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Parc Maximilien : des milliers de citoyens belges mobilisés pour les migrants

Au parc Maximilien, le 21 janvier 2018. | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Société

La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur a annoncé que des opérations policières seront régulièrement menées au parc Maximilien. La première de ces interventions devait avoir lieu dimanche soir. La Plateforme citoyenne, mise au parfum par différentes « sources étatiques », a donc demandé aux migrants de rester loin du parc. Et aux citoyens belges de le remplir. 

 

Près de 3 000 personnes se sont rassemblées ce dimanche soir pour former une chaîne humaine entre la Gare du Nord et le parc Maximilien et témoigner leur désaccord avec la politique migratoire du gouvernement. Un succès inattendu pour cet événement lancé 48 heures plus tôt, en réponse aux interventions policières prochaines annoncées par Jan Jambon (N-VA), ministre de l’Intérieur. « On ne s’attendait pas à ce qu’il y ait autant de monde », témoignent en cœur deux bénévoles de la Plateforme citoyenne. Ils n’étaient pas les seuls.

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Au fur et à mesure que des maillons s’ajoutent à cette chaîne, encerclant le parc Maximilien, des cris de joie éclatent. La pluie n’a pas égratigné cet enthousiasme, qui, pendant une heure et demie, s’est traduit en chansons.

Citoyens présents, police absente

La police fédérale, qui avait prévu une opération à 20h, n’est jamais venue. « Qu’ils viennent », toise une manifestante. « Que voulez-vous qu’ils fassent ?! Nous sommes trop nombreux ! », rétorque son compagnon. Ce couple, accompagné de deux amis, n’a pourtant jamais hébergé de migrants chez eux. Tout comme, Margaux, une Etterbeekoise d’une soixantaine d’années, qui se tient devant une affiche placardée sur les murs de l’Office des Étrangers. « Retour volontaire », lit-on sur celle-ci. « Je voulais éviter qu’il y ait des rafles aujourd’hui. Je n’ai pas la place pour accueillir des personnes chez moi mais je trouve que la Plateforme fait un travail formidable. Être ici, c’est ma façon de leur dire bravo et merci », sourit-elle tout en resserrant son écharpe. Plus loin, Etienne explique vouloir témoigner son désaccord avec la politique migratoire menée par le gouvernement fédéral.

© BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

« Théo Francken (secrétaire d’État N-VA à l’Asile et la Migration, NdlR) est très populaire dans les sondages. Son omniprésence dans les médias lui permet de faire passer son message en utilisant des mots très durs. Des mots comme ‘nettoyage’, par exemple. Il passe beaucoup de temps à criminaliser les migrants et les sans-papiers. Et finalement, ça se ressent dans la société. Depuis qu’il est en place, on sent le racisme refaire surface. Et ça, c’est insupportable. J’ai voulu venir pour dire que je ne suis pas d’accord avec cette politique mais aussi pour montrer à ces messieurs de la N-VA qu’ils ne sont pas populaires auprès de tout le monde. Que leur message ne passe pas aussi facilement. Le fait qu’on soit aussi nombreux, c’est bien la preuve que le peuple ne veut pas de cette politique ». Etienne a préféré être chauffeur plutôt qu’hébergeur. « Chacun aide comme il peut. Je n’ai pas vraiment envie de laisser des inconnus chez moi si je ne suis pas là. Mais les conduire une fois de temps en temps… Ça ne me coûte rien et j’ai de la compagnie dans la voiture ! ».

Plus chauds que les fachos.

Alors que Medhi Kassou, coordinateur de la Plateforme citoyenne, passe le micro à Alexis Deswaef, le président de la Ligue des Droits de l’Homme, les manifestants filment autour d’eux, les bras tendus vers le ciel, l’air fier et ébahi. « Chauds, chauds, chauds, plus chauds que les fachos », crie un enfant dans les bras de père. Plus loin, un jeune Africain se frotte les yeux, gonflés de larmes de joie. Alexis Deswaef, qui peine à aligner trois phrases, entame son discours en saluant le refus des polices locales de Schaerbeek et Bruxelles-Ville de participer à l’intervention prévue le soir-même. « La solidarité n’est pas un délit ! La solidarité n’est pas punissable par la loi ! », scande-t-il devant un parterre de jeunes, moins jeunes, amants et amis qui répète ce message comme un seul homme. C’est précisément pour ça que Matthias, qui vit dans le Brabant wallon, est venu aujourd’hui.

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Divisé sur la question migratoire, il estime que le projet de loi sur les arrestations des sans-papiers à domicile, porté par les ministres de l’Intérieur et de la Justice, n’est « pas digne d’une démocratie ». « Je n’ai jamais hébergé mais j’y pense de plus en plus. Les sans-papiers n’ont commis aucun délit. Et des êtres humains ont le droit d’ouvrir leur porte à d’autres êtres humains s’ils en ont envie ».

Revenir demain au parc Maximilien

Quelques minutes plus tard, alors que la foule commence à se dissiper, un homme originaire de Vilvoorde interrompt timidement les bénévoles de la Plateforme. « Excusez-moi… Voilà, c’est la première fois que je viens au parc Maximilien. Est-ce qu’il y a encore des gens à héberger ce soir ? On a une voiture et deux lits à la maison et… Enfin, on peut prendre plusieurs personnes avec nous aujourd’hui, s’il faut, je ne sais pas… ». Ce soir, tous les migrants sont déjà logés. « N’hésitez pas à revenir la semaine prochaine, on aura besoin de vous », lui répond une des bénévoles. « C’est promis », salue-t-il, le sourire aux lèvres.

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