Paris Match Belgique

Qui est Joshua Wong, l’activiste Hongkongais remis derrière les barreaux ?

Joshua Wong, 21 ans, écope d'une deuxième peine de prison pour son rôle dans la "révolte des parapluies". | © AFP PHOTO / ISAAC LAWRENCE

Société

Figure de proue du mouvement prodémocratie de 2014 à Hong Kong, Joshua Wong vient d’être condamné à la prison pour outrage à magistrat. Une seconde condamnation pour son rôle dans la « révolte des parapluies ».

 

« L’homme qui fait trembler le pouvoir chinois à Hong Kong est un ado de 17 ans et s’appelle Joshua Wong », titrait le magazine Slate en septembre 2014. Aujourd’hui âgé de 21 ans, le jeune Hongkongais vient d’écoper d’une seconde peine de prison ce mercredi 17 janvier. Figure de proue de la « révolte des parapluies », Joshua Wong s’est vu infliger trois mois de détention pour outrage à magistrat. « Je suis hongkongais, je veux le suffrage universel », a-t-il déclaré juste avant l’audience, répétant le credo qui l’anime depuis son adolescence : « Désobéissance civile, zéro peur ».

La démocratie à tout prix

Né à Hong Kong en 1996, Joshua Wong s’engage dans la politique de son pays dès 2011. Du haut de ses quinze années, il critique déjà l’ordre établi à Hong Kong en fondant « Scholarism », un groupe pour protester contre les cours « d’éducation morale et nationale » considérés comme du « lavage de cerveau ». Quelques boycotts par-ci, deux ou trois rassemblements par-là, il aura fallu quelques mois à Joshua pour parvenir à fédérer les foules autour d’une seule et même revendication : la démocratie.

Lire aussi > Taïwan, pionnier de l’Asie sur les droits LGBTQ

Très vite, il fait battre le cœur d’une jeune génération affamée de politique et prête à défier le pouvoir central chinois pour réclamer l’autonomie de Hong Kong, voire son indépendance. Dès 2013, Joshua rejoint le mouvement de désobéissance civile « Occupy Central », qui réclame l’instauration du suffrage universel. Dans les rues de la perle de l’Orient, le mouvement rassemble plus de 100 000 manifestants, une ampleur sans précédent qui prendra le nom de « révolution des parapluies ».

Joshua Wong (à gauche) et Nathan Law, le 24 octobre 2017. AFP PHOTO / ISAAC LAWRENCE

Révolutionnaire des parapluies

Septembre 2014, Hong Kong s’apprête à affronter une série de manifestations menées par les militants pro-démocrates de « Occupy Central ». L’objectif, mener une vaste opération de désobéissance civile pour contester la réforme politique jugée restrictive et antidémocratique du Parti communiste chinois. Une grande première sur le territoire hongkongais, mobilisant de nombreux étudiants et plusieurs dizaines de milliers de Hongkongais.

Lire aussi > Hong Kong en alerte maximale : les images surréalistes du typhon Hato

Véritable icône parmi les leaders de la « révolte des parapluies », Joshua Wong est condamné à six mois de prison ferme en août 2017. Aux côtés de Nathan Law et Alex Chow, ses deux complices également condamnés pour leur rôle dans un rassemblement jugé « illégal », Joshua garde la tête haute. « Tous, continuez, n’abandonnez pas ! », avait-il lancé à ses soutiens à l’époque. C’est que les barreaux ne l’intimident plus. Arrêté en 2014 après avoir investi les locaux du gouvernement, il reste déterminé à mener le combat jusqu’au bout, bien que Pékin ne lâche rien. « Le suffrage universel est la mission de cette époque et cette époque appartient aux jeunes, alors laissez les jeunes remplir la mission », déclarait-il au Business Week.

AFP PHOTO / Anthony WALLACE

Liu Xiaobo et Ai Weiwei comme modèles

En tant que porte-drapeau de la nouvelle génération d’opposants politiques pro-démocratie à Hong Kong, Joshua Wong poursuit la lutte menée avant lui par Liu Xiaobo, premier prix Nobel de la paix chinois, condamné à onze ans de prison pour sa critique du système chinois. Maintenu en détention pendant plus de huit ans malgré un cancer du foie, Joshua Wong avait posté un message en son hommage peu après sa mort, en juillet dernier :  « Nous allons faire tout notre possible pour continuer sa lutte pour la démocratie à Hong Kong et en Chine ».

Lire aussi > Pour l’artiste Ai Weiwei, le mystère entoure toujours la mort du prix Nobel Liu Xiaobo

À l’instar de l’artiste dissident Ai Wei Wei, Joshua Wong se prend à rêver l’avènement d’un nouveau « soft power » chinois, sans toutefois se faire trop d’illusions… Le jeune homme garde néanmoins plus d’un tour dans son sac. Parmi ses rêves, « lancer une campagne internationale de lobbying d’ici à cinq ans », déclarait-il en 2016 dans les colonnes de Libération. Aussi avait-il prémédité la peine à laquelle il fait face aujourd’hui, une nouvelle fois condamné : « La prison n’est pas un jeu. Mais je m’y prépare », avait-il prévenu.

CIM Internet