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L’instigatrice de #BalanceTonPorc attaquée en justice

Eric Brion avait qualifié Sandra Muller de "son type de femme" avant de commenter ouvertement sa poitrine, au cours d'un diner. | © AFP PHOTO / Angela WEISS

Société

L’instigatrice du hashtag « Balance ton porc » devra affronter son harceleur devant la justice, après que celui-ci l’ait accusé de diffamation, malgré ses excuses publiques.

Le premier hashtag remonte au 13 octobre 2017 déjà. Sandra Muller, journaliste française installée à New York, « balance son porc » : un homme du nom d’Eric Brion, ancien patron de la chaîne de télévision Equidia. Au cours d’un diner passé, il lui avait adressé des « propos dégradants ». Après cette première dénonciation, la journaliste invite sur Twitter d’autres femmes à faire de même.

La suite, on la connait. Suivi du hashtag « MeToo », #BalanceTonPorc deviendra le déversoir d’histoires d’harcèlement et d’agressions sexuelles terribles, dévoilant pour beaucoup d’hommes le quotidien et la peur de leurs alter féminins. Un mouvement de « libération de la parole » sans précédent à l’ère d’Internet, qui a amené sur le tapis des débats enflammés nombre d’autres questions relatives au manque d’égalité des genres.

Elle me plaisait. Je le lui ai dit, lourdement.

D’un point de vue personnel, le « porc » de l’instigatrice du mouvement lui a présenté des excuses publiques, à travers une tribune du Monde. « J’ai effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise. Elle me plaisait. Je le lui ai dit, lourdement. Et une seule fois, je tiens à le préciser. Je ne veux certainement pas me disculper de ma goujaterie d’alors. Je lui réitère ici mes excuses ».

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Mais la fin de son message laissait déjà, fin décembre 2017, présager la contre-attaque de l’ex-directeur, et ce malgré ses excuses. Ce 18 janvier dévoile une stratégie qui aura mis peu de temps à se mettre en place : elle est attaquée en justice pour diffamation. « Eric Brion, que je nomme comme l’auteur des propos dégradants dont j’ai fait l’objet, a reconnu les avoir tenus et s’est excusé publiquement dans une tribune publiée dans Le Monde le 30 décembre 2017. Eric Brion a finalement changé de stratégie et a décidé, contre toute décence, de m’amener devant les tribunaux. Une assignation m’a été délivrée, dans laquelle Monsieur Brion réclame notamment 50000 € de dommages et intérêts pour diffamation, des publications judiciaires et 10000€ de frais d’avocat », fait-elle savoir dans un communiqué, diffusé sur ses réseaux sociaux.

Par cette assignation, on voudrait me forcer à me taire.

« J’irai au bout de ce combat avec l’aide de mon avocat et j’espère que ce procès sera l’occasion de porter un véritable débat sur les moyens de lutter contre le harcèlement sexuel. Le #balancetonporc a servi à libérer la parole des victimes et à mettre la lumière sur un véritable problème de société encore si tabous. J’ai été récompensée parmi d’autres femmes et hommes le 6 décembre dernier en tant que personnalité de l’année par le Time Magazine, pour avoir permis de briser ce lourd silence. Par cette assignation, on voudrait pourtant me forcer à me taire », écrit-elle à l’attention de ses détracteurs, mais surtout de ses nombreux soutiens en ligne.

©AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

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Cette nouvelle attaque à l’encontre des « libératrices de la parole » fait suite à une semaine d’intenses discussions, en ligne et dans les médias, à propos d’une autre tribune publiée dans Le Monde et intitulée « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Celle-ci pointait notamment du doigt une « campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels », divisant le camp féminin aux très diverses opinions sur le sujet. Mais le texte donnait surtout du grain à moudre aux hommes tels qu’Eric Brion, qui auraient préférés que les accusations soient démontrées devant la justice plutôt que sur les réseaux sociaux – et ce, malgré des « aveux ».

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