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Ces criminels psychopathes non resocialisables : Le temps n’est pas un gage d’évolution favorable

Samuel Leistedt, professeur à l’Université libre de Bruxelles et à l’U-Mons | © Ronald Dersin

Société

Le propos du professeur Samuel Leistedt, cet expert de renommée internationale qui étudie l’univers mental des tueurs de masse et des tueurs en série, invite à la réflexion, alors qu’un avocat belge plaide pour la libération de Marc Dutroux, un tueur d’enfants qualifié de « psychopathe » par les experts psychiatres lors de son procès en 2004.

 

« Il est démontré scientifiquement que certains profils de personnalités, certains types d’individus, malgré l’emprisonnement ou l’internement sur une longue durée, conservent une dangerosité telle qu’il demeure trop risqué de leur permettre de revenir dans la société. En d’autres termes, pour certaines personnes, l’espoir de réhabilitation est extrêmement ténu. Cela ressort de nombreuses études cliniques ». Dixit Samuel Leistedt, professeur à l’Université libre de Bruxelles et à l’U-Mons, psychiatre aux « Marronniers », l’hôpital psychiatrique sécurisé de Tournai, conférencier à la Commission européenne et expert auprès des tribunaux européens et américains.

Samuel Leistedt étudie l’univers mental des tueurs de masse et des tueurs en série. Selon ce spécialiste de renommée internationale, une partie des criminels touchés par le « syndrome de la psychopathie » ne peut faire l’objet d’aucune resocialisation : « Des psychopathes, j’en ai rencontré plusieurs dans le cadre d’expertises et de réévaluations, en Belgique comme à l’étranger. Notamment des individus qui ont collectionné des condamnations en Cour d’assises et qui ont accumulé un nombre impressionnant d’années de réclusion. Dans ces cas de « vieux psychopathes », j’ai souvent observé que le temps avait eu une influence assez prévisible en termes de capacités physiques. Mais la problématique affective, la psychopathie n’avait pas évolué. »

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Pour ces criminels psychopathes, « la science ne dispose pas de réponse thérapeutique spécifique ». Certes, « il y a des approches psychopharmacologiques qui permettent, tant que faire se peut, de gérer des composantes violentes, agressives, voire sexuelles. Disons que cette approche dilue certains symptômes, dans le but d’empêcher des passages à l’acte. Mais elle ne touche en rien au cœur de la problématique. »

Le professeur Leistedt ne peut se prononcer sur le cas de Dutroux étant donné qu’il ne l’a pas expertisé. À propos du rapport d’un collège d’experts psychiatres qui établissait la psychopathie du tueur d’enfant en 2004, il estime « important de pouvoir réévaluer la situation ». Même si celle-ci est peu susceptible d’avoir évolué : « Depuis cette époque, la recherche en neurobiologie nous a appris pas mal de choses, mais cela n’a pas remis en cause la procédure utilisée lors des examens cliniques. En d’autres termes, il n’y a pas eu d’avancée scientifique qui invaliderait a priori l’expertise qui a été faite de Dutroux. J’insiste sur la qualité du travail réalisé en collège : plusieurs psychiatres ont confronté leurs évaluations avant d’en arriver à une conclusion. »

Psychopathes « sociaux »

Dans le cadre de l’entretien publié dans l’édition papier de Paris Match Belgique, le professeur Leistedt explique qu’il existe aussi une catégorie de psychopathes dit « sociaux » : « Ils sont totalement dénués d’empathie, comme leurs alter ego qui se trouvent internés ou emprisonnés, sauf qu’ils parviennent à s’insérer dans la société en exerçant leur violence de manière sournoise, voire en l’utilisant comme un outil de pouvoir et de domination. Il s’agit de personnes qui n’hésitent pas à en écraser d’autres dans le milieu professionnel et familial, avec une absence totale de remords et un recours permanent à la manipulation et au mensonge. N’ayant pas accès à leurs émotions, elles sont étrangères à tout sentiment de culpabilité et elles sont incapables de s’inscrire dans la perspective d’autrui. Des études anglo-saxonnes relèvent que ce type de comportement se trouve parfois valorisé dans certains milieux très compétitifs : la politique, la finance, certaines entreprises… C’est un constat qui doit nous interpeller sur les valeurs qui sont portées dans notre société : des recherches mettent en évidence que le mode de fonctionnement psychopathique peut être associé, dans certains esprits, à un comportement vecteur de réussite. »

 

Un entretien à découvrir en intégralité dans l’édition de Paris Match Belgique qui parait ce jeudi 22 février 2018.

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