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Procès en direct : une peine de 20 ans de prison à l’encontre de Salah Abdeslam et Sofien Ayari

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Salah Abdeslam refuse de répondre aux questions. | © BELGA PHOTO POOL EMMANUEL DUNAND

Société

Salah Abdeslam comparaît pour la première fois publiquement lundi à Bruxelles, avec Sofien Ayari, pour sa participation présumée à la fusillade de la rue du Dries, à la fin de sa cavale en mars 2016.

 

L’enjeu de ce procès n’est pas celui des attentats du 13 novembre mais plutôt de savoir si Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos djihadistes, sortirait du mutisme qu’il observe face aux enquêteurs français depuis son arrestation en France en 2016. D’emblée, dès l’ouverture du procès, l’ennemi public n°1 a refusé de décliner son identité et de répondre aux questions. « Je ne souhaite pas répondre aux questions », a déclaré Salah Abdeslam à la juge présidant les débats, Marie-France Keutgen, qui l’interrogeait sur son identité.

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Le deuxième prévenu, Sofien Ayari, a accepté, lui, de collaborer et reconnaît sa présence le 15 mars 2016 dans l’appartement du numéro 60 de la rue du Dries, au moment de la perquisition. Il logeait là avec Salah Abdeslam et Mohamed Belkaid. « Êtes-vous favorable à Daech ? », lui a demandé la présidente. « Ca dépend de plusieurs facteurs. J’adhère à certains points, pas à tous. On ne peut pas être d’accord à 100% avec l’EI. Je suis d’accord avec eux quand ils combattent Bachar El Assad », a-t-il répondu selon le quotidien belge L’Écho.

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BELGA PHOTO POOL DANNY GYS

ADN sur la kalachnikov

Quant aux traces de son ADN retrouvées sur une des kalachnikov abandonnées dans la cour intérieure, Sofien Ayari ne conteste pas l’information mais dit avoir manipulé l’arme bien avant l’intervention de la police. Pour le Tunisien de 24 ans, c’est Mohamed Belkaïd, mort le jour des faits, qui a utilisé les deux armes. Abdeslam et lui-même n’ont pas tiré.

À la question de la présidente sur les attentats commis par Daech en Europe, Ayari affirme qu’il n’y a pas participé et qu’il n’avait qu’un seul objectif : revenir en Syrie. « Vouliez-vous rejoindre les rangs de l’EI ? », lui demande la présidente. « Oui, je n’avais pas d’autre choix, je risquais la prison dans mon pays ».

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« Il n’y a pas de présomption d’innocence »

Vers 11h, soit deux heures après le début du procès, Salah Abdeslam est de nouveau interrogé, mais ne souhaite toujours pas collaborer. À la question sur la raison de sa présence, l’ennemi public répond : « On m’a demandé d’être là alors je suis venu. On m’accuse, je garde le silence, il ne fait pas de moi un criminel ou un coupable. (…) Je constate que les musulmans sont jugés et traités de la pire des manières, impitoyablement, c’est ce que je constate, il n’y a pas de présomption d’innocence, il n’y a rien », a-t-il répondu tout en restant assis car il est « fatigué ». Il accuse les médias et demande que, dans son procès, on se base « sur des preuves tangibles et scientifiques ». Celui qui veut garder le silence sera représenté par son avocat Sven Mary, qui parlera pour lui.

20 ans de prison à l’encontre de Salah Abdeslam et Sofien Ayari

Le procureur fédéral Kathleen Grosjean a finalement requis ce lundi 5 février devant le tribunal correctionnel de Bruxelles une peine de 20 ans de prison à l’encontre des prévenus Salah Abdeslam et Sofien Ayari, pour tentatives d’assassinats terroristes sur des policiers, le 15 mars 2016 à Forest.

Le parquet estime que les prévenus doivent être considérés comme co-auteurs, même si l’un d’entre eux n’a pas tiré sur les policiers puisqu’il n’y avait que deux fusils dans l’appartement.

Les trois hommes se sont répartis les tâches, ils ont décidé ensemble d’un plan d’attaque, de laisser Belkaïd sur place – parce qu’il était blessé – pour résister au maximum aux policiers, a souligné le procureur. « Ils avaient parfaitement conscience qu’ils allaient tenter de commettre des assassinats. » Puis les deux autres sont partis avec une arme et un GSM, mais « ils étaient tous les trois prêts à mourir ». La représentante du ministère public a aussi relevé que les faits s’étaient déroulés dans un quartier densément peuplé, qualifiant le fait qu’il n’y ait pas eu de victime de « miracle ».

Le procureur a enfin rappelé le contexte traumatisant pour la population dans lequel les faits s’étaient inscrits, quelques mois après les attentats de Paris. Elle a également requis une période de sûreté de 13 ans et une déchéance des droits civils et politiques des prévenus.

Pas d’audience mardi dans le procès d’Abdeslam

Contrairement à ce qui était prévu, le procès de Salah Abdeslam et Sofien Ayari ne se poursuivra que jeudi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, a indiqué la présidente Marie-France Keutgen lundi peu après 16h30, avant de suspendre l’audience.

Le procès devait initialement se dérouler lundi, mardi, jeudi et vendredi. L’avocat de Salah Abdeslam Sven Mary ayant demandé un certain délai afin de pouvoir étudier le réquisitoire et préparer sa défense avec son client qui est incarcéré dans le nord de la France, il a été décidé d’éviter de faire revenir le tribunal pour les plaidoiries restantes de parties civiles mardi matin, ce qui permettra d’économiser un important déploiement de mesures de sécurité pour quelques heures seulement.

Les plaidoiries restantes auront donc lieu jeudi matin et Me Mary plaidera dans l’après-midi.

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