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Aziz Ansari, l’humoriste pro #Metoo, accusé d’agression sexuelle

Aziz Ansari

Une photographe de 23 ans accuse l'acteur et réalisateur Aziz Ansari d'agression sexuelle. | © Flickr/EricAppel

Société

La récente accusation d’agression sexuelle visant Aziz Ansari a de quoi étonner. Le réalisateur et humoriste américain, connu pour ses opinions progressistes et pour avoir soutenu le mouvement #metoo, n’était pourtant pas à l’abri d’un « scandale ». 

La presse internationale s’est emparée de l’affaire lorsqu’une photographe et journaliste de 23 ans se faisant appeler « Grace » a témoigné il y a trois jours dans un article de Babe.net et décrit la « pire nuit de sa vie » avec Ansari. Pour certains chroniqueurs et journalistes, ce n’est pas parce que l’on s’appelle Aziz Ansari, que l’on est issu de l’immigration et que l’on défend les minorités (ethniques ou de genre) que l’on est à l’abri d’un faux pas, voire d’une présomption d’agression sexuelle. Pour d’autres, la pilule est difficile à avaler.

Polarisation générationnelle au sein des médias

Dans un article de The Atlantic daté du 14 janvier, l’auteure Caitlin Flanagan plaide pour une scission générationnelle entre la perception et la réaction des jeunes femmes des années 70 de son époque à une proposition de relation sexuelle, en comparaison avec celles d’aujourd’hui. « En ce qui concerne le fait de repousser un homme qui essayait de nous embarquer dans une relation sexuelle, nous étions fortes. » D’après les dires de « Grace », Aziz Ansari n’avait pas compris ce soir de septembre 2017 le langage non-verbal qu’elle lui avait adressé. Elle n’était pas, selon elle, consentante à persévérer dans cette relation sexuelle. Et c’est ce que Caitlin Flanagan lui reproche: il aurait fallu exprimer un « non » catégorique.

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Pour Jasmine Andersson, journaliste pour le Guardian et The Independant (et de la génération Y), le point de vue est bien différent. « Comme nous l’avons constaté dans l’industrie des médias, (…) et à Hollywood, ces hommes sont plus qu’heureux de capitaliser sur le sacrifice des femmes, de manière consciente ou inconsciente, en public ou en privé », écrit-elle en faisant référence aux figures masculines qui, comme Ansari, défendent les droits des femmes en public, mais agissent peut-être tout autrement en privé. Cette affaire mettrait donc l’accent sur le fossé existant entre le discours sur le consentement et sa mise en pratique.

Master of None, le show progressiste d’ Aziz Ansari

Mais, au-delà de la polarisation des opinions que cette affaire met (à nouveau) en lumière, sa particularité est dans la figure même d’Aziz Ansari, qui n’a jamais caché son engagement pour la cause féministe (il soutient, par exemple, le mouvement Time’s Up).

Plusieurs mois avant l’affaire Weinstein, le dernier épisode de la saison 2 de la série Master of None d’Aziz Ansari et Alan Yang mettait le focus sur le harcèlement sexuel opérant au sein du show-bizz.

Flickr/DisneyABC
Aziz Ansari et Alan Yang à la 68e cérémonie des Emmy awards.

Le personnage de Jeff, patron d’une grande chaîne de TV (incarné par Bobby Cannavale), est attachant. Au fil des épisodes de cette dernière saison, on découvre ce père de famille, un peu lourd mais passionné par son travail, et montrant un grand soutien à son employé et animateur préféré, Dev, le héros de la série incarné par Aziz Ansari. Puis, coup de théâtre, le dernier épisode de la série Netflix révèle la face cachée de la lune: une série d’employées ont démissionné au fil des années de la chaîne de TV, à cause de comportements déplacés de la part de leur patron.

La subtilité est dans le traitement du sujet par Ansari. Il montre la difficulté pour son personnage de digérer cette information. Son patron était son ami, pourtant il le dégoûte désormais, et surtout… ils viennent de signer pour une nouvelle émission culinaire, dont Dev rêvait depuis longtemps. Ce dernier décide alors de mener l’enquête auprès d’anciennes employées et se confronte à un problème d’ampleur à gérer. Mais… participe quand même à une émission en primetime avec son patron, juste au moment où l’affaire éclate sur les réseaux sociaux. Ce qui éclabousse le nom et la carrière du personnage, par ricochet.

Les femmes doivent se soucier de mecs tordus en permanence.

Dans son spectacle au Madison Square Garden, Ansari en remet également une couche sur les comportements louches des hommes envers les femmes; pas seulement les agressions sexuelles directes, mais toutes sortes de lubies malsaines et déplacées. Afin de faire passer le message, il inverse les rôles. « On n’a jamais vu deux mecs, marchant tard le soir dans le parc, se faire: ‘Eh mec, je crois qu’on devrait accélérer le pas’. ‘Ah, ouais ? Pourquoi’ ? ‘Je suis quasi certain qu’il y a une nana bizarre là-bas, derrière cet arbre, qui nous regarde, en se masturbant’ ! (…) Les hommes ne pensent pas à de potentielles femmes malsaines qui pourraient croiser leur route, continue Ansari. Les femmes, elles, doivent se soucier de mecs tordus en permanence »

Quid des faits rapportés ?

La journaliste qui accuse Aziz Ansari a fait parvenir à Babe.com l’échange de sms qu’elle a eu avec le réalisateur en septembre 2017, suite à leur rendez-vous. À l’origine, l’acteur n’avait pas particulièrement de vues sur la jeune femme, selon le récit qu’elle en a fait. C’est parce qu’elle a insisté (et qu’ils se sont trouvé une passion en commun pour la photo), qu’ils ont finalement été dîner, puis qu’ils sont rentrés à l’appartement d’Ansari où ils ont eu des relations sexuelles. Dans l’échange on peut lire une référence d’Ansari à la soirée de la veille, qu’il qualifie de « fun », après quoi, il mentionne des films photo qu’il compte faire développer (sans doute un clin d’oeil à une conversation de la veille). « Grace » répond qu’elle a pleuré sur le chemin du retour, car il a eu des gestes qu’elle n’aimait pas durant leur relation sexuelle, et qu’il n’a pas cessé après qu’elle lui a indiqué son non consentement. Aziz Ansari répond qu’il est vraiment désolé car il ne « voudrait pas qu’elle ou que quiconque ait à ressentir ce qu’elle dit avoir ressenti ». Selon lui, il n’avait clairement pas « lu les signaux ».

Après les réactions en chaîne qu’a provoqué le témoignage de « Grace », Aziz Ansari (qui dément l’accusation de viol) a déclaré qu’il continuait à soutenir le mouvement actuel en développement dans notre société, faisant référence au #MeToo et aux points de vue qu’il révèle. Selon lui, cette bouffée était « nécessaire et attendue depuis longtemps. » Pas un mot jusqu’à présent sur le site du réalisateur et humoriste à propos de « l’affaire Grace ».

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