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Affaire Louba : L’ambassade de France en Ukraine « suit l’enquête de près »

Olias Barco et son épouse, Louba. | © DR

Société

Interrogée par Paris Match Belgique sur l’affaire Louba, l’épouse du réalisateur Olias Barco attaquée à l’acide en Ukraine, l’ambassadrice Isabelle Dumont dit « suivre l’affaire de près ».

Dans un entretien accordé à Paris Match Belgique, l’ambassadrice de France en Ukraine revient sur l’affaire Louba, l’épouse du réalisateur Olias Barco attaquée à l’acide en Ukraine. Elle évoque également la violence envers les femmes, la corruption ainsi que la situation économique globale du pays.

 

Paris Match. Vous avez été informée très rapidement de l’agression dont a fait l’objet Louba, l’épouse d’Olias Barco.

Isabelle Dumont, ambassadrice de France en Ukraine. Vendredi 22 décembre, je vois arriver sur mon ordinateur un courriel intitulé « Important – îlot de sécurité Dnipro ». Toute la matinée j’avais enchaîné les rendez-vous, mais cet intitulé a attiré mon regard. Partout en Ukraine, nous avons ce que nous appelons des « chefs d’îlots », ce sont des compatriotes installés dans les différentes régions du pays, qui ont accepté bénévolement d’assurer un soutien local en matière de sécurité. Dès qu’un incident important se produit, ils préviennent l’ambassade et apportent le soutien nécessaire sur les lieux. J’ai lu ce message, et découvert l’horreur qui s’était déroulée la veille au soir : une jeune femme, épouse d’un ressortissant français, avait été victime d’une attaque à l’acide. J’ai téléphoné à notre compatriote pour lui apporter un peu de réconfort moral, lui dire qu’il n’était pas seul. Mon objectif était aussi d’en savoir plus sur les circonstances, pour pouvoir agir auprès des autorités locales. Après lui avoir parlé, j’ai téléphoné au gouverneur de la région, qui était déjà au courant de l’attaque, et lui ai dit toute l’importance que j’attachais à ce qu’une enquête solide soit menée. Bien entendu, au-delà de mon intervention essentiellement symbolique, les services compétents de l’ambassade ont également contacté M. Barco pour apporter une aide plus opérationnelle, dans la limite de nos moyens.

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Les agressions à l’acide sont-elles à votre connaissance fréquentes en Ukraine ?

Jusqu’à présent je n’avais jamais entendu parler d’attaques à l’acide en Ukraine, en tout cas cela ne fait pas partie des modes habituels d’actions violentes dans ce pays. J’ai reparlé à M. Barco, qui m’a informé de l’évolution de l’état de santé de son épouse. Heureusement, le pire a été évité. Il faut maintenant, d’une part qu’elle poursuive son rétablissement, d’autre part que l’enquête aboutisse.

La violence contre les femmes y est-elle particulièrement répandue et aiguë ?

Il y a de la violence, y compris contre les femmes, il y a d’ailleurs des initiatives qui sont prises pour lutter contre cela, mais je ne dirais pas que c’est le problèmes de société numéro un en Ukraine. La violence contre les femmes existe comme dans de nombreux autres pays. On en parle en Ukraine aussi mais cela aurait pu se passer ailleurs. Il faut espérer que, dans le contexte mondial de l’attention portée aux violences contre les femmes, ce drame sera traité avec une attention particulière par les autorités ukrainiennes. Je rencontre régulièrement des ONG de défense des femmes qui travaillent dans toutes les régions. Ce n’est pas un tabou, ce n’est pas caché, c’est un problème. Est-il suffisamment traité ? Peut-être pas, mais il l’est sans doute insuffisamment dans tous les pays. Il y a un problème à l’évidence. Mais l’Ukraine, c’est aussi une société où il existe une liberté assez grande qui permet aux ONG de faire leur travail, et elles le font, comme dans d’autres sociétés.

Quelle importance a la corruption en Ukraine et peut-elle jouer un rôle dans une telle affaire ?

La corruption y est très répandue, ce n’est un secret pour personne. Elle touche aussi le système judiciaire. La conséquence est le climat d’impunité que cela crée pour certaines personnes. Mon attention dans cette affaire se porte avant tout sur le fait que la justice soit rendue. Ca prendra du temps, mais cela ne fait que trois semaines que les faits ont eu lieu (l’entretien a lieu le 19 janvier 2018. Ndlr). En France non plus, les coupables ne se retrouvent pas systématiquement en état d’arrestation après trois semaines d’enquête. Nous suivons les résultats policiers de près. C’est là qu’aura lieu le vrai test.

La situation économique est-elle le facteur aggravant par excellence ?

Je ne crois pas qu’il faille établir un lien entre cette affaire et la situation globale de l’Ukraine. Le cas que nous évoquons est très spécifique et je ne pense pas qu’il puisse être lié à une situation générale. Cela dit bien sûr, les difficultés globales que connaît le pays sont bien connues par les autorités elles-mêmes.

Votre engagement a été souligné par Olias Barco.

Le rôle qu’a été celui de l’ambassade est normal. Nous avons passé quelques coups de fil mais il est intéressant de voir que cela a pu surprendre. Je suis heureuse que Monsieur Barco se soit senti soutenu. C’est peut-être aussi l’occasion de faire passer le message à la population que la diplomatie française, parfois décriée, joue un rôle très concret. Beaucoup ont l’image des diplomates comme de gens passant leur temps dans les soirées avec champagne et petits fours. Il est bien de savoir en quoi consiste le soutien d’une ambassade.

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