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Flatulences, sexe, règles et linge sale : Sur Instagram, une artiste célèbre le (vrai) quotidien des femmes

© Instagram @wallflowergirlsays

Société

Lassée de toutes ces descriptions beaucoup trop aseptisées sur la vie quotidienne des femmes sur les réseaux sociaux, l’artiste indienne Kaviya a décidé de montrer sur Instagram la « vraie » vie des femmes, sans filtres.

 

Kaviya aborde avec ses dessins les réels problèmes auxquels sont confrontées les femmes au quotidien. Elle s’est lancée dans le challenge #100DaysOfDirtyLaundry (« 100 jours de linge sale ») dans la lignée dans des #100DaysOfHappiness (« 100 jours de bonheur ») et #100DaysOfExercise (« 100 jours d’exercice ») sur Instagram : « Je suis une millenial. Comme dirait ma mère, je suis quelqu’un de la génération gâtée paresseuse. Gâtée par le choix – du pain, des légumes et des sauces dans mon sandwich Subway aux swipes de la gauche ou de la droite sur Tinder. Le choix est une chose puissante. Les choix déterminent ma vie – que ce soit ma carrière, les gens que je choisis d’appeler mes amis, ma sexualité ou mes habitudes-  bref, ils sont le reflet de qui je suis. N’ayez pas peur d’être le VRAI vous, scande Dove (la marque de produits d’hygiène, ndlr) ».

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« Mais la dure vérité est que nous, les millenials, nous choisissons souvent le « faux » nous. (…) Nous conservons et construisons une version idéale de nous-même, tout cela grâce à l’énorme bulle de réseaux sociaux. Si je jugeais les gens par leurs profils sociaux, je supposerais que toute ma liste d’amis est en vacances ou fait la fête. Les réseaux sociaux me disent que tout le monde est heureux. Une sorte d’euphorie éternelle. Mais je ne suis ni parfaite ni toujours heureuse. Je ne connais d’ailleurs personne qui le soit non plus. Alors pourquoi tout ce que je vois, ce sont des versions irréelles de ces gens ? »

I am a millennial. As my mom would say, someone from the lazy spoilt generation. Spoilt for choice – from the bread, veggies & sauces in my Sub to the left or right swipes on Tinder. Choice is a powerful thing. Choices determine my life – be it my career, the people I choose to call my friends, my sexuality, my habits; in short they’re a reflections of who I am. Don’t be afraid to be the REAL you, Dove screams at me. . . But the hard truth is, we millennials are often choosing the ‘unreal’ us.. We are choosing wrong to carefully construct alternate identities of who we want to be rather than acknowledging who we really are. We are curating & constructing ideal version of ourselves, all thanks to huge bubble of social media. If I judged people by their constructed social profiles, I would be assuming that my entire friend list is either vacationing or partying. If not that, atleast social media tells me everyone is happy. Like perennially euphoric. But I am neither perfect nor forever happy. Nor is anyone I know. Why then is all I see around unreal versions of people? . . Because, lets admit it, who wants to hang their dirty laundry in public, when I can’t even hang my bra in my balcony without my next door aunty judging me. Nobody wants to talk about their dirty thoughts or anxiety disorders or their wild desires, just because we don’t want to be judged. . . But my pile of dirty laundry has been growing and is now so big, I have decided this – why not do a 100 day project on the dirty pile? So here goes #100daysofdirtylaundry – I hope to cover everything unholy, uncomfortable, cringe-worthy – be it complicated love, indefinable sexuality, masturbation, periods, over-gloried travel, manic materialism, alcohol binges, smelly farts, burps, ugly scars, anything & everything I am guilty about, ashamed to share in public. . . This project is going to be uncomfortable to do. But such dirt is a part of who I am. Who we all are. Just that some acknowledge it, some speak about it but most people hide it. I am just going to draw and rant about it. (Continued in comments)

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Et de poursuivre : « Parce qu’il faut bien qu’on l’admette, qui a envie de laver son linge sale en public, alors que je ne peux même pas accrocher mon soutien-gorge sur mon balcon pour le faire sécher sans que ma tante d’à côté me juge ? Personne ne veut parler de ses sombres pensées ou de ses troubles anxieux ou de ses désirs sauvages, simplement parce que nous ne voulons pas être jugés. Mais mon tas de linge sale a grandi et il est maintenant si grand, que je me suis dit : pourquoi ne pas faire un projet de 100 jours sur cette pile sale ? Alors voilà #100daysofdirtylaundry J’espère couvrir tout ce qui est impie, rend mal à l’aise ou grincheux : que ce soit l’amour compliqué, la sexualité indéfinissable, la masturbation, les règles, le voyage trop glorieux, le matérialisme maniaque, les beuveries d’alcool, les pets malodorants, les rots, les vilaines cicatrices, de tout à rien dont je me sens coupable et dont j’ai honte de partager publiquement. Ce projet promet d’être inconfortable à réaliser. Mais ce linge sale fait partie de moi. De nous tous. C’est juste que même si certains le reconnaissent ou en parlent, la plupart des gens le cachent ».

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Quotidiennement durant 100 jours, la jeune femme de 28 ans basée à Mumbai partage donc une illustration sur son compte Instagram. Pour son premier jour, elle a choisi d’aborder le thème des flatulences : « Je dois avouer que parfois j’adore les pets bruyants et malodorants. Toute ma vie, j’ai été conditionnée à penser que les pets étaient horribles. Que si jamais vous vous trouvez dans une situation sociale où vous avez cette envie incontrôlable de péter, vous devez mener une guerre contre ça, ce qui conduit à une morte lente et silencieuse du pet. Et quand l’odeur commence à se répandre dans la pièce, vous essayez lentement et avec dégoût de rejeter la faute sur la grand-mère ou même votre chien. C’était tout un drame jusqu’à ce que je lise un article qui me fasse hurler : ne retenez pas vos pets sinon pourrez mourir. (…) Les pets ne sont rien d’autre qu’un indicateur du bon fonctionnement de notre système digestif et l’inhalation de pets (contenant des sulfures d’hydrogène) réduit réellement nos risques d’AVC. Mon pet favori ? (Jugez-moi, c’est ok) C’est la seconde fois que j’ai pété à côté de mon copain. La première fois que je l’ai fait, on était ensemble depuis à peine un mois, c’était super bruyant, je suis devenue toute rouge d’embarras et j’ai couru jusqu’aux toilettes. Mais la deuxième fois ? Oh, ça sentait tellement l’enfer que j’aurais dû sauter dans une fusée et disparaître dans l’espace. Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis entrée dans un fou rire maniaque. Et lui aussi. Et c’est là que j’ai su que cette relation allait durer ».

#100daysofdirtylaundry Day 1 – #farts . I sometimes love loud, smelly farts and I cannot lie. . . All my life I had been conditioned to believe that farts are ugly. That if ever find yourself in a social situation where you had this uncontrollable urge to fart, you waged a war on it, fought it out till it died a slow, silent death. And then when the aroma starts to diffuse around the room, you slowly but disgustingly look around trying to pass on the blame onto unsuspecting grand mommies or even your dog. . . All this drama, till I read this article that screamed, Don’t hold your farts, you could die. Ok, not that dramatic a headline, but still it went to say how it’s always always better to let go of your flatulences and it is actually an indicator of your well-being. Farts are just our digestive systems working it out and it even went on to say that inhaling farts (containing hydrogen sulphides) actually reduces our risks of strokes. There you go, now go fart away! . . My favourite fart yet? (Judge me, it’s ok) – The second time I farted when I was around my guy. The first time I did, must have been hardly one month into our relationship, it was a super noisy one and I went red with embarrassment and ran into the washroom. But the second time? Oh it was such a hell of a smelly, noisy one that I should have jumped onto a rocket and disappeared into space. But what did I do? I went into a manic fit of laughter. So did he. And that’s when I knew, hey this relationship is here to stay. And so are the life-long farts. . . So all I am saying is, I sometimes love loud, smelly farts and I cannot lie. . . . Inspiration: Pic on Myntra

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Dans d’autres posts, Kaviya aborde d’autres thèmes comme la misogynie, le harcèlement sexuel, le stalking sur les réseaux sociaux, cette tendance à prendre des millions de selfies, le binge-watching sur Netflix mais aussi le binge-drinink ou encore cet afflux de photos où l’on voit des femmes montrer leurs jambes non rasées et leurs cicatrices afin de célébrer leur corps. « Tout les posts que nous voyons sont des selfies avec des filtres, des check-ins de vacances, des objectifs de fitness réalisés, des vêtements stylés et des dîners de restaurant sophistiqués », déclare l’artiste.

#100daysofdirtylaundry Day 17 – Gender Bender . . What is it about us that is bothering you the most? Is it the dense blackforest all over my arms & legs or that I chose to wear this modest red outfit to go with it? Or is it my spotless & hairless man here who tweezes his brows & loves all shades of pink, mauve & tangerine way more than I do? Is it my cropped pixie hair which makes me look like a man or his lip moisturiser that gives a glittery pink sheen? Or is it that I prefer to drive & play Counter-Strike while he prefers to cook & shop? Am I masculine or him feminine? . . . Should you laugh at the feminine man-purse Joey Tribbiani carried around or secretly cringe at the manliness of GOT’s Brienne of Tarth? Why are women who hang out with only men branded tomboys or the guys with their close network of girl friends branded soft & feminine? Why is showing my cleavage promiscuous but flaunting your toned abs manly? Is confusion about gender identity real , being gender non-conforming & gender-queer a fiction or just a fad? . . . Maybe, just maybe, gender roles aren’t farce. We cannot inter-change testosterone to estrogen & there are still some things better suited for women than most men and vice-versa. But gender roles(or rules?) enforced by culture? Blues or the pinks, avengers or the Barbies, hard whiskeys or the light breezers, oxfords or 6 inch stilettos, bread-earners or the house-makers, there lies the problem – Confirming to gender roles enforced by ‘culture’ & the consumerist brands. . . Not, let men be men & women be women. Who are these ideal men & women anyway? And what’s masculine and what’s feminine anyway? Forget gender equality, the one that needs forgetting is gender conformity. Think we all have had enough of don’t sit like a man with your legs stretched out or don’t cry like a girl. Let any man or any woman be whoever the hell they want to be.

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« Cependant, derrière les lunettes teintées de rose des médias sociaux, notre génération est en prise avec de graves problèmes – des relations compliquées, une frénésie matérialiste, des problèmes de santé mentale, une dépendance aux téléphones mobiles, une sexualité et négativité corporelle. J’ai ressenti un besoin important d’aborder ces tabous soi-disant sales d’un point de vue personnel et d’avoir une conversation ouverte à leur sujet en ligne » explique l’artiste dans des propos rapportés par Quartz.

La plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés dans notre génération, comme la solitude, l’anxiété ou encore la dépression, sont là parce qu’on nous dit toujours de ne pas en parler ouvertement.

« Mes proches m’ont demandé pourquoi je souhaitais partager mon linge sale avec le monde. Mais j’étais, et je suis encore convaincue, que l’art peut être un moyen puissant pour entamer des discussions sur des choses inconfortables mais nécessaires. La plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés dans notre génération, comme la solitude, l’anxiété ou encore la dépression, sont là parce qu’on nous dit toujours de ne pas en parler ouvertement. Pourquoi ? Parce qu’alors les gens nous jugeraient. Mais je pense que plus nous aurons des conversations impartiales sur ces sujets, plus ils deviendront normalisés ».

Fb showed me this very personal story I write for #100IndianTinderTales. August and September have been difficult-ish this year too but not as bad as last year. I have had to deal with myself a lot but in happy news, I have been approached the Tinder stories in the west next year. 😊😊😊 This is all thanks to the Internet and all the people who have shared such personal stories to me. Okay here’s the story. ———- August was difficult and September followed August’s footsteps. It started with a small problem on my new laptop, followed by viral fever. Viral fever actually came as a relief. I could finally sleep and not answer the numerous interviews I had to. I slept. I knew after a few days I was going back to the life I knew. To routine. To drawing, reading, exercising, dancing, meeting folks when I felt like. The life of comfort and where I was in control. But my laptop decided not to power on and an eye infection that seemed mild, suddenly aggravated and became ungainly and painful. I spent days chasing the customer care folks figuring out if I’d have to pay Rs 42,000 or if it would be covered under warranty and my eye started to throw out gunk and pained. I couldn’t read a book or work on my old laptop and before I knew life as I knew it was slowly slipping away. I watched a lot of romcom and felt very inadequate. During the day I I told myself, « this was my time to rest and I am allowed rest, my work is a part of me, it doesn’t define me and I am more than my face. I have been meditating, am mindful, this is totally under control. » But I just wanted to escape, wanted to lead the life I knew, with the eyes I had, without the pain and uncertainty. But these are things i thought -« Are you just your work? » « You don’t even have a lover! » You don’t have kids! »  » Your life has no meaning. » « Where is your life going? » « You have no money. »  » And what if you look like this for the rest of your life, with this yellow stuff coming out of your eye, will anyone love you? »  » What if you can never work like you could? » « You are becoming an invalid. » « You are not loveable. » To add to it, the incessant rain was not helping.

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Kaviya a confié s’être inspirée de divers projets sur les médias sociaux dont #100IndianTinderTales, qui est un autre projet de 100 jours d’un artiste indien : Indu Harikumar. L’artiste a illustré l’expérience des utilisateurs Tinder en Inde selon -les histoires envoyées par des personnes qui utilisaient l’application de rencontres régulièrement. « Dans un pays où nous cachons immédiatement aux gens ne serait-ce que la mention du mot sexe, son projet génial a permis d’aborder des sujets tabous comme la sexualité, l’intimité et les désirs », a déclaré Kaviya.

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Et même si elle avoue devoir faire face a bon nombre de trolls sur Internet, elle reçoit aussi de nombreux messages de remerciements et d’encouragements de la part d’étrangers : « Les médias sociaux sont un moyen très puissant pour construire une communauté mondiale d’expériences partagées. De nombreuses femmes de pays comme le Pakistan ou le Brésil m’ont dit à quel point elles se retrouvaient dans mon travail. Cela m’a fait réaliser que peu importe d’où vous venez dans le monde, les émotions et les expérience que l’on traverse tous sont à peu près les mêmes ».

#100daysofdirtylaundry Day 46 – #firstworldproblems in a third world country. . . . What do you mean you don’t buy fair-trade, organic, artisanal, ethical, hand-curated, limited edition, sun-kissed by the divine African rays, direct from the farm, only the price of one kidney, Poop Coffee? Shame on you for drinking immoral capitalistic Starbucks! #idrinkonlyfromtapri #pretentiousprickproblems. . . The problem isn’t about ‘Sustainability’, the problem is about marketing my daadi’s humble Haldi Doodh as your over-priced Organic Turmeric Latte #stoooopit . . . . . #the100dayproject #illustration #instaart #healthy #digitalart #fad #sketch #instagood #design #instalike #pretentious #richkidsofinstagram #graphicdesign #ethicalfashion #crueltyfree #avacado #likes #marketing #artistsoninstagram #indianartist #india #organic #art #artist #fashionisweird

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