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Test ADN récréatif : Effet de mode ou réel besoin ?

Test ADN

Les tests récréatifs peuvent-ils remplacer un test "scientifique" en bonne et due forme ? | © AFP PHOTO / GEORGES GOBET

Société

De plus en plus de personnes veulent connaitre leurs origines et ont recours à des tests ADN à des fins récréatives. Mais comment retrouver ses plus vieux cousins avec la généalogie génétique ? Ces tests sont-ils fiables et quelles sont leurs limites scientifiques et éthiques ? Éclairage.

Une petite tige, un pot, une enveloppe brune. Rajoutez à ceci quelques gouttes de salive frottés à l’intérieur de la bouche, la petite fiole aussitôt refermée et voilà votre précieux ADN en route vers un laboratoire, expédié par colis postal. La procédure pour effectuer un test récréatif, qui s’est considérablement simplifiée ces dernières année, n’est pas plus difficile que cela. Tout le monde peut se tester et en apprendre plus sur ses origines.

Quelques semaines de patience avant d’obtenir les résultats et vous saurez enfin si vous avez des origines vikings ou si votre grand-père avait raison quand il évoquait des origines espagnoles. Démocratisée aussi, le prix varie selon le type de test choisi : Comptez de 80 à 200 euros environ tout de même. Un prix que certains n’hésitent toutefois pas à mettre pour avoir le plaisir de connaître leurs origines biologiques. Et ils sont de plus en plus nombreux à être accro aux tests. Au pluriel, Il en existe différentes sortes du plus simplifié au plus complexe. Le plus basique est le test autosomal qui vous permettra d’analyser les 22 chromosomes autosomes tandis que le test matrilinéaire remontera la lignée des femmes, de mère en mère et ce jusqu’à l’ Eve biologique, une ancêtre théorique, commune à tous et que les chercheurs font vivre à il y a plus de 100.000 ans.

Une drôle d’arrière-arrière-arrière grand-mère !

C’est cette Eve mitochondriale qui sert de référent pour les résultats des tests matrilinéaires, et enfin le test patrilinéaire qui permettra d’étudier la lignée biologique des mâles. A condition bien sûr qu’il n’y ai pas eu d’ “événements non monitorés” , lisez entre les lignes d’enfants illégitimes ou dont l’adoption serait passé sous les radars.

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Il existe une certaine injustice dans le sens où les femmes pourront passer un test autosomal et un test matrilinéaire mais, ne possédant logiquement pas de chromosome Y, elles seront de facto exclues de ce coté là de la recherche. Ce qui ne les empêche pas de faire appel à un père, un frère, un cousin pour en apprendre plus sur ce côté là de la famille.

37,67, 111 ?

Selon le nombre de marqueurs auquel votre précieux génome sera comparé, les résultats seront plus ou moins pointus. Dans le cadre des tests patrilinéaires, il est possible de tester 37, 67, 111 marqueurs ce qui affinera vos résultats. Ceci peut se révéler d’importance lorsque vous comparez les résultats avec d’autres. Car la généalogique génétique ne développe tout son potentiel que dans la comparaison avec d’autres résultats , il vous sera ainsi possible de trouver des “cousins biologiques”, de comparer les patronymes, les lieux auxquels sont liés vos résultats et espérer aller au-delà de la recherche généalogique classique.

Et notre ADN Noir-Jaune-Rouge ?

En Belgique, une recherche scientifique menée par un partenariat entre la KUL et Familiekunde Vlaanderen, la fédération néerlandophone de généalogie se concentre sur l’étude des hommes du Brabant en effectuant une astucieuse comparaison entre les haplogroupes des messieurs testés et leur nom de famille, permettant ainsi de faire des liens entre membres d’une même famille portant des noms approchant mais non exactement similaires. Cette étude commencée en 2007, en appelle d’autres et montre l’utilité précieuse de la génétique appliquée à la généalogie.

Avec des visées plus commerciales, la spin-off de l’ULB/VUB, GenePlaza est ,elle, en plein développement. Preuve de l’intérêt belge pour le marché car la généalogie génétique suscite un grand intérêt Outre-Atlantique et si l’engouement prend en Europe, ce sont des millions de personnes qui pourraient être intéressés par leurs origines biologiques.

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Ces sociétés sont donc empressées, oui mais parfois en proie à des législations strictes en ce qui concerne la protection des données privées, et ce n’est pas la nouvelle directive rentrant en vigueur le 25 mai prochain qui va arranger les choses, que du contraire. Les test ADN à des fins récréatives sont même interdits en France et une pétition a été lancée en 2017 récoltant de nombreuses signatures pour réclamer un accès à cette nouvelle façon de faire de la généalogie.

Un grand succès de vente...

Aux États-Unis, lors du Black Friday,ils sont plus de 1,5 millions à avoir commandé un test pour la seule AncestryDNA mais des compagnies comme MyHeritageDNA, FamilyTreeDNA et LivingDNA affichent aussi des chiffres vertigineux. C’est que les deux premières leader du marché international en matière de base de données généalogiques ont eu le bon réflexe de créer une branche spécialement dédiée à ces recherches lorsque le marché classique s’est mis à stagner en 2010. Depuis, elles se partagent le gâteau, rejoints par des sociétés uniquement dédiée à la recherche génétique récréative (comme Living DNA, HomeDNA etc. )

...qui pose question tout de même !

Alors un effet de mode, les test ADN ? Oui et non. Il peut être amusant de se tester, pour connaître ses origines biologiques et surtout si on a déjà fait une partie de son arbre généalogique et des besoins, en légitimité paternelle notamment,peuvent survenir mais la généalogie génétique appelle aussi des questions éthiques, notamment le traitement des données par les différents acteurs du marché, de même qu’une éducation aux sujet pour s’y retrouver dans une matière complexe mais fascinante.

Marie Cappart, généalogiste, est l'auteur du site Histoires de familles

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