Paris Match Belgique

Des musulmanes dénoncent le harcèlement sexuel lors du pèlerinage de La Mecque

Selon un témoignage, "les femmes se font toujours harceler durant le hajj" | © Flickr @ Al Jazeera English

Société

Chaque année, ce ne sont pas moins de 2 millions de musulmans qui mettent le cap sur l’Arabie saoudite pour le hajj, le pèlerinage vers La Mecque. Parmi eux, un peu moins de 50% de femmes, dont certaines dénoncent aujourd’hui le harcèlement sexuel dont elles ont été victimes sur le chemin de la terre sainte. 

À l’origine de ces dénonciations, le post Facebook d’une jeune musulmane d’origine pakistanaise du nom de Sabeeca Khan. Dans un long message posté sur son compte, cette dernière revient sur son pèlerinage vers La Mecque, en commençant par s’excuser si ses mots heurtent les « sensibilités religieuses » de certains de ses followers. Car le comportement qu’elle relate, et dont elle a été victime, est tout sauf pieux. Alors qu’elle était en plein tawaf, un des rituels du pèlerinage qui consiste à faire sept fois le tour de la Kaaba, Sabeeca raconte en effet avoir senti une main sur sa taille. Un contact indésirable qu’elle a d’abord attribué à une simple maladresse. Jusqu’à ce que l’incident se reproduise de manière plus agressive.

« J’en étais à mon 6e tawaf quand j’ai tout à coup senti quelque chose me toucher les fesses de manière très agressive. Je me suis sentie littéralement gelée sur place, je ne savais pas si c’était intentionnel ou pas. Je ne pouvais pas partir, parce que la foule était trop dense, alors j’ai continué à tourner. C’est là que quelqu’un m’a pincé les fesses, et cette fois, j’ai attrapé sa main et je l’ai repoussée ». Impossible toutefois dans la foule de discerner l’auteur des faits.

Je me suis sentie incroyablement violée, incapable de parler. Je savais que ça ne servait à rien de dire quelque chose parce que personne ne me croirait, à part peut-être ma mère. Quand je suis retournée dans ma chambre d’hôtel, je lui ai immédiatement raconté ce qui s’était passé, et elle m’a interdit de retourner à La Mecque toute seule.
– Sabeeca Khan

Et la jeune femme de souligner à quel point « c’est triste de se dire qu’on ne peut même pas se sentir en sécurité dans des lieux sacrés ». Car il semblerait que Sabeeca soit loin d’être la seule à avoir été victime de tels attouchements lors du hajj.

Lire aussi > La censure d’un film sur le viol fait (enfin) souffler un vent de #MeToo au Pakistan

Très vite, son post initial est en effet partagé plus de 2 000 fois et les témoignages se multiplient. Parmi eux, celui d’une jeune musulmane ayant choisi de rester anonyme, qui raconte ce dont elle a été victime lors de son pèlerinage alors qu’elle avait 13 ans seulement. « J’étais en rue avec ma mère quand on a soudainement été séparées. Un homme est sorti de son magasin et il a commencé à me toucher de manière totalement inappropriée, à me caresser les seins. J’étais incapable de bouger, de crier ou de faire quoi que ce soit. J’étais tellement terrorisée que je ne pouvais pas réagir. Le pire, c’est que pendant très longtemps, j’ai eu honte, j’ai cru que ce qui m’était arrivé était de ma faute, que j’avais provoqué cet homme d’une manière ou d’une autre ».

Khadijah, une jeune musulmane d’origine américaine, se souvient quant à elle de ce chauffeur de taxi, qui a posé sa main sur sa cuisse dès qu’elle est entrée dans son véhicule. Un comportement qui l’a poussée à en sortir sur le champ, pour entrer dans un autre taxi… où le chauffeur n’a pas hésité à s’exhiber. Et Khadijah d’ajouter sombrement que « les femmes se font toujours harceler durant le hajj ». À  moins que la parole soudain libérée n’y donne enfin lieu à un changement de mentalités semblable à celui lancé par le mouvement #MeToo à Hollywood. Inchallah. 

CIM Internet