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Nuit des Noirs : La tradition du carnaval de Dunkerque qui dérange

Photo prise lors du carnaval de Dunkerque, le 14 février 2010. | © AFP

Société

Dans une tribune publiée dans Le Monde, le maire de Dunkerque plaide pour un droit au « rire ensemble » et à la « caricature ».

 

Survenue en décembre dernier, au lendemain du « blackface » d’Antoine Griezmann qui a affolé la toile, la polémique resurgit alors que démarrent ce dimanche les festivités du carnaval de Dunkerque.

Le soir de la traditionnelle « Nuit des Noirs », les participants se griment le visage en noir, accoutrés de déguisements et autres accessoires inspirés des meneurs de revue de Joséphine Baker. À l’heure où l’organisation de la « Nuit des noirs » s’apprête à célébrer cette année ses cinquante ans d’existence, leur costume fait encore débat dans l’opinion publique. Considéré par les uns comme un acte raciste, soulevant « une polémique vide de sens et inutile » pour les autres.

carnaval dunkerque
Un carnavalier déguisé à l’occasion de la Nuit des Noirs, le 2 mars 2014. © AFP

Racisme déguisé

Parmi les plusieurs dizaines de milliers de « carnavaleux » aux perruques et déguisements grotesques défilant dans les rues de Dunkerque, certains font encore le choix d’un costume suivant la lignée de la tradition américaine du « blackface », pourtant bannie aux Etats-Unis depuis les années 60. Mais à Dunkerque, on défend avant tout une tradition vieille de cinq décennies qui n’est en rien une moquerie. Ceci, malgré la colère d’associations anti-racistes qui voient dans cette tradition un acte purement raciste.

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En décembre dernier, « la brigade anti-négrophobie » avait pris d’assaut la tradition ainsi que ces défenseurs en leur adressant un message sur Facebook : «  L’occasion de rappeler aux organisateurs/trices que notre couleur de peau n’est pas un déguisement, et que le Blackface ressuscite les années les plus pâles de la négrophobie structurelle à l’origine de l’humiliation et de la mort de nombreux/ses noir.e.s. », avait-elle écrit. Dans le camp adverse, certains ont préféré répondre par le silence, quand d’autres ont estimé la polémique « ridicule », comme l’avait déclaré le président des Pénelècres, une association défendant le parler dunkerquois, selon qui : « on crée des problèmes là où il n’y en a pas » en cherchant « la petite bête ».

Le droit à caricature

Il était donc temps que le maire de Dunkerque s’exprime à ce sujet. Dans une tribune publiée dans Le Monde ce samedi 10 février, Patrick Vergriete plaide pour un droit au « rire ensemble » et « à la caricature » en ce temps de « mélange joyeux » qu’est le carnaval. Pour lui, l’événement met en avant trois valeurs de la République : l’égalité (« dans nos rues se retrouvent riches et pauvres, ouvriers et patrons, jeunes et vieux, femmes et hommes, croyants et incroyants, sans distinction d’origine« ), la fraternité (« le carnaval, c’est un temps de mélange joyeux qui symbolise une union, une fierté d’appartenance, l’identité partagée, la volonté de faire « cité commune »« ) et enfin la liberté : « pendant le carnaval, j’ose le dire, Dunkerque est une capitale de la liberté. Tout ou presque y est permis. Le déguisement est au coeur de la fête et il est le moteur de la transgression« , explique le maire.

C’est parce que l’on se moque de soi par son accoutrement que l’on peut brocarder l’autre.

Des propos qui peinent à convaincre le président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), Louis-Georges Tin, qui proteste dans la même tribune : « Le blackface n’est pas seulement un acte raciste, il a partie liée avec le crime contre l’humanité. Il est l’envers grimaçant de l’esclavage, qu’il a rendu tolérable, voire tout à fait divertissant, aux yeux des peuples d’Occident ».

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S’il ne réclame pas l’annulation de la « Nuit des Noirs », M. Tin propose d’en faire évoluer la thématique, « de la transformer en ‘Nuit des bleus’, par exemple, en évitant désormais toute référence coloniale ».

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