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Pour les Républicains, le porno est plus dangereux que les armes à feu

Des étudiants ont protesté devant la Maison Blanche, une semaine après la fusillade en Floride. | © Olivier Douliery/Abaca Press

Société

Moins d’une semaine après la fusillade du lycée de Parkland, les républicains ont manqué leur chance de faire bouger les lignes.

 

Cette semaine, la chambre des représentants de Floride se réunissait pour débattre de plusieurs thématiques. Parmi les sujets abordés : une loi bannissant la vente des fusils d’assault (notamment le AK-15, le semi-automatique utilisé par Nikolas Cruz, auteur du massacre) et une résolution stipulant que la pornographie constitue un risque majeur pour la santé publique. Moins d’une semaine après la fusillade du lycée de Parkland, les républicains ont manqué leur chance de faire bouger les lignes. En moins de trois minutes, la Chambre des Représentants a renvoyé la motion au placard, 71 voix contre 36. « Ils avaient une chance de tout stopper aujourd’hui », assène une survivante âgée de 16 ans au Washington Post. « S’il y a une autre tuerie de masse, ce sera leur faute. »

Moins d’une heure plus tard, la Chambre a adopté une résolution stipulant que la pornographie est dangereuse. Cette dernière était présentée par le républicain Ross Spano, selon lequel il existe  un lien entre regarder du porno, les « maladies mentales et physiques » mais aussi les « comportements sexuels problématiques ou déviants ». Au moment de ces deux votes, des survivants étaient présents dans l’assemblée.

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Un débat de plus en plus étouffé

Ce n’est pas la première fois que le débat sur le contrôle des armes à feu, ravivé par cette nouvelle tuerie de masse, est contourné, voire ignoré. « La plupart des gens seraient gênés de tuer dans l’oeuf un projet de loi sur le contrôle des armes à feu. Mais la honte n’est visiblement pas une motivation suffisante pour faire changer l’avis du législateur. Malheureusement pour lui, ces étudiants sont organisés, en colère et bientôt en âge de voter« , note le magazine masculin QG.

Au pays de l’Oncle Sam, porter une arme est un droit fondamental, voire sacro-saint. Il est garanti par le deuxième amendement de la Constitution et est profondément ancré dans l’ADN des citoyens. Néanmoins, à chaque tuerie de masse (quatre victimes, ou plus, excluant le tireur, dans un lieu public), des voix s’élèvent pour réglementer davantage le contrôle des armes… Mais aussi pour générer un débat. En effet, la mention des mots « gun control » par l’exécutif américain est proportionnellement inverse à la récurrence des fusillades. Un exemple parmi d’autres : après la tuerie de Las Vegas, Donald Trump s’est contenté d’une minute de silence dans les jardins de la Maison Blanche et d’un bref discours sur le thème du bien et du mal. Et alors que ces massacres sont décrits, les uns après les autres et de plus en plus souvent, comme « le pire de l’histoire récente des États-Unis », le président américain et les partisans de la libre-circulation des armes esquivent toujours le débat. « Il y aura sûrement un moment pour cette discussion sur la réglementation (des armes), mais ce n’est pas là où nous en sommes en ce moment. Il y a un moment et un endroit pour un débat politique, mais maintenant, l’heure à l’union d’un pays », avait ainsi déclaré Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison Blanche après le massacre de Los Angeles, qui avait fait une soixantaine de morts et une centaine de blessés. Cette déclaration avait provoqué une levée de boucliers : si on n’en parle pas après une fusillade, quand, alors, se sont demandés des millions d’Américains. Sur Twitter, certains avaient même enjoint la Maison Blanche à leur fournir calendrier pour savoir « quel jour on pourra en parler ».

 

 

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Trump sous pression

Confronté à une vague d’indignation depuis le tragique incident en Floride, Donald Trump a fini par monter, timidement, au créneau. Il a proposé d’interdire un mécanisme particulièrement meurtier utilisé fin 2017 lors du carnage de Las Vegas. Pour le président américain, qui a bénéficié du soutien de la National Rifle Association (NRA) durant sa campagne, c’est un véritable exercice d’équilibriste. Il reste donc pour l’instant très prudent sur d’éventuelles modifications législatives d’ampleur. Il a indiqué avoir demandé au ministère de la Justice des réglementations visant à interdire « tous les mécanismes qui transforment des armes légales en fusils automatiques ». Ces textes, portant sur les mécanismes appelés « bump stocks », devraient être finalisés prochainement. Le « bump stock » est une crosse amovible qui utilise l’énergie du recul de l’arme pour imprimer un mouvement de va-et-vient extrêmement rapide au fusil, dont les projectiles se rechargent au même rythme. Le tueur de Las Vegas, dont 12 des fusils étaient équipés d’un tel système, a ainsi tiré à une cadence allant jusqu’à neuf balles par seconde.

 

Des étudiants du lycée de Parkland doivent rencontrer des élus américains ce mercredi pour dénoncer leur « inaction politique ». Olivier Douliery/Abaca Press

Des élus républicains mais aussi, fait rare, la NRA avaient évoqué après cette tuerie un possible renforcement des lois. Mais cinq mois plus tard, rien n’a bougé sur ce thème au Congrès. En marge d’une rencontre avec des étudiants et des enseignants, Trump a cette fois promis « des avancées concrètes pour rendre les écoles plus sûres »« Que l’on soit républicain ou démocrate, nous devons maintenant nous concentrer sur le renforcement des Contrôles des Antécédents ! » pour les acheteurs d’armes, a-t-il ensuite écrit sur Twitter. La veille, il avait évoqué la même idée, sans toutefois préciser jusqu’où il était prêt à aller sur ce débat très sensible.

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