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Ce que la Belgique, « dégoûtant goulag du chocolat », peut répondre à John Oliver

Pour John Oliver, la Belgique est un "shithole". Mais il pourrait bien devenir son préféré. | © Facebook/Belgian solutions

Société

Une fois encore, l’animateur de « Last Week Tonight » John Oliver s’est payé la tête de la Belgique. Pour la dernière fois.

Il a frappé, encore. De cette claque légère, mais précise, dont on subit encore la brûlure plusieurs heures plus tard. Alors qu’on se frotte la joue, on repense à John Oliver. On se surprend à se demander, oh, quelles tortures à base de gaufres bon marché, d’assauts sauvages de touristes des ponts brugeois et de tabassage d’oranges par des Gilles de Binche l’animateur britannique a dû subir pour en venir à se venger si souvent de la Belgique.

Car cette semaine encore dans son show « Last Week Tonight », diffusé sur HBO, John Oliver s’en est pris au plat pays – qui ne peut s’empêcher de le regarder penaud derrière son écran, fatalement innocent. Dans une chronique sur Donald Trump, critique implacable des autres nations et distributeur automatique de « shit holes », l’humoriste british n’a pas pu s’empêcher de glisser un petit tacle pour la Belgique, après 45 secondes seulement de sketch. Alors qu’il accuse le président américain de s’en prendre au monde entier, il en profite pour se dédouaner : « Je reconnais que j’ai qualifié la Belgique de ‘shithole’ en de nombreuses occasions, mais pour ma défense, premièrement je ne suis pas un président et deuxièmement, la Belgique est un « dégoûtant goulag du chocolat avec aucune raison objective d’exister ». Aouch.

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©Flickr/Willy Verhulst – John Oliver a-t-il croisé la route d’un Blanc Moussi, et ne s’en est jamais remis ?

John Oliver, très cher John Oliver, notre petite patrie n’avait-elle pas déjà dû souffrir de la remarque du président américain – qui avait qualifié sa capitale de « trou à rat » -, pour que vous ne reveniez mettre une couche d’immondices sur nos rues – déjà pas toujours très propres ? D’autant que sincèrement, si du goulag elle a la grisaille, elle est véritablement un petit paradis – pour qui accepte de la voir sous son plus beau jour, certes. Et en ce jour funeste où il nous faut subir une nouvelle humiliation publique, c’est la mission que nous nous sommes donnés : John Oliver, vous allez voir, vous allez adorer notre pays.

Pourquoi avoir un président quand on peut en avoir une dizaine ?

Manifestement, vous ne portez pas votre président dans votre cœur. Et bien, sachez qu’en Belgique, cela ne serait pas vraiment un problème : vous pourriez vous rabattre sur une myriade de petits chefs d’« États », des présidents de nos multiples partis au premier ministre et ceux de facto, en passant par nos nombreux différents gouvernements qui ont tous leurs chefs de file, leurs personnalités déstabilisantes et leurs vrais hommes et femmes de pouvoir. En Belgique, c’est bien simple, vous trouveriez forcément votre petit favori, et si vous aimez vraiment détester, vous seriez également comblé.

©Belgian solutions/David Helbich

Ceci est une fierté

D’ailleurs, en parlant de Donald Trump et de ses déclarations chaque jour plus étonnantes, sachez que le surréalisme, c’est nous qui l’avons inventé. Il a pour noms Magritte, Paul Nougé ou Christian Dotremont – qui l’ont même rendu « révolutionnaire » -, mais peut aussi être régional, de signalisation, linguistique et glorieusement incarné par une intégrale en 15 DVD’s, baptisée « Strip-Tease ». C’est vrai, Donald Trump a aussi eu son émission, mais elle ne sera jamais plus drôle et poétique à la fois que celle-ci.

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©DR

Les rois du peloton

S’il est facile de confondre le Tour de France et le Tour de Flandre de l’autre côté de l’Atlantique, vous avez probablement bien une petite idée de qui est Eddy Merckx. Mais si, le Cannibale, ce petit Belge sacré « meilleur athlète du 20ème siècle », le roi du cyclisme international. Ah, vous voyez ? Alors, il est vrai, vous avez eu Lance Armstrong. Les deux hommes sur roues sont d’ailleurs de grands copains – le Belge ayant probablement fait figure de modèle de légende pour l’Américain. Mais Eddy, lui, s’était lancé dans la course sans produits dopants – uniquement des « fortifiants », promis.

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Sans la BD, ce serait moins comics

En parlant de modèles, que pensez-vous de la bande dessinée – ou des « comics », comme on les appelle chez vous les cowboys. Parce que les Belges sont les fiers illustrateurs et scénaristes d’une série de chefs-d’œuvres dont le succès a fait pâlir d’envie bon nombre de vos créateurs de super-héros, à l’époque où les cases de Tintin voyageaient plus que celles de Superman. Alors oui, aujourd’hui, Gaston Lagaffe semble s’adapter au cinéma drôlement moins bien que Black Panther, mais tout de même, un peu de respect pour vos aînés.

©Behance/Berk Senturk

Leçon de géographie

Voir les Américains raillés pour leur pauvre géographie dans de nombreux « pranks » est douloureux. Mais à ce propos, ne pourriez-vous pas avoir un peu de considérations pour vos professeurs belges, qui vous ont appris où se situe la France à coups de « french fries », et à leurs dépends ? D’ailleurs, a-t-on jamais demandé réparation pour cette terrible erreur étymologique, qui incombe certes en premier lieu aux Irlandais, mais largement répandue dans votre vaste pays ? Avouez, John Oliver, que tout cela fait beaucoup d’injustices dans le même paquet.

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