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L’histoire tragique de Nazif Mujic, acteur récompensé, mais mort dans la pauvreté

Nazif Mujic en 2013, au Festival de cinéma de Berlin. | © Ronny Hartmann dpa

Société

Alors qu’il récupérait de la ferraille pour vivre, il avait été propulsé à la Berlinale, où il avait gagné un prix pour son propre rôle. L’annonce de sa mort est un drame qui rappelle celui de nombreux Roms.

C’est le récit d’un pauvre ferrailleur, dans tous les sens du terme : Rom bosniaque, Nazif Mujic était né du mauvais côté de la vie. Diabétique insulino-dépendant, père d’une famille vivant avec 3,5 euros par jour, discriminé en raison de son appartenance à la communauté Rom, rien ne semblait venir éclairer le quotidien de cet homme accablé par la vie. Jusqu’à ce qu’en 2013, la Berlinale ne décide de consacrer Un épisode dans la vie d’un ramasseur de ferraille, du réalisateur Danis Tanovic, qui raconte l’histoire du ferrailleur et dans laquelle Nazif Mujic interprète son propre rôle. Soit la première occasion pour ce dernier de voir son existence changer, après avoir tenu entre ses mains son Ours d’argent.

Mais bien qu’accueilli en héros chez lui, le sort avait continué à s’acharner sur l’homme. Bientôt, le monde avait oublié Nazif Mujic. L’anonymat et la pauvreté sont redevenus son quotidien, alors que sa demande d’asile en Allemagne était rejetée seulement un an après le prix. Il vivait alors dans un foyer, mais devait quitter le territoire.

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Et la Berlinale, qui a tenté de l’accompagner dans ses démarches, a reçu la semaine dernière l’annonce terrible de la mort de Nazif Mujic. Le festival de cinéma, qui se tient en ce moment même à Berlin, s’est dit « très attristé par l’annonce » de sa disparition, dans un court communiqué.

Un exemple parmi d’autres des conditions de vie des Roms

Nazif Mujic est ainsi parti, sans prévenir. « Nous étions ensemble hier, il allait bien et, voilà, ce matin on m’a appelé pour dire qu’il est décédé« , a déclaré son frère à l’AFP. Suljo Mujic en a profité pour confier que son frère était toujours très inquiet pour sa situation financière, quatre ans après avoir vu sa demande d’asile déboutée.

En 2017, en effet, on avait appris que Nazif Mujic avait été forcé de vendre son Ours d’argent au patron d’un bar local pour subvenir aux besoins de sa famille. « J’ai d’abord vendu une vieille voiture, ensuite quelques objets personnels, puis c’était le tour de l’Ours« , avait-il raconté à l’époque à l’AFP. Il n’en avait tiré que 4 000 euros : pas assez pour voir l’avenir sereinement.

©Kay Nietfeld/dpa – Nazif Mujic et son Ours.

Il est décédé dans la nuit de samedi à dimanche, à 48 ans seulement. Son corps sans vie a été découvert à son domicile de Svatovac, un village dans le nord de la Bosnie. Le drame de son existence rappelle les conditions terribles dans lesquelles continuent de vivre nombre de Roms.

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En Bosnie et selon l’ONG Atlantska Inicijativa, ils sont entre 50 000 et 75 000, mais seuls 5% d’entre eux ont un emploi déclaré. Human Rights Watch dénonçait encore récemment « une discrimination généralisée, dans l’emploi, l’éducation, la représentation politique » vis-à-vis de cette communauté, bien souvent condamnée à la pauvreté.

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