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L’incroyable histoire d’Elisabeth Revol, alpiniste française coincée dans l’Himalaya et « sauvée par Internet »

Elisabeth Revol

Elisabeth Revol. | © Twitter : @AltitudePBlog

Société

Grâce à une incroyable opération de secours et une campagne de crowdfunfing, Elisabeth Revol a survécu au terme d’une folle course contre la montre.

 

Son sauvetage épique restera gravé dans les mémoires. Elisabeth Revol, une alpiniste française de 37 ans, a été secourue sur le neuvième plus haut sommet du monde, ce samedi 27 janvier. Sans vivres ni oxygène, c’est à plus de 8 100 mètres d’altitude que la Française et son coéquipier Tomek Mackiewicz se sont retrouvés coincés au sommet du mont Nanga Parbat, au Pakistan.

Sur les cimes de celle que l’on appelle « la montagne tueuse », 30 alpinistes ont déjà perdu la vie. Mais grâce à une incroyable opération de secours et une campagne de crowdfunfing, Elisabeth Revol a survécu au terme d’une folle course contre la montre. Un sauvetage qu’elle n’aurait pas pu espérer sans l’aide des internautes pendus au fil de sa périlleuse expédition.

Elisabeth Revol
Twitter : @ZabRevol

Le piège après l’exploit

L’hiver 2013, l’alpiniste originaire de la Drôme s’était lancée le défi de grimper les 8 125 mètres du Nanga Parbat. Mais après trois échecs, forcée de renoncer en raison de conditions météorologiques trop extrêmes, elle n’avait jamais dépassé les 7 500 mètres, atteints lors de sa dernière tentative en 2016. Hors de question de baisser les bras pour autant. Ce jeudi 25 janvier, Elisabeth Revol et son compagnon de cordée Tomek Mackiewicz retentent le coup et parviennent malgré les températures glaciales à réaliser leur exploit. Mais rapidement, le couple d’alpinistes est pris au piège. L’alerte est donnée alors que la jeune femme tente de descendre son coéquipier qui ne parvient plus à avancer. Un peu au-dessus de 7 200 mètres, elle prépare l’arrivée des secours… qui ne sont pourtant pas près d’arriver.

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Sollicités de toute urgence par les ambassades française et polonaise au Pakistan, les secours pakistanais traînent pour organiser une opération de secours héliportée. C’est alors qu’une levée de fonds est lancée sur Internet par des proches d’Elisabeth Revol. « Nous avons besoin d’argent pour mobiliser un hélicoptère », écrit l’un deux sur Facebook. En quelques heures à peine, 50 000 dollars sont récoltés en ligne, permettant le déroulement d’une opération encore incertaine. Bloquée à quelques mètres d’un véritable mur de glace, le passage le plus technique du mont, Elisabeth Revol peut compter sur le contact qu’elle maintient avec un ami par téléphone. « Les derniers messages que j’ai reçus d’Elisabeth ce matin indiquaient qu’elle a des gelures sévères sur [les] cinq orteils du pied gauche », écrit Ludovic Giambiasi sur Facebook samedi 27 janvier. « Elle est entièrement lucide. Et nous échangeons des messages continuellement. Là où elle se trouve, il n’y a pas de vent ni de nuage. »

Solidarité sur les réseaux pour Elisabeth Revol

Tandis qu’une expédition polonaise, basée au camp du K2, un autre sommet de l’Himalaya, envisage de venir en aide bénévolement (même si la tentative est périlleuse) à Elisabeth Revol et Tomek Mackiewicz, des centaines d’internautes suivent les nouvelles de l’opération au compte goutte. Sur Twitter, le journaliste Noé Michalon, dont la mère est la cousine d’Elisabeth Revol, raconte le sauvetage en quasi direct. « Un bout de femme de 37 ans qui a grimpé les plus hauts sommets (…) Elle a déjà participé à des expéditions risquées où elle a craint le pire, elle a toujours recommencé », écrit-il dans une série de messages. « Mais là c’est le défi de toute sa vie : après avoir réussi à récolter in extremis 50 000 dollars pour que les secours pakistanais agissent, les hélicoptères n’ont pas réussi à les approcher à cause du mauvais temps ».

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Comme lui, tous ceux qui suivent l’évolution de la situation ont « du mal à réaliser ce qu’il est en train de sa passer ». Forcée d’abandonner son coéquipier, la Française tente le tout pour le tout et décide de descendre seule le mur de glace par moins -45°C. « En début d’après-midi, elle n’a plus de batterie et n’est plus joignable. Les quelques comptes Twitter et Facebook qui donnaient de ses nouvelles craignent le pire, ses derniers messages disaient qu’elle avait soif et faim… », poursuit Noé Michelon à l’heure où le suspense devient insupportable. Finalement, deux hélicoptères de l’armée pakistanaise finissent par être affectés aux opérations de sauvetage et quatre alpinistes polonais en pleine ascension du K2 acceptent de se joindre aux secours. « Grâce à leur balise GPS, la grandissante communauté Twitter commence à suivre mètre après mètre la montée ahurissante que font ces héros qui ont plaqué leur rêve pour sauver une inconnue », lit-on encore sur les réseaux.

La « montagne tueuse » fait une nouvelle victime

Les « héros » Adam Bielecki et Denis Urubko parviennent à gravir 1 200 mètres de dénivelé en à peine huit heures. Une prouesse encore jamais réalisée dans l’histoire de l’alpinisme. Dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28, les sauveteurs finissent par retrouver Elisabeth Revol dans un état critique à un peu plus de 6 100 mètres d’altitude. Le cas de son homologue polonais Tomek Mackiewicz est quant à lui « sans espoir », les équipes de secours déclarant impossible de remonter le chercher. « Les conditions météorologiques et l’altitude mettraient la vie des sauveteurs dans un danger extrême. C’est une décision terrible et douloureuse. Notre tristesse est immense », a déclaré le logisticien de la Française Ludovic Giambiasi sur sa page Facebook.

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Ce dimanche matin, la Française miraculée a été transportée jusqu’à l’hôpital d’Islamabad au Pakistan afin de recevoir des premiers soins. Affaiblie et sous le choc de cette expérience proche de la mort, la jeune femme se tient sur ses deux jambes et le sourire aux lèvres aux côtés des organisateurs de l’opération. « Un énorme merci et un profond respect à Denis Urubko, Adam Bielicki, qui ont effectué une performance hors norme. Merci également aux autres secouristes, Jarek et Piotrek », a salué Ludovic Giambiasi, soulagé.

Contacté par le Dauphiné, Jean-Christophe Revol, l’époux d’Elisabeth, raconte : « Elisabeth a le moral, même si elle est en attente de soins à l’hôpital », assure-t-il. « Je suis soulagé de savoir ma femme en vie mais c’est compliqué (…) Il va falloir gérer son rapatriement mais surtout le décès de Tomek. C’est un drame… Elle a réussi l’ascension de Nanga Parbat mais elle revient seule ».

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