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La France a sa première association contre le « racisme anti-blanc »

OLRA

Pour sa communication visuelle, l'association OLRA a choisi une identité colorée. | © OLRA

Société

L’ OLRA est la première organisation de lutte contre le racisme anti-blanc de France. Un groupement vu d’un mauvais œil par les militants anti-racistes, et pour cause.

 

Le nouveau venu s’est lancé dans l’arène avec un tweet rigolard et provocateur. « On est très heureux de vous présenter l’Organisation de Lutte contre le Racisme Anti-blanc (OLRA). Première association laïque, apolitique et indépendante qui lutte contre le #racismeantiblanc ! On nous a dit que beaucoup seraient agacés si on retweetait en masse… On tente ? » En une publication, le groupement résume ce que l’on peut retrouver avec davantage de détails sur son site Internet, mis fraichement en ligne à grands renforts d’illustrations colorées et léchées. « Nous observons que depuis une vingtaine d’années, cette forme de racisme est en pleine expansion dans la société française, mais aussi en Europe et plus largement dans l’Occident », explique l’association, avant de citer ses objectifs : « faire reconnaître, en lui donnant une tribune et une visibilité, cette forme de discrimination particulièrement insidieuse qu’est le racisme anti-blanc ».

À terme, explique l’OLRA, il s’agira de se constituer partie civile contre « toute personne ou groupement qui exalterait le racisme anti-blanc ». L’union rassure par ailleurs : parmi ses membres actifs, on retrouve toutes les « idées », les « religions » et les « couleurs de peau ».

©OLRA/Facebook

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Pas de quoi soulager pourtant les détracteurs précoces et vigilants du mouvement qui ne s’est fait connaitre sur les réseaux sociaux que le 15 janvier. Si beaucoup pensent d’abord à une blague, d’autres dénoncent un rassemblement identitaire français qui ne dit pas son nom. Car, et l’organisation le sait, les termes de « racisme anti-blanc » sont régulièrement critiqués par les militants anti-racistes : pour ces derniers, il n’existerait tout simplement pas.

Des agressions isolées plutôt que du racisme

Une affirmation nuancée, mais relativement soutenue par une importante étude de l’Ined – l’Institut national d’études démographiques français -, menée durant une dizaine d’années avec les témoignages de 22 000 personnes sur le sujet, à savoir les « faits de racisme déclarés par la population majoritaire ». Les résultats ont mené les chercheurs à la conclusion que les propos et insultes « anti-blancs » ne relevaient pas du « racisme systérmique » : « Un racisme systémique va au-delà d’un cas d’agression isolée en ce qu’il va s’inscrire dans des structures sociales, y compris dans les services de l’État (on pense notamment au contrôle au faciès) et avoir un impact sur les conditions de vie des personnes« , expliquait ainsi la chercheuse Christine Hamel en 2006 à Buzzfeed.

En France – comme en Belgique -, il ne s’agit ainsi pas d’une « expérience de masse », puisqu’elle est « moins répétitive » que le racisme qui s’applique aux minorités et qu’elle ne « se matérialise pas par une privation de droits ou d’accès à une ressource », relève Libération. Par ailleurs « une partie des personnes qui ne sont ni immigrées ni des enfants d’immigrés qui déclarent avoir subi des propos racistes ont en réalité été traitées de ‘sales racistes’ », ajoute dans l’article de Buzzfeed Christine Hamel. Ce qui n’est pas exactement la même chose.

Un discours plébiscité par l’extrême droite

Les termes « racisme anti-blanc » sont pourtant régulièrement utilisés par des sites conservateurs et identitaires français, tels que laicite-republique.com, fdesouche.com – pour « Français de souche » -, ou encore le Front national. Et sur le site de l’OLRA, dans la rubrique « Actualités » censée répartorier les cas de racisme anti-blanc dans la presse, ce sont ces mêmes sites que l’on retrouve en guise de sources. Quand ce n’est pas le cas, il s’agit bien plus souvent d’opinions que de faits – comme pour les billets reprenant les détails de la polémique autour du festival Nyansapo en mai 2017.

Certains évènements relatés ont par ailleurs été démontés depuis, comme celui d’un groupuscule de violeurs qui auraient agit uniquement contre des femmes blanches, que l’on retrouve en une du site de l’OLRA : « Le juge déclare que les victimes n’ont pas été visées ‘à cause de leur race, mais parce qu’elles étaient jeunes, impressionnables, naïves et vulnérables », fait savoir The Independent à propos de l’affaire.

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©Capture d’écran du site de l’OLRA.

Toujours est-il que YouTube a d’ores et déjà pris des sanctions contre la nouvelle association, en supprimant sa première vidéo sur la plateforme. « Notre vidéo de présentation a été supprimée de Youtube. Les raisons avancées ne sont pas justifiées pour la suspension du compte. Aucun propos de haine n’ayant été tenus. Nous entrons en contact avec les services Youtube pour sa republication », a fait savoir l’OLRA dans une publication sur Facebook.

Les quelques instants où la vidéo aura été publiée auront néanmoins permis d’identifier, à l’image et présentant l’association, Laurent de Béchade. Ancien conseiller de la Banque Transatlantique, M. de Béchade – qui affiche également  ses liens avec l’OLRA sur le réseau professionnel LinkedIn – serait un membre de la famille de Béchade, issue de la noblesse française.

 

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