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Le live-tweet glaçant de la fusillade dans une école de Floride

Le jeune "Aidan" a fait office de "reporter" sur les lieux de la fusillade. | © Twitter/@TheCaptainAidan

Société

En Floride, alors qu’une école subissait le siège d’un adolescent armé, certains lycéens ont partagé heure après heure leur expérience traumatisante sur les réseaux sociaux. Des messages qui ont provoqué du soutien, mais aussi quelques critiques.

On ne peut imaginer ce qui peut nous passer par la tête en pleine fusillade d’une école secondaire, avant d’être réellement la cible de la fureur d’un tueur adolescent. Les lycéens de Marjory Stoneman Douglas de Parkland, au sud-est de la Floride, eux, le savent depuis ce 14 février. Alors que l’assaillant armé, un ancien élève de l’école, était dans le bâtiment, certains d’entre eux ont même partagé leur terrible expérience sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter. La plupart d’entre eux ne connaissaient alors pas l’horrible dénouement de l’évènement : 17 de leurs camarades et membres du personnel éducatif sont morts sous les balles de Nikolas Cruz.

Tandis que Donald Trump tweetait dans la soirée qu’« aucun enfant, professeur ou qui que ce soit d’autre ne devrait se sentir en danger dans une école américaine », c’est pourtant bien la terreur qui animait les élèves de Marjory Stoneman Douglas ce 14 février. « Mon école est victime d’une fusillade et je suis coincé à l’intérieur. J’ai p***** de peur en ce moment », publiait aux alentours de 18 heures un jeune élève de première année, qui répond au pseudonyme de « Aidan ». « Une fusillade a lieu dans notre école, je ne rigole pas, je vais mourir », tweetait quant à elle Heather, une adolescente du lycée. « Je veux rentrer à la maison, je veux rentrer à la maison, je veux rentrer à la maison… », ajoutait-elle quelques minutes plus tard.

Pas présente sur les lieux de la fusillade, mais en contact avec son petit frère confiné dans une classe de l’école, une autre adolescente a posté une vidéo de l’intervention du SWAT américain dans le lycée.

Des soutiens à distance

Des appels à l’aide publiés sur les réseaux sociaux qui, pour certains internautes, faisaient écho à leur propre histoire. « J’y ai survécu. Tout va bien se passer. Accroche-toi, ma chérie. Reste tranquille. Aide quiconque est blessé. Reste calme. Tout va bien se passer. Je te promets que tout va bien se passer, mon cœur », a répondu une twitto dans un message de soutien plein de compassion et à la fois glaçant, manifestement rescapée d’une expérience similaire. C’est que selon la fondatrice d’une association américaine de prévention contre les armes en milieu scolaire, « il s’agit de la 291e fusillade en milieu scolaire depuis le début de 2013 ». La 18ème rien que depuis le début de l’année 2018, d’après plusieurs médias.

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Postée derrière son écran, une autre internaute tweetait ainsi : « J’ai vécu ça. J’étais roulée en boule comme je le pouvais durant trois heures, et je me suis cachée sous l’une de ces chaises parce qu’il n’y avait plus de place dans la pièce contre le mur. Je prie pour que vous puissiez tous sortir de là et guérir de ce traumatisme ».

Sacrée « génération Z »…

Mais tous ne voient pas d’un très bon œil ces échanges postés sur les réseaux, en plein milieu d’un drame. Alors que certains avertissaient les adolescents que les informations divulguées dans leurs tweets pouvaient les mettre en danger – leur localisation, notamment -, d’autres s’indignaient du manque de « sens des priorités » des étudiants dans des instants pareils. Mark Dice, un chroniqueur au million d’abonnés sur YouTube, demandait ainsi qu’on signale à « la génération Z qu’en cas de fusillade dans une école, ils devraient appeler le 911 plutôt que de poster des vidéos sur Snapchat ».

Un message relativement condescendant auquel une élève de l’école réagissait dans la nuit : « 17 personnes sont mortes. 17 de mes camarades. Et c’est comme ça que vous répondez, p***** ? Il faut être un c****** sans cœur pour tweeter quelque chose comme ça. Et au fait, alors qu’on courait pour nos vies, on appelait le 911 à un point tel qu’ils nous ont dit de ne plus le faire ».

Mais alors qu’aucune nouvelle législation particulière concernant les armes à feu ne semble prête à être prise aux États-Unis, et que les jeunes sont de plus en plus connectés, ce genre de scénario médiatique devrait avoir tendance à se répéter de plus en plus à l’avenir. Reste à savoir lequel de ces deux facteurs est le plus important à réguler en premier lieu.

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