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Sapin câlin : Enlacer les arbres pour se faire du bien

Si la sylvothérapie existe depuis presque quatre décennies, ses adeptes sont encore loin de courir les bois. | © Flickr : Jörg Schubert

Société

Malade, déprimé ou simplement fatigué, les arbres pourraient être vos meilleurs alliés. Leur faire des câlins pour se recharger les batteries, c’est ce que défend la sylvothérapie.

 

Il nous arrive de les croiser lors de nos promenades en forêt. Agrippés au tronc d’un chêne ou d’un acacia, ils enlacent le feuillu les yeux fermés et le sourire béat. Reluqués du coin de l’œil par les passants sceptiques, ces « câlineurs » d’arbres sont loin d’être de simples hippies amoureux de la nature. Ils pratiquent la sylvothérapie, une technique de relaxation qui fait de plus en plus d’heureux.

Bain des bois relaxant

Marcher auprès des arbres, c’est bien. Les enlacer, c’est mieux ! Les études scientifiques qui se sont penchées sur les bienfaits des arbres le disent : le simple fait d’aller se balader en forêt diminue le stress et l’anxiété, régule la tension artérielle et stimule la créativité. Mais prendre le temps de s’arrêter devant le roi de la forêt et lui tendre les bras s’avérerait encore plus bénéfique. Et les Japonais sont les premiers à l’avoir démontré.

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Au pays du Soleil-Levant, on l’appelle le Shinrin-Yoku ou « bain de forêt ». Bien plus que l’étreinte des arbres, cette pratique reconnue par le gouvernement japonais depuis 1982 consiste à méditer en milieu forestier. En pleine nature, contemplation et connexion sont les maîtres mots de cette relaxation guidée par l’esprit de la forêt. L’objectif, reprendre contact avec la Terre Mère et profiter de ses nombreux bienfaits. Si certains s’essayent déjà à la communication avec les arbres, d’autres se contentent de les caresser et se laisser aller par les émotions que lui procure Mère nature.

Flickr : placestosee

Rien à comprendre, juste à ressentir

Au diable la théorisation sur ce que bon nombre souhaiterait pouvoir expliquer. « C’est une expérience tout à fait personnelle dans laquelle il est surtout question de ressenti et d’émotion », explique Jean-Marie Defossez, auteur de Sylvothérapie, le pouvoir énergétique des arbres, qui paraîtra fin janvier. Ce Belge expatrié en France depuis plusieurs années organise des écoles buissonnières afin d’initier les intéressés à l’art d’embrasser les arbres. Avec lui, un seul mot d’ordre : aucune règle. « Il n’y a rien à comprendre, juste à ressentir », insiste-t-il. « On pourrait imposer un mode d’emploi spécifique qui expliquerait comment faire mais j’estime que c’est à chacun d’inventer ses propres exercices. » En tant que scientifique à la casquette de sylvothérapeute, Jean-Marie Defossez évite de trop flirter avec la dimension magique, voire chamanique de la pratique. « Beaucoup de gens sont curieux d’expérimenter les effets des câlins aux arbres, mais dès qu’on parle d’énergie ou d’ésotérisme, la plupart d’entre eux se ferment et ne veulent plus en entendre parler », explique celui qui à l’époque, faisait partie des premiers sceptiques.

S’abandonner dans ‘les bras’ de l’arbre, ça rend paisible. Ca remet les pendules à l’heure.

Son premier coup de foudre avec les arbres relève du simple hasard. Fervent amoureux de la nature, Jean-Marie Defossez a toujours apprécié les balades en forêt, une bulle d’oxygène essentielle au quotidien. Pourtant, faire des câlins aux arbres n’était jamais au programme. Un jour qu’il se photographiait les bras autour d’un tronc pour en sublimer la grandeur, il a presque directement senti les effet s de cette étreinte involontaire. « À cette époque là j’étais malade et particulièrement fatigué, mais après avoir fait plusieurs clichés, et donc être resté un moment les bras autour de l’arbre, je me suis senti soudainement en pleine forme », raconte-t-il. Plus tard, il retente l’expérience jusqu’à en faire une habitude. « S’abandonner dans ‘les bras’ de l’arbre, ça rend paisible. Ca remet les pendules à l’heure », explique-t-il. « Le tout est de savoir se lâcher complètement. »

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« Se lâcher », beaucoup peinent encore à y arriver. Car si la sylvothérapie existe depuis presque quatre décennies, ses adeptes sont encore loin de courir les bois. Même pour les plus téméraires, oser s’afficher en public et en pleine étreinte avec un arbre n’est pas toujours démarche aisée. « Ce sentiment de gêne existe mais ne relève moins du regard des autres que de celui que l’on porte sur soi », explique M. Defossez. Avoir honte de faire un « tree huging » (comme on l’appelle aux États-Unis) devant des promeneurs inconnus signifie donc un manque de confiance en soi et de lâcher prise. « C’est bienveillant et gentil », estime le sylvothérapeute. Peut-être un poil ridicule mais « il n’y a rien de méchant et c’est une technique de gestion du stress comme une autre ».

Flickr : Roger Jones

Ridicule versus lâcher prise

Parce qu’ils nous détendent, nous apaisent, nous rechargent les batteries et permettent même de soigner certaines maladies, les arbres devraient être nos meilleurs alliés en cas de déprime ou de baisse de régime. Venir s’appuyer sur l’épaule boisée du maître de la forêt devrait presque devenir un réflexe. Et pour ceux qui souhaiterait sauter le pas, quelques conseils sont à mémoriser. Afin de se mettre dans le bain, « on peut s’imaginer que l’arbre est quelque chose ou quelqu’un à qui l’on tient énormément », suggère Jean-Marie Defossez. Ou plutôt que de serrer l’arbre, « s’imaginer que c’est lui qui nous prend dans ses bras ». En règle générale, « c’est ne faire qu’un avec la nature en étant attentif à tout ce qui nous entoure : les bruits, les couleurs, les odeurs… », poursuit-il.

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Car s’il n’y a pas de règles strictes et prédéfinies pour câliner un arbre, « c’est la manière dont on va l’aborder qui sera déterminante ». Une fois cerné par les feuillages sur un sentier forestier, « l’idéal est de se mettre directement dans un état méditatif », explique-t-il. Et pour se faire, rien de tel que la marche. « En inspirant sur cinq pas et en expirant sur sept, cela permet de poser le souffle et d’entrer dans un état de relaxation ». Ni besoin de mots ni de gestes particuliers. « C’est un salut intérieur où l’on s’incline devant la présence de cet être vivant, le tout dans un mélange de respect, de fascination et de considération ». Un face à face avec l’arbre qui aide à se recentrer sur soi et passer du côté vert de la force.

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