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Quand la réalité virtuelle aide un pasteur à gagner des fidèles

Pour les convertis, le futur de l'Église sera forcément virtuel | © Flickr @ Andrew Albosta

Société

Jésus Christ Superstar ? À l’heure des influenceurs et des pasteurs devenus célèbres à coups de prêches enflammés, l’un deux, D.J. Soto, a eu l’idée de recourir à la réalité virtuelle pour dépoussièrer l’image de l’Église et moderniser la messe. Un concept qui attire des fidèles bien réels. 

Et si l’association de la religion catholique et de la réalité vituelle peut surprendre, elle tombe en réalité sous le sens, l’univers illimité et fantastique offert par la RV n’étant après tout qu’une version moderne de la terre promise. Avec le bénéfice ajouté que tout qui peut s’y rendre en pélerinage à condition d’être muni du matériel approprié. Ou comment ramener dans son giron les brebis égarées, où que ces dernières se trouvent. D’ailleurs, quand il a découvert l’univers virtuel AltSpaceVR, D.J. Soto était lui-même quelque peu à la dérive. Désabusé par les contraintes imposées aux croyants par l’Église, ce jeune pasteur originaire de Pennsylvanie désirait trouver un moyen de prêcher la bonne parole au plus grand nombre de personnes. Pas question pour lui de se contenter du public toujours plus clairsemé présent à l’église le dimanche. D’abord parti pour traverser le pays en camping-car avec sa femme et leurs 5 enfants, D.J. Soto réalise rapidement que son plan d’organiser des séances de lectures de la Bible dans les bars ou les salles de gym demande quelques adaptations. Et décide dans la foulée d’amener Jésus à la transition numérique.

Pionniers prophétiques

Ou plutôt, de dépasser les parois du réel pour lancer une église en réalité virtuelle. Car en ce qui concerne la transition numérique, pas de quoi rougir du côté de la religion catholique, entre compte Twitter pour le Pape François et églises en ligne pour permettre aux personnes âgées ou à mobilité réduite de participer tout de même aux services. Des initiatives modernes, mais manquant toutefois un peu de matérialité. Or compte son nom l’indique, la réalité virtuelle n’a pas son pareil pour rendre l’imaginaire tangible. Ou dans le cas de D.J. Soto, rassembler dans un lieu commun des croyants venus des quatre coins de la planète. VR Church, la première église entièrement virtuelle, était née.

Prosélytisme en ligne

Pionnier, D.J. Soto ? Si son approche peut sembler révolutionnaire, il ne fait pourtant que s’inscrire dans une longue tradition d’appropriation des nouveaux médias par l’Église pour la diffusion de ses messages. Les premières presses n’ont-elles ainsi pas été utilisées pour diffuser des écrits religieux ? Et que dire du chatbot du Pape, qui encourage ceux qui le contactent à prier ? En surfant sur la popularité croissante de la réalité virtuelle pour prêcher, D.J. Soto attire aussi bien des chrétiens connectés que des croyants déçus par l’Église ou encore des athées, qui sont toujours plus nombreux à assister à ses sermons virtuels sur l’amour de Dieu et le salut de l’âme.

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Reste que pour continuer à prêcher la bonne parole, D.J. Soto est à la croisée des chemins. Si les casques de RV se multiplient et se démocratisent, ils entraînent avec eux la création de mondes virtuels supplémentaires, alors même qu’AltSpaceVR, à l’image de son ancêtre Second Life, est doucement en train de devenir obsolète. La solution pour éviter les Ténèbres : ouvrir des branches de son église virtuelle sur des plateformes plus récentes telles que Sansar ou High Fidelity. Un développement coûteux, nécessitant des investissement mais aussi un véritable miracle : parvenir à faire comprendre aux élites de l’Église traditionnelle que le futur de cette dernière sera forcément virtuel. Pas évident, quand on sait que le consensus actuel est que la réalité virtuelle est la porte ouverte au péché et représente un risque d’éloigner les croyants de leur famille et de leur communauté de fidèles. D’autant qu’il y a le problème des sacrements. Et sur la question, la position de l’Église est sans équivoque : ainsi que le Vatican l’a déclaré officiellement il y a 15 ans déjà, « la réalité virtuelle ne peut pas se subsituer à la présence du Christ dans l’Eucharistie. Les sacrements en ligne n’existent pas ». L’église virtuelle de D.J. Soto, elle, est pourtant bien réelle et suscite l’engouement des (non-)croyants, mais les réticences qu’il rencontre au sein du culte catholique rappellent que nul n’est prophète en son pays.

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