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À Yale, un cours sur le bonheur cache une sombre réalité

Dans les grandes universités américaines, la dépression guette. | © Pexels

Société

C’est le cours avec le plus inscrits depuis plus de 300 ans : le programme « bonheur » de Yale bat tous les records. Pour une raison bien inquiétante.

Le cours de psychologie du professeur Laurie Santos est définitivement le plus populaire de tout Yale. Chaque semaine, 1 182 étudiants se pressent dans la salle de concert de l’université américaine pour assister à une heure et quinze minutes de leçon – le plus grand nombre d’inscrits depuis 316 ans. Pour permettre le bon déroulement du cours, 24 professeurs ont été dépêchés pour épauler cette proposition académique. La mission de ce cours particulièrement apprécié des étudiants ? Leur apprendre à être heureux, tout simplement.

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Au programme, ni travail de groupe de longue haleine ni examen fastidieux : la professeur leur préfère des exercices de « réassignation » et un projet final d’« auto-amélioration », relate Slate à propos de ce cours de « psychologie positive ». On y apprend notamment à savourer une belle journée ou à entrer en contact avec une personne qui a le pouvoir de nous rendre plus heureux.

Une mauvaise nouvelle

Mais cet engouement pour le « cours de bonheur » de Mme Santos cache une réalité bien plus sombre qu’on ne l’imagine. Son succès semble en lien direct avec ce que certains médias ont déjà baptisé la « folie de l’admission à l’université » : dans l’espoir d’entrer dans une faculté de renom, les élèves sont poussés à participer à un véritable marathon d’auto-promotion, comprenant tests stressants et activités extra-scolaires sans fin. Et encore, il s’agit du meilleur des cas, celui où les futurs étudiants ont déjà les moyens de se payer un parcours académique de prestige.

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Suite à leur admission, la pression ne retombe pas, alors que ces jeunes adultes semblent avoir perdu la faculté de se détendre, et à penser à autre chose que leurs études. Ils ont dû « dépriorisé leur bonheur au profit d’une admission à l’école », décrypte ainsi Laurie Santos pour le New York Times, avant d’ajouter que l’inscription à son cours sonne comme un « appel à l’aide ».

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Car les statistiques le montrent : près de la moitié des étudiants se décrivent dans une situation désespérée, d’après la American College Health Association. Plus inquiétant encore, 37% des jeunes interrogés se sentent « si déprimés qu’il leur était difficile de fonctionner » ces douze derniers mois. Selon Slate, il existe également un réel problème d’accès aux services de santé mentale dans le pays, comme en Europe, pour les étudiants. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une solution idéale, ce « cours de bonheur » répond à un besoin urgent de la population estudiantine.

 

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