de se passer entièrement d’écrans, travail oblige, on peut toujours supprimer ceux qui sont superflus, au lit avant d’aller se coucher, par exemple. Un meilleur sommeil et plus d’interractions pour une bonne habitude qui pourrait bien rester après le mois de juin.

Juillet : Mois sans se resservir

On mange trop. Si l’hyperphagie est une vraie maladie, nombre de personnes ont tendance à ingurgiter de trop grandes quantités au repas. Manger moins et prendre davantage son temps serait d’ailleurs le secret des personnes naturellement minces et l’essence du « Hara Hachi Bu », une pratique japonaise. Pour ressentir à nouveau le sentiment de satiété, en juillet, on ne se sert donc qu’une fois une assiette raisonnable à chaque repas.

Août : Mois sans sucre

Adieu sucres ajoutés et artificiels, qui font grimper la glycémie sans qu’on ne s’en aperçoive : en août, on profite de tous les sucres naturels présents dans les aliments de saison pour commencer son sevrage. On peut suivre la méthode du journaliste David Leonhardt ou simplement traquer le mauvais sucre sur les étiquettes des emballages.

Septembre : Mois sans caféine

Un, deux, trois, quatre… Les cafés se suivent et se ressemblent, et nous font oublier qu’il fut un temps où l’on se levait et commençait la journée du bon pied sans avoir besoin de ce précieux nectar. Les premiers jours sont compliqués, certes, et il faut également se passer du thé et des aliments dans lesquels la caféine est naturellement présente si on veut jouer le jeu, mais votre sommeil vous remerciera.

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©Flickr/Niels Epting

Octobre : Mois sans pailles

Sur les huit millions de tonnes de déchets présents dans les océans, la paille ne représente qu’une infime portion du plastique. Et pourtant, ce petit tube fin est l’un des pollueurs les plus nocifs. De par sa taille, elle est un véritable risque pour les animaux marins. En octobre, on pense donc à dire au serveur « Sans paille le gin, s’il vous plait ! » et à troquer ces petits tubes de plastique à la maison contre des pailles en papier ou en métal, réutilisables.

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Novembre : Mois « rien de neuf »

C’est l’association française « Zero Waste Paris » qui a lancé l’idée : ne rien acheter de neuf en 2018, dans le but de défendre l’environnement et de favoriser « activités, emplois et échanges locaux », selon Le Monde. Le défi est baptisé « Rien de neuf » et propose d’explorer d’autres modes de consommation en s’engageant à systématiquement rechercher une alternative aux produits neufs : « location, achat d’occasion, prêt, réparation, don ou encore mutualisation ». Un joli challenge de conscientisation, un mois avant Noël.

Décembre : Mois sans « mois sans »

Parce qu’il y a des mois « sans », mais aussi des mois « avec », on profite de la saison des fêtes pour se rappeler toutes ces petites choses qui font que nous sommes aussi des êtres humains imparfaits, tout simplement.

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