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L’alpiniste rescapée de l’Himalaya raconte son calvaire pour la première fois

Elisabeth Revol

Elisabeth Revol le 31 janvier à l'hôpital. | © AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES

Société

« Je savais que j’allais m’en sortir ». Depuis sa chambre d’hôpital, l’alpiniste Elisabeth Revol revient sur son aventure qui a tourné au cauchemar.

Elisabeth Revol voulait conquérir le 9e plus haut sommet de l’Himalaya en hiver, sans sherpa, ni oxygène. Une première pour une femme. Partie de France le 15 décembre, l’alpiniste expérimentée affrontait pour la septième fois cette montagne dite « tueuse » encordée au Polonais Tomasz Mackiewicz qui, lui, n’est pas rentrée. Depuis sa chambre d’hôpital, où elle est soignée pour des gelures graves aux deux mains et au pied gauche, Elisabeth revient pour l’AFP, cité par nos confrères de La Libre, sur cette « sacrée aventure » qui a viré au drame.

Quelques jours après le départ, à plus de 7 000 mètres d’altitude, les deux passionnés touchent au but. Mais le plaisir est de courte durée. Tomek ne voit plus rien. « Il n’avait pas utilisé de masque car il y avait un petit voile pendant la journée et à la tombée de la nuit, il a eu une ophtalmie (inflammation de l’œil, ndlr). On n’a pas pris une seconde au sommet. C’était la fuite vers le bas », explique la rescapée. Ils entament alors une descente « très longue » et compliquée, en pleine nuit, jusqu’au moment où son compagnon polonais n’arrive plus à respirer. « Il a enlevé la protection qu’il avait devant la bouche et a commencé à geler. Son nez devenait blanc et puis après les mains, les pieds », détaille celle qui envoie alors un message de détresse.

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AFP PHOTO / SAYED FAKHAR ABBAS

Quitter Tomek

Les deux alpinistes passent la nuit à l’abri du vent, dans une crevasse. Au lever du jour, la situation est dramatique, relate l’AFP. « Il avait du sang qui coulait en permanence de sa bouche », se souvient Elisabeth. Si Tomek n’est pas soigné dans les plus brefs délais, il ne survivra pas. Après avoir échangé de nombreux messages avec les secours, l’alpiniste comprend qu’elle doit descendre jusqu’à 6 000 m et laisser le blessé 1 200 m plus haut. Les secouristes le récupéreront plus tard en hélicoptère.

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Avant de quitter Tomek, elle tente de le rassurer : « Écoute, les hélicos arrivent en fin d’après-midi, moi je suis obligée de descendre, ils vont venir te récupérer ». Persuadée d’une issue heureuse, elle part « sans rien prendre, ni tente, ni duvet, rien ». « Parce que les hélicos arrivaient en fin d’après-midi », répète-t-elle. Mais ils ne sont pas arrivés.

Hallucination

Lors de sa seconde nuit dehors et seule, l’alpiniste était confiante. « Je savais que j’allais m’en sortir, j’étais dans mon trou, je grelotais de froid mais je n’étais pas dans une position désespérée. J’avais plus peur pour Tomek, beaucoup plus affaibli ». Alors qu’elle y avait toujours échappé, l’altitude lui provoque une hallucination. Elle pense devoir « donner une chaussure » pour remercier quelqu’un qui lui apportait du « thé chaud ». Après avoir passé cinq heures le pied à l’heure, c’est la gelure.

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AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES

Alors qu’elle se trouve à 6 800 m, Elisabeth décide de ne plus bouger pour « se préserver, emmagasiner de la chaleur ». Mais elle change d’avis lorsqu’elle apprend que les secours n’arriveront que le lendemain. « Ça commençait à être une question de survie », dit la Française, qui n’avait pas reçu le texto lui annonçant que deux alpinistes polonais partaient à sa rencontre, précise l’AFP. Elle entame alors une descente prudente, « calme », malgré des « gants humides », le « froid vif » qui gèle ses doigts et la « douleur » dès qu’elle tient une des cordes fixes de l’itinéraire.

Lorsqu’elle atteint le camp 2 à 6 300 m, vers 3h30, c’est le soulagement : elle tombe sur ses deux sauveteurs. « Je me suis mise à hurler et je me suis dit: c’est bon », ajoute l’alpiniste dont la voix se brise dans un sanglot. « Ça a été une grosse émotion ».

Et maintenant ?

« Récupérer au maximum », éviter peut-être l’amputation, et surtout « aller voir les enfants » de Tomek. Voilà l’avenir de la rescapée qui l’aborde au jour le jour. Après une telle aventure, la question est inévitable, osera-t-elle repartir en montagne ? Elle a « besoin de ça ». « C’est tellement beau ».

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