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Loup Bureau : son quotidien en prison dévoilé à travers des « souvenirs » de cellule

Loup Bureau a été libéré en septembre 2017 | © AFP PHOTO / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Société

Six mois après sa sortie d’une prison turque, le jeune journaliste donne de ses nouvelles à travers une série de documents. Le début d’un projet de chroniques ?

Le mois d’août venait de pointer le bout de son nez dans le morne ciel d’été belge, en même temps qu’une nouvelle inquiétante : Loup Bureau, 27 ans, a été arrêté au poste-frontière de Habur entre l’Irak et la Turquie, en possession de photographies et d’interviews de combattants kurdes syriens des YPG – une extension des séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan. Jeune journaliste, alors toujours étudiant à l’IHECS de Bruxelles, il était pourtant habitué aux reportages au Moyen-Orient. Après cinq jours en garde à vue, le jeune Français est incarcéré dans la ville de Sirnak, dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, pour une durée de sept jours. Sa détention durera en réalité 51 jours.

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Depuis, le journaliste est resté relativement discret. « Tout ce qui s’est passé a tellement impacté mes proches. Je voudrais faire ce métier, mais il y a aussi beaucoup de choses à raconter en France. Je ne sais pas si je repartirai… », avait-il confié au magazine Les Jours, peu après sa sortie. Six mois plus tard, quelques tweets de Loup Bureau nous dévoilent qu’il n’a pas définitivement tourné la page de son épreuve turque.

Loup Bureau partageait lundi soir une série de documents, seuls souvenirs matériels de sa détention. Une liste, d’abord, de mots turcs pucés. À côté de certains d’entre eux, les traductions « confiture », « lait », « gel douche ». Le jeune diplômé en journalisme raconte : « Ça, c’est la liste de tout ce qu’on peut acheter dans une prison de haute de sécurité en Turquie. Il y’a un petit marché au sein même de la prison. Je ne l’ai appris qu’au bout de trois semaines. Au départ les gardiens ne passaient jamais me demander ce dont j’avais besoin ».

Une grêve de la faim… inutile en Turquie

On apprend ensuite que près d’un mois après le début de son incarcération, Loup Bureau avait entamé une grêve de la faim. « J’étais désespéré, et ce dont j’avais le plus besoin à ce moment-là, c’était des nouvelles de mes proches« , confie-t-il. « Finalement, j’ai arrêté au bout de 4 jours. Mesut mon avocat turc m’a convaincu qu’en Turquie, en 2017, cela ne servait absolument à rien de faire une grève de la faim ».

Durant ce mois d’août 2017, la famille et les amis de Loup, très impliqués, avaient lancé une opération « cartes postales » pour le soutenir durant les longues heures à attendre dans sa cellule. Seule condition : les missives devaient être écrites en turc pour passer le contrôle du courrier. Une langue que le journaliste ne maitrise pas, contrairement à l’arabe… Une nouvelle photo montre ainsi le « dictionnaire » personnalisé de l’étudiant d’alors : « Des mots récurrents reçus sur des cartes postales, début septembre, et que j’essayais de traduire au fur et à mesure. Ces dernières m’ont apporté un soutien indispensable ».

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Dans d’autres tweets, Loup Bureau revient sur son seul passe-temps : des sudokus griffonés sur le moindre bout de papier disponible. Il retranscrit également chaque bandeau télévisé mentionnant le président Emmanuel Macron, afin de tenter de les traduire plus tard. Il a peu de contacts et de nouvelles de l’extérieur et s’imagine déjà passer des années en prison.

Sa libération aura finalement lieu début septembre, alors que sa famille s’apprêtait à entrer dans une longue bataille contre la Turquie. Ce 5 février 2018, le journaliste s’exprime quant à l’histoire qui pourrait naitre de cette expérience difficile : « Je n’ai pas abandonné le projet que j’avais de mettre en page mes chroniques écrites durant la détention. Je prends contact ici et là avec des journalistes pour avoir des retours sur mes écrits et l’intérêt qu’elles revêtent ». Et d’orienter une éventuelle future collaboration, en BD peut-être, un format qu’il « apprécie tout particulièrement ».

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