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Élue pour incarner Jeanne d’Arc, une jeune métisse agace la droite identitaire

Image d'illustration. | © Flickr : Cazault

Société

D’origine béninoise et polonaise, la Jeanne d’Arc 2018 a été comparée sur la toile à un babouin.

 

Son élection a provoqué le scandale. Comme chaque année, pour commémorer la victoire de Jeanne d’Arc sur les Anglais, le comité des fêtes johanniques élit celle qui incarnera la célèbre héroïne d’Orléans lors des festivités prévues au printemps dans la ville. Succédant à 49 « Jeannes », Mathilde Edey Gamassou a été choisie parmi environ 250 candidates pour incarner la pucelle d’Orléans 2018.

« Propagande pro-métissage »

Seulement voilà. Puisqu’elle n’est pas blonde aux yeux bleus, la jeune fille de 17 ans née d’un père béninois et d’une père polonaise s’est attirée les foudres de la droite identitaire sur les réseaux sociaux. Une « réalité historique » révisée au nom de la « diversité », s’indignent certains sur Twitter. Quand d’autres s’enthousiasment, tout en ironie : « La nouvelle Jeanne d’Arc d’Orléans est d’origine béninoise. La révision et l’altération de l’histoire avancent à pas de géant ! » Des militants d’extrême-droite dénoncent ainsi une « propagande pro-métissage » qui marque le « début d’une tentative de transformer l’histoire en un récit où ce seront les Arabes et les Noirs qui ont fait l’histoire de France depuis les débuts ».

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Surréalistes, scandaleux, illégaux. Les propos visant la nouvelle Jeanne dérapent rapidement, au point de faire l’objet d’une enquête préliminaire pour « provocation publique à la discrimination et la haine raciale » afin d’identifier l’auteur de certains tweets particulièrement racistes. Car en plus d’être jugée « illégitime » pour porter l’armure et brandir l’étendard, Mathilde Edey Gamassou est comparée sur la toile à un babouin avant d’être associée à une photo de bananes. Une polémique déplorée par la présidente du comité Jean d’Arc qui s’est dite « triste de penser que ce choix puisse susciter la moindre récupération ».

Les politiques « choqués »

L’heure était pourtant à la fête pour les organisateurs, fiers d’annoncer le choix de leur nouvelle Jeanne. « Quel honneur de présenter la jeune fille qui figurera Jeanne d’Arc lors des fêtes 2018, sous l’œil bienveillant de celles qui ont vécu cette fabuleuse expérience par le passé ! », s’est notamment enthousiasmé le maire d’Orléans Olivier Carré. Mais les insultes nauséabondes survenues quelques heures plus tard ont fait réagir les politiques, profondément choqués. « La haine raciste de la fachosphère n’a pas sa place dans la République française », a tweeté la secrétaire d’État française Marlène Schiappa, apportant « tout son soutien » à la jeune lycéenne.

Critères d’élection

Car faut-il à tout prix ressembler à Jeanne d’Arc (et donc avoir sa même couleur de peau) pour pouvoir l’incarner lors de la célébration annuelle de la levée du siège d’Orléans ? Si la question s’est probablement posée, le comité en a profité pour rappeler les trois conditions à remplir pour prétendre figurer dans la liste des « Jeannes ». À savoir résider et être scolarisée dans la ville, donner de son temps pour les autres et être catholique pratiquante. « La couleur de peau n’est pas un critère », insiste donc la présidente de l’association Bénédicte Baranger. Pour Olivier Carré, Mathilde « incarne parfaitement Jeanne d’Arc » puisqu’elle partage « son courage, sa foi et sa vision ».

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Quant à Mathilde, elle ne se laisse pas découragée. « Je me sens pleinement française. Je suis métisse, et alors ? », a-t-elle déclaré, impatiente d’enfiler l’armure et de monter en selle pour le défilé de la 589e édition des fêtes johanniques qui se dérouleront du 28 avril au 8 mai.

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