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Le jedek, la langue égalitaire et pacifiste découverte en Malaise

Masques indigènes malaisiens. | © epa01486477 Malaysian indigenous people wearing mask participate during a demonstation in Kuala Lumpur, Malaysia, 13 September 2008. The demonstration is to call for the government to implement the individual and collective rights of indigenous people. EPA/AHMAD YUSNI

Société

Reflétant le mode de vie d’une tribu malaisienne reculée, le jedek prône le partage plutôt que la compétition.

 

Dans le nord de la péninsule malaise, tout près de la frontière avec la Thaïlande, existe un petit village où l’on parle une langue qui était encore inconnue au répertoire. Jusqu’à ce qu’une équipe de linguistes suédois la baptisent : le jedek.

Du jahai au jedek

Dans cette tribu malaisienne, étudiée autrefois par plusieurs anthropologues, on savait déjà que l’on parlait le jahai, la langue officielle de ce village d’environ 300 personnes. Mais à force de recherches, l’équipe suédoise de linguistes a découvert que certains des habitants de cette population de Semang (descendants à peau noire des premiers malaisiens) parlaient une autre langue. « Ils utilisent des mots, des phonèmes et une grammaire qui ne sont pas ceux et celle du jahai », explique Joanne Yager, de l’Université de Lund en Suède, qui a conduit l’étude. « Certains de ses mots suggèrent que le jedek a un lien avec d’autres langues asliennes parlées dans d’autres parties éloignées de la péninsule malaise ».

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En étudiant de près le jedek, les chercheurs se sont rendu compte qu’en plus d’être une nouvelle langues parmi les 1 269 langues austronésiennes, celle-ci était particulièrement pacifiste et égalitaire. Reflétant le mode de vie de cette communauté de chasseurs-cueilleurs, le jedek prône le partage plutôt que la compétition. « Loi », « tribunal », « voler », « emprunter », « acheter », « vendre » ; tous ces mots n’existent pas en jedek. En revanche, il existe pléthore de mots en ce qui concerne le partage et l’échange. Contrairement à nos sociétés occidentales, cette tribu malaisienne est plus égalitaire entre les sexes, ne connaît quasiment pas ce qu’est la violence et encourage les enfants, dès leur plus jeune âge, à ne pas entrer dans un rapport de compétition.

Langues vulnérables

« Il est important de connaître ces langues menacées de disparition car cela nous donne de nouveaux aperçus sur la culture et les processus d’acquisitions de connaissance de l’homme », estime Joanne Yager. Surtout que ces découvertes sont de plus en plus rares. Si selon les estimations, on parlerait en 6 000 et 7 000 langues dans le monde, la moitié d’entre elles serait en voie de disparition.

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