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Procès Abdeslam : au cœur de la fusillade de Forest

Fusillade Forest Salah Abdeslam

Le 15 mars 2016 une banale perquisition tourne à l'affrontement entre une cellule terroriste et la police belge et française. | © AFP PHOTO / EMMANUEL DUNAND

Société

Lundi 5 février, Salah Abdeslam, l’unique survivant du commando qui a perpétré les attentats de Paris, devrait son retour à Bruxelles sauf second report possible du procès . Il est attendu au Palais de Justice en compagnie de Sofiane Ayari, pour répondre d’une tentative d’assassinat dans un contexte terroriste.

Les faits concernent la fusillade survenue à Forest en mars 2016, au cours de laquelle les hommes de l’antiterrorisme ont failli perdre la vie en débusquant sans le savoir Abdeslam et ses complices. Comment les enquêteurs ont-ils découvert cette planque qu’ils croyaient vide ? Qu’est-ce qui a déclenché la fusillade ? De quelle manière les policiers ont-ils échappé aux tirs de Kalachnikov ? Paris Match a reconstitué ces instants où tout pouvait basculer.

Le Palais de Justice de Bruxelles se prépare à une prise d’assaut médiatique : dès lundi prochain, toute une cohorte de journalistes internationaux, suivie d’une flottille de camions-satellites, vont faire le siège du temple de Thémis, place Poelaert. La raison de ces grandes manœuvres ? La comparution de Salah Abdeslam devant le tribunal correctionnel, accompagné de Sofiane Ayari. Les deux prévenus auront à répondre d’une tentative d’assassinat (sur plusieurs policiers) dans un contexte terroriste.

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Pour la première fois depuis son arrestation rocambolesque et son incarcération, Salah Abdeslam, unique survivant du commando qui a semé la terreur et la mort dans Paris en novembre 2015, va réapparaître en public. Plus encore que son image, c’est sa parole que l’ond espère capter à l’occasion de ce procès sous haute surveillance. Parce que l’homme qui fut un temps le plus recherché d’Europe se mure dans le silence depuis près de deux ans. Détenu en France, à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis où il est placé à l’isolement et scruté 24 heures sur 24, le Molenbeekois refuse obstinément de collaborer avec la Justice.

Jusqu’à présent, les juges antiterroristes français se sont heurtés au mutisme absolu de celui qui, selon l’enquête judiciaire, a joué un rôle-clé dans la logistique et les préparatifs des attentats de Paris. Salah Abdeslam attend-t-il qu’une tribune lui soit offerte pour enfin s’expliquer ? Son avocat, le pénaliste bruxellois Sven Mary – qui avait jeté une première fois l’éponge estimant que le silence délibéré de son client l’empêchait d’assurer valablement sa défense -, parviendra-t-il cette fois-ci à obtenir de ce dernier qu’il ouvre la bouche ? Le procès le dira.

« C’est un miracle si on n’a pas perdu des gars »

Quoi qu’il en soit, Salah Abdeslam ne sera en aucune façon interrogé par les juges correctionnels sur sa participation aux attentats de Paris. Le Français sera de retour à Bruxelles uniquement pour répondre de son implication dans la fusillade qui a éclaté le 15 mars 2016, au numéro 60 de la rue du Dries à Forest, la planque où il se terrait en compagnie de Sofiane Ayari et Mohamed Belkaïd.

Ce jour-là, pensant perquisitionner un appartement vide, les policiers de l’antiterrorisme vont débusquer l’ennemi public numéro 1, en cavale depuis quatre mois. Violents échanges de coups de feu, course poursuite sur les toits, bouclage du quartier, hélicoptère, branle-bas de combat des unités spéciales : tous les ingrédients du film d’action sont réunis à l’heure des JT. Mais pour les policiers sur le terrain, c’était tout sauf du cinéma. Plusieurs auraient pu perdre la vie et l’un d’eux, blessé, conserve des séquelles importantes à l’heure qu’il est. Au final, Abdeslam et Ayari prolongeront leurs cavales de trois jours ; quant à Belkaïd, il mourra sous les balles d’un tireur d’élite de la DSU (Direction des unités spéciales).

Cet épisode peut sembler quasi anecdoctique au regard des autres faits tragiques pour lesquels Salah Abdeslam sera poursuivi ultérieurement, mais il n’empêche, l’enchaînement des circonstances qui l’ont amené, les protagonistes qu’il implique et les découvertes qu’il a permises, lui confèrent un réel intérêt pour la manifestation de la vérité. Sur base d’informations et de témoignages de première main, Paris Match a pu reconstituer le fil de cette « perquise » qui aurait pu très mal tourner et au sujet de laquelle un enquêteur nous confie : « C’est un miracle si on n’a pas perdu des gars ce jour-là ». Récit.

La planque déserte… qui ne l’était pas

Lorsqu’ils déboulent au premier étage de l’appartement forestois de la rue du Dries, les policiers de la DR3 (section antiterrorisme de la Police judiciaire fédérale de Bruxelles) ne s’attendent pas franchement à trouver qui que ce soit à l’intérieur, encore moins celui que tous les flics d’Europe traquent depuis le carnage parisien.

À vrai dire, ils sont plutôt sur la piste des frères El Bakraoui, futurs kamikazes de Zaventem et de Maelbeek. Ils l’ont en partie remontée grâce à la découverte, en octobre 2015 à Saint-Gilles, d’un atelier clandestin de confection de faux documents. L’enquête va alors révéler que le faussaire et un couple d’intermédiaires reliés à cet atelier ont fourni de fausses cartes d’identité à Khalid El Bakraoui. Mais également à d’autres membres de la cellule terroriste impliquée dans les attentats de Paris et de Bruxelles.

C’est à l’aide de l’une de ces fausses identités, répondant au nom de Mehdi Vandenbus, que Khalid El Bakraoui loue l’appartement de Forest. C’est aussi sous ce patronyme qu’il y fait ouvrir des compteurs auprès d’un fournisseur d’énergie en date du 1er décembre 2015. Il les ferme par la suite le 10 janvier 2016 et c’est précisément parce que l’endroit est privé de gaz et d’électricité depuis deux mois que les enquêteurs s’attendent à trouver un planque déserte lors de la perquisition de la mi-mars.

Or, il n’en est rien. À l’intérieur se trouve Salah Abdeslam donc, mais également Sofiane Ayari et Mohamed Belkaïd.

La suite de ce reportage exclusif dans le Paris Match Belgique du 1er février 2018

 

 

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