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La liberté de la presse européenne en danger après l’assassinat d’un autre journaliste

Un hommage a été rendu devant la rédaction du journaliste, à Bratislava. | © AFP PHOTO / VLADIMIR SIMICEK

Société

Ján Kuciak et sa fiancée Martina Kušnírová ont été assassinés à leur domicile. Le jeune homme de 27 ans, journaliste, dénonçait la fraude fiscale en Slovaquie.

 

Il n’avait que 27 ans, et son métier l’a fait assassiner. Ou plutôt, vraisemblablement, l’enquête sur laquelle il travaillait. Ján Kuciak, un jeune journaliste slovaque, et sa fiancée Martina Kušnírová ont été retrouvés morts à leur domicile, après que leurs proches se soient inquiétés de ne plus avoir de nouvelles d’eux depuis une semaine. Ils ont été tués, l’homme d’une balle dans la poitrine et sa compagne d’une dans la tête. Les preuves montrent qu’elle avait tenté de se cacher de son tueur, raconte le Guardian.

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Leurs corps ont été retrouvés dimanche soir par la police de la ville de Vel’ka Mača, à l’Est de Bratislava. Selon Tibor Gašpar, le chef des forces de l’ordre locales, les meurtres ont de grandes chances d’être liés « aux activités d’investigation [de Kuciak] ». Le journaliste collaborait avec le site d’information Aktuality.sk sur les affaires d’évasions fiscales. Son dernier article, publié au début du mois de février, couvrait les suspicions de fraudes liées à un luxueux complexe d’appartements à Bratislava. Par le passé, il avait également travaillé sur des vols de fonds européens par la mafia italienne, à destination de Slovaques.

©Facebook

Un million d’euros contre toute information

Le Premier ministre du pays, Robert Fico, s’est immédiatement indigné des meurtres. S’ils venaient à être en effet liés au travail de Ján Kuciak, ils seraient « une attaque sans précédent à la liberté de la presse et à la démocratie slovaque », a-t-il fait savoir dans un communiqué. Le gouvernement a d’ores et déjà diffusé l’annonce d’une récompense d’un million d’euros contre toute information liée aux assassins.

« Choqué par le meurtre d’un journaliste dans l’Union européenne. Aucune démocratie ne peut survivre sans liberté de la presse, ce qui est la raison pour laquelle les journalistes méritent respect et protection. Nos pensées vont aux proches de Ján Kuciak et de sa petite amie Martina Kušnírová. Justice doit être rendue », a quant à lui écrit sur Twitter le vice-président de la Commission européenne.

Onze meurtres de journalistes en dix ans au sein de l’UE

En octobre dernier, Ján Kuciak avait raconté avoir rapporté un coup de fil menaçant provenant d’un homme d’affaire local, Marian Kocner, au sujet des résidences de luxe. « Cela fait 44 jours que j’ai rempli une plainte criminelle… pour menaces. Et l’affaire n’a probablement même pas son policier attitré », avait-il déploré sur Facebook.

Le même mois, le meurtre d’une journaliste avait ébranlé Malte. Daphne Caruana Galizia, 53 ans, avait été tuée par une bombe placée sous sa voiture. Les faits suivaient des révélations de la journaliste concernant le ministre de l’Economie de son pays, qui avait rendu visite à des prostituées durant un déplacement officiel en Allemagne. La Commission pour la protection des journalistes, basée à New York, avait exigé que les autorités maltaises s’assurent rapidement que justice soit faite et un hommage officiel avait eu lieu.

Les exactions à l’égard des journalistes pèsent de plus en plus au sein des démocraties de l’Union européenne.

« Je suis profondément ébranlé par ces tristes nouvelles venant d’un pays de l’Union européenne, qui nous vient quelques mois seulement après l’assassinat de Daphne Caruana Galizia », a commenté Mogens Blicher Bjerregård, le président de la Fédération des journalistes européens. « Si le lien est fait entre sa mort et son travail d’investigation, il s’agirait d’un message très inquiétant sur le journalisme en Union européenne ».

« C’est la cinquième fois en dix ans qu’un journaliste est assassiné dans l’Union européenne », dénonce Reporters sans frontières dans un communiqué, rappelant également « le massacre des sept journalistes de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 à Paris, l’assassinat du journaliste grec Socratis Guiolias, abattu à l’arme automatique devant son domicile en 2010 et celui du Croate Ivo Pukanic, tué dans l’explosion de sa voiture devant les bureaux de son journal en 2008 ».

« Les exactions à l’égard des journalistes pèsent de plus en plus au sein des démocraties de l’Union européenne », a encore commenté l’ONG en réitérant ses demandes de soutien financier et en appelant « les autorités slovaques à punir les auteurs de cet acte choquant ».

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