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En RDC, la mort a un prix : élevé

Le cercueil d'un homme tué le 31 décembre à Kinshasa dans les heurts avec la police. | © AFP PHOTO / JOHN WESSELS

Société

À Kinshasa, la mort est vécue avec d’autant plus d’appréhension par les familles que les enterrements coûtent cher. Après le deuil, c’est l’endettement qui guette.

À Kinshasa, en République Démocratique du Congo, le dernier voyage d’un proche peut coûter – très – cher à la famille du défunt. Une véritable petite fortune même, dans ce pays où le salaire d’un employé de supermarché oscille entre 100 et 150 dollars par mois, quand celui d’un fonctionnaire atteint les 200 dollars seulement – 164 euros. Et alors que le pays peine au milieu des évènements tragiques – inondations, maladies, violences politiques -, ils sont toujours plus nombreux à s’endetter pour rendre un dernier hommage à leurs morts, relate un reportage de l’AFP, relayé par Courier international.

L’ardoise s’ouvre dès la morgue : ici, Benoît Kulube raconte avoir payé une centaine de dollars pour son fils adolescent tué par l’épidémie de choléra qui sévit dans la région en ce début d’année à Kinshasa. Une somme importante pour ce retraité de l’administration, à laquelle s’ajoute les 50 dollars de l’embaumement, une pratique à la mode en ville. La facture s’est encore allongée de quelques billets pour l’achat d’habits neufs pour l’enterrement.

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©AFP PHOTO / JOHN WESSELS

Lorsqu’il est temps de déplacer le corps de son fils vers le funérarium – ou que M. Kulube aura économisé suffisament -, il lui faut payer une facture de 100 à 500 dollars – qui comprend également le transport, plus tard, vers le cimetière. « C’est un cercle vicieux: le corps est conservé à la morgue, le temps que la famille réunisse de l’argent pour les obsèques, par exemple auprès de membres de la diaspora en Europe, si elle en a », explique Courrier international dans son article. Le vieil homme a cette fois préféré les services d’un véhicule ordinaire à 22 dollars, plutôt qu’un corbillard « hors de prix » pour le retraité.

Des salles de fêtes comme funérariums

Souvent, plutôt qu’un funérarium, on emmène le défunt dans une salle de fêtes à l’activité prospère, pour une veillée mortuaire festive. Au-delà du prix de la location de la salle, les parents du défunt doivent également abreuver et nourrir les invités, parfois pendant plusieurs jours. Et « pour chaque corps exposé, l’État prélève 20 dollars », ajoute le responsable d’une salle de la ville à l’AFP.

©AFP PHOTO / JOHN WESSELS

Vient ensuite l’épreuve, émotionnelle et financière, de l’enterrement. Un emplacement au cimetière coûte 150 dollars, tandis qu’il faudra donner 100 dollars aux fossoyeurs et un peu moins de dix euros à la garde républicaine – une taxe obligatoire. Pour assister à l’inhumation, la famille a également pu louer un bus pour acheminer le reste du clan et ses amis. Avant cela, il a fallu choisir un cercueil : entre 250 et 1 000 dollars, selon le modèle.

Au total, l’ardoise pour enterrer un mort peut monter jusqu’à 2 500 dollars dans la capitale de la République. Une somme démentielle, en inadéquation totale avec le pouvoir d’achat des Congolais.

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L’incinération, un tabou onéreux

Pour Zacharie Bababaswe, spécialiste de l’histoire des mentalités interrogé par l’AFP, il est temps que les temps – et les enterrements – changent au Congo. Ici, la tradition veut que l’on économique « de l’argent pour des obsèques en fanfare plutôt que de cotiser pour des soins médicaux ». Des habitudes qui favorisent l’endettement des familles endeuillées. Mais l’incinération des corps, moins coûteuse, n’est pas encore au programme à Kinshasa, bien qu’elle soit plébiscitée par Zacharie Bababaswe. Elle est encore aujourd’hui « trop choquante » pour nombre de Congolais.

 

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